La vie littéraire au Québec 2.0

Croissance, seuils et réduction

Creating La Vie littéraire au Québec in the Digital Era

La vida literaria en Quebec 2.0 : crecimiento, umbrales y reducción

Marie-Frédérique Desbiens et Chantal Savoie

Traduction(s) :
Creating La Vie littéraire au Québec in the Digital Era

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Référence électronique

Marie-Frédérique Desbiens et Chantal Savoie, « La vie littéraire au Québec 2.0 », Biens symboliques / Symbolic Goods [En ligne], 2 | 2018, mis en ligne le 12 avril 2018, consulté le 19 novembre 2018. URL : https://revue.biens-symboliques.net/215

Le travail réalisé depuis près de trente ans autour de « La vie littéraire au Québec » offrait une occasion d’observer concrètement l’impact de l’introduction des outils numériques sur la recherche en histoire littéraire et culturelle. Tout en rappelant les bases épistémologiques du projet et la structure des ouvrages qui en découle, nous nous attardons ici sur les modalités du tournant numérique réalisé il y a cinq ans par l’équipe. Ce virage est venu consolider une modernisation des outils et du fonctionnement de l’équipe, bien sûr, mais ce sont avant tout les coulisses de l’exercice autoréflexif initié dans le contexte de ce virage que nous avons souhaité rendre visibles. Trois aspects du virage numérique nous semblent ainsi porteurs de transformations qualitatives. L’affinement des constats qu’il permet, lié à la quantité de matériel qu’il devient possible de considérer et de compulser, est d’abord mis en valeur. Dans un deuxième temps, c’est la possibilité d’amorcer le travail collégial en amont qui nous a semblé permettre l’approfondissement des analyses. Enfin, c’est la capacité de conservation, de transfert et de recyclage des données qui joue à notre avis un rôle sous-estimé du point de vue de l’avancement du travail scientifique. Nous espérons au final que notre réflexion contribuera à une meilleure évaluation des enjeux du numérique – loin d’assister à une véritable « révolution » numérique, nous semblons bien tout simplement franchir une nouvelle étape qui s’inscrit dans la foulée de la rupture introduite par l’école des Annales et de ses effets sur l’histoire littéraire.

Presenting the work that, for nearly thirty years, our team conducted on “La vie littéraire au Québec” (a series of volumes published on literary life in Quebec) is an opportunity to observe the practical aspects of the introduction of digital tools in a history of literature/cultural history research. In this paper, we discuss the modalities of the digital turn undertaken five years ago in our team as we emphasize the epistemological bases of our project and the resulting structure of the books. This turn was part of the modernization of the team's tools and working methods, of course, but we want to focus here on the behind-the-scene and self-reflexive aspects of this digital shift, through the examination of three of its most qualitative results. The first one is the improvement of the observations that digitalization allows, thanks to the increasing quantity of material that it is now possible to consider and study; the second one is the possibility to initiate an efficient collective upstream work that enables deeper analyses; the third one is the ability to store, transfer and recycle data, which participates in a crucial and often under-estimated way in the advancement of scientific work. We finally hope that our discussion will contribute to a better understanding of what is at stake with digital data – far from a genuine digital “revolution”, it seems to us that digitalization in the history of literature is just the next step in the continuity of the Annales School.

El trabajo que viene desarrollando, por cerca de treinta años, el equipo La vida literaria en Quebec da la oportunidad de observar, de manera concreta, el impacto de la introducción de herramientas numéricas para la investigación en historia literaria y cultural. Sin olvidar las bases epistemológicas del proyecto y la estructura que deriva de las obras, aquí nos centramos en las modalidades del giro numérico llevado a cabo por el equipo hace cinco años. En efecto, este giro ha consolidado una modernización de las herramientas y del funcionamiento del equipo, pero son sobre todo los entresijos del ejercicio auto-reflexivo iniciado en el contexto de este giro que hemos querido hacer visible. Así, tres son los aspectos de este giro numérico que nos han parecido portadores de transformaciones cualitativas. Primero, es la finura de las constataciones que permite, que está ligado a la cantidad de material que es posible considerar y compulsar, que es puesta en valor. En segundo lugar, nos ha parecido que la posibilidad de iniciar con anterioridad el trabajo colegial, permite profundizar los análisis. Finalmente, desde nuestra perspectiva, el rol que han jugado la capacidad de conservación, de transferencia y de reciclaje de los datos han sido subestimados desde el punto de vista del avance del trabajo científico. Al fin, esperamos que nuestra reflexión contribuirá a una mejor evaluación de los asuntos centrales de la problemática numérica así como a evaluar mejor en qué medida asistimos a una verdadera “revolución” numérica o si simplemente no estamos franqueando una nueva etapa que se inscribe en la ruptura introducida por el escuela de los Anales y de sus efectos en la historia literaria.

Introduction

Nous arrimant au volet de la problématique de ce numéro qui s’intéresse aux usages des bases de données, aux « coulisses » de leur conception et de leur utilisation – depuis les objectifs qui en orientent la genèse jusqu’à la vision de l’histoire littéraire qui les sous-tend, en passant par les problèmes méthodologiques qu’elles posent –, nous souhaitons dans cet article expliciter les modalités du tournant numérique, amorcé il y a cinq ans par l’équipe de « La vie littéraire au Québec » (VLQ – signalons que les premiers tomes sont téléchargeables gratuitement en PDF, comme celui-ci sur la période 1764-1805). Ce virage est venu consolider une modernisation des outils et du fonctionnement de l’équipe, modernisation dont la portée se voit décuplée par le volume de textes et d’interactions inédits qu’impliquent les périodes historiques qui nous occupent actuellement, soit les années 1934 à 1962. Le contexte d’une équipe et d’une méthode très stables depuis plus de 25 ans offre à cet égard une occasion privilégiée de prolonger l’exercice autoréflexif initié dans le cadre de ce virage numérique et de tenter de départager ce qui, au sein de ce processus, tiendrait plus proprement d’une « révolution » numérique et ce qui relèverait plutôt d’un impact à moyen terme de la rupture introduite par l’École des Annales et de ses effets sur l’histoire littéraire, lesquels se répercutent sur l’utilisation des bases de données.

Figure 1. Première de couverture de l’ouvrage La Vie littéraire au Québec

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La Vie littéraire au Québec, tome VI (1919-1933), dirigé par Denis Saint-Jacques et Lucie Robert (2010). Québec, Presses de l’Université Laval.

© Presses de l’Université Laval, Québec.

Retour sur le projet, ses objectifs et ses méthodes

Depuis son premier tome paru en 1992, La Vie littéraire au Québec vise la constitution d’une grande histoire littéraire du Québec (de 1764 au seuil des années 1960), par l’examen des textes conjoint à celui du contexte. L’entreprise se démarque des synthèses antérieures en ce qu’elle ne cherche pas à consacrer des œuvres et des réputations, mais plutôt à prendre en compte l’ensemble du champ et de l’activité littéraires, par les processus de production, de circulation, de diffusion et de réception de la littérature. Notre approche globale relève ainsi de la sociologie de la littérature issue des travaux de Pierre Bourdieu (1992), Jacques Dubois (1978), Michel Van Schendel (1979) et al., centrée sur le système général d’agents, d’instances et de codes, et pense la littérature comme une formation discursive spécifique (Foucault 1969), centrale dans la constitution d’un espace public (Habermas 1962). Nos ancrages théoriques ont progressivement intégré l’apport de la sociologie des réseaux (Denis & Marneffe [de] 2006 ; Lacroix 2014) et de l’histoire littéraire de la presse (Kalifa, Régnier, Thérenty, Vaillant 2012 ; Thérenty 2007). Les recherches contemporaines en études féministes, en études théâtrales et en musicologie (chanson) informent par ailleurs constamment nos réflexions, révélant l’interdépendance des différents secteurs d’activité culturelle et la dimension foncièrement interdisciplinaire de ces pratiques. Ce cadre théorique, articulé à une dimension herméneutique déployée dans la relecture des textes, nous permet de penser non seulement la littérature, mais surtout la vie littéraire, en ce qu’elle vise à « rendre compte d’un objet mouvant plutôt que d’un objet clos et [à] l’aborder d’un œil attentif aux transformations, aux changements, à ce qui bouge par opposition à ce qui serait immobile. Mouvant parce que vivant, donc, et saisi dans son présent, in vivo et in situ » (Robert 2012 : 95).

Les bases théoriques du projet ont été constantes au fil des ans, et il y aurait peu à en dire du strict point de vue d’une « évolution » méthodologique. Quant à l’évolution des enjeux soit formels, soit institutionnels, ce sont eux qui, déjà, ont orienté la trame narrative principale des six tomes parus, retraçant l’histoire du processus par lequel la littérature québécoise acquiert progressivement sa légitimité et son autonomie relative, pour reprendre la terminologie de Bourdieu. Toutefois, la dimension quantitative et matérielle de notre projet a moins souvent été évoquée, alors que le travail que nous réalisons sur ces plans a lui aussi une histoire. C’est cette histoire matérielle qui nous servira de fil directeur pour présenter nos bases de données et montrer qu’elles permettent non seulement l’adaptation de nos outils et perspectives à l’ère numérique, mais qu’elles représentent aussi une occasion de faire un pas de plus dans la direction d’une histoire littéraire qui intégrerait pleinement sa dimension quantitative, proche en cela du souhait exprimé par Franco Moretti (2008).

La confrontation au quantitatif n’étant pas nouvelle et la vie des chercheurs qui nous ont précédées n’ayant été ni plus simple ni plus compliquée à cet égard, mentionnons que la nature même du projet intellectuel qui est à la base de la série d’ouvrage La Vie littéraire au Québec a de tout temps impliqué des méthodes de collecte, d’indexation et de cadrage des données explicites et explicitées1. Ces opérations, qui nécessitent de constants allers-retours entre totalité et sélection, entre le foisonnement de plus en plus vertigineux des sources et une synthèse toujours aussi strictement cadrée, évoluent, certes, et c’est le plus souvent sous l’angle de leur transformation qu’on les aborde, en focalisant sur ce qui change, s’amplifie et se déploie. Nous aimerions ici faire porter notre regard sur le rôle de régulation, l’effet stabilisateur du système de gestion documentaire que nous avons mis en place, dans la mesure où cette infrastructure n’est pas que fonctionnelle, elle contribue également à nous donner des repères qui peuvent constituer un indicateur des distorsions que toute synthèse tend à introduire. C’est dans cette optique qu’il apparaît pertinent de nous attarder sur la dimension très concrète de notre façon de faire, au modus operandi de chacun des tomes, appliqué méthodiquement à chaque cycle de production et à chaque tranche historique.

La production de chacun des volumes commence ainsi par des listes et des inventaires : des œuvres (par genres), des périodiques, des acteurs de la vie littéraire (écrivains, éditeurs, journalistes, professeurs, gens de théâtre, etc.), des associations, des bibliographies de sources secondaires portant sur la période, et des chronologies générales et culturelles du Québec et du Canada, de l’Amérique du Nord et de l’Europe. La première intelligibilité globale d’une tranche historique de La Vie littéraire provient de l’interprétation croisée de ces listes. C’est à partir de cette perspective commune et globale que nous nous partageons ensuite la responsabilité du plan et des premières versions du texte en fonction de nos spécialités (ou non !) et de la table des matières des tomes. La masse documentaire qui constitue notre point de départ (liste des acteurs, liste des œuvres, dossiers thématiques et bibliographie des sources secondaires) est ainsi organisée en fonction de sept chapitres, qui restent les mêmes tout au long la série2. L’ordre de chapitres reflète notre conception du processus par lequel la vie littéraire se déploie, allant de son inscription dans un paradigme littéraire international, de son ancrage dans des conditions socioéconomiques et artistiques, se déployant par des individus qui s’organisent en réseaux et forment un milieu, en passant par sa structuration en un marché, et son inscription dans des œuvres, qui donnent ensuite lieu à une réception. Nous concevons ce mouvement comme agissant à la manière d’une spirale, dans la mesure où la réception des œuvres qui marque l’aboutissement d’un tome irrigue les conditions sociolittéraires et artistiques qui constitueront le point de départ du suivant. C’est sur la base de ces opérations, entrecroisées et interdépendantes, que nous avons modelé notre base de données.

La base, sa structure et ses potentialités

Les principales composantes de notre base sont regroupées sous les onglets « Documentation » et « Fiches », lesquels se trouvent à l’origine des tomes de La Vie littéraire comme au fondement du développement de notre écosystème numérique3.

Figure 2. Documentation – Dossiers

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Capture d’écran de la base VLQ.

L’espace « Documentation » constitue un lieu de stockage de fichiers nécessaires aux chercheurs pour rédiger les sections de l’ouvrage dont ils sont responsables. Nous organisons d’entrée de jeu cette documentation en trois sous-sections qui correspondent aux besoins de notre projet. La première rend disponible la numérisation des dossiers de documentation correspondant à chaque sous-titre de notre table des matières, à chaque liste de dossiers ayant été produits au fil du temps par l’équipe de la VLQ et sur lesquels s’appuie la rédaction des tomes 7 et 84. En prenant pour exemple le dossier virtuel « L’édition littéraire », il est possible de constater que la manipulation de ces dossiers permet, d’une part, d’accéder à un PDF complet de l’ensemble des documents contenus dans ces derniers ou, d’autre part, de cibler, à partir de la liste de ces documents, celui ou ceux qui nous intéressent plus spécifiquement, par exemple les textes signés de la plume de Claude-Henri Grignon mieux connu sous le pseudonyme de « Valdombre ».

Figure 3. Documentation – Dossier n°12 (« L’édition littéraire ») du tome VII (1934-1947) de La Vie littéraire au Québec

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Capture d’écran de la base VLQ.

L’autre sous-section de l’espace « Documentation » contient des dossiers rassemblant de l’iconographie, accumulée au terme d’une première recherche systématique et au fil de trouvailles ponctuelles (plus de 250 images jusqu’ici). Les images serviront en bout de roue à illustrer chacune des parties, toujours en fonction de la table des matières, des prochains tomes de la VLQ.

Figure 4. Quatre comédiens du radioroman « Un homme et son péché » de Claude-Henri Grignon jouant sur les ondes de la station CBC (Radio-Canada) à Montréal

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De gauche à droite, nous reconnaissons : Hector Charland (Séraphin Poudrier), Juliette Béliveau, Paul Guèvremont et George Alexander.

Source : Fonds de Conrad Poirier, 1912-1968, 22 février 1945, BAnQ-Montréal, P48, S1, P23122.

La troisième et dernière sous-section, enfin, rassemble divers documents produits par les membres de notre équipe : des rapports réalisés par les étudiants dans le cadre de séminaires de recherche associés au projet, des documents administratifs issus de nos réunions et autres activités scientifiques, des dossiers de presse concernant des événements, des acteurs ou des prix littéraires, des annuaires de différentes institutions académiques, des numérisations d’extraits d’ouvrages ou de périodiques, etc. Bref, ce sont des documents utilisés par les chercheurs et les étudiants associés au projet : au-delà de leur intérêt pour documenter une section spécifique, ils sont susceptibles d’informer la lecture commune que nous faisons de la période, puis la rédaction proprement dite des tomes, d’un article ou d’une présentation par un membre de l’équipe. La création et le développement de la base, conjugués à l’important (et lourd) travail de numérisation réalisé par le secrétariat central et permanent de l’équipe, ont permis de faciliter la consultation de ce très riche stock documentaire et, surtout, de maximiser son utilisation par l’ensemble des chercheurs associés au projet5, en tout temps et en tout lieu6.

Constituant le cœur de la base VLQ, l’espace « Fiches » contient, quant à lui, une vaste quantité d’informations concernant cinq types d’objets liés d’une façon ou d’une autre à la vie littéraire : les acteurs, les associations, les organismes, les lieux et les périodiques. Ici, il ne s’agit plus uniquement de documents numérisés, mais bien plutôt de données structurées.

Figure 5. Fiche « Acteurs »

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Capture d’écran de la base VLQ.

Au départ, la base de données de la VLQ n’était constituée que des fiches « Acteurs ». Les quatre autres types d’objets n’existaient, en réalité, que comme des attributs de ces acteurs7. Or, au fil du processus d’adaptation de notre méthode aux possibilités ouvertes par les environnements numériques, nous avons entrepris de créer des fiches indépendantes pour chacun de ces objets. Cela nous permet non seulement d’enrichir notre inventaire de renseignements, de références et de sources documentaires liés à ces fiches, mais également de croiser un ensemble de données encore plus englobant et efficient.

Figure 6. Fiche « Auteurs »

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Ancienne fiche « Auteurs » manuscrite pour Olivar Asselin.

Au fil du temps, les fiches « Acteurs », visant à concevoir des échantillonnages8 sous forme de tableaux publiés dans les tomes, ont elles-mêmes évolué. En effet, si les principales catégories contenues dans les fiches papier originales (année de naissance et de décès, formation, occupations principales, publications, etc.), ont été répercutées dans nos fiches électroniques, certaines ont également été ajoutées afin de faciliter le recensement de nouvelles informations ou de nouvelles pistes à suivre (tels différents marqueurs de l’habitus et de la notoriété, le répertoire des groupes ou des lieux fréquentés par un acteur, ainsi que sa mention, ou non, dans les principales histoires littéraires du xxe siècle). En somme, il s’agit d’intégrer, à même les fiches, la possibilité de multiplier les requêtes, de les croiser, dans la perspective d’en élargir autant que d’en affiner les possibilités sur le plan statistique. Le tout pouvant bien sûr s’appliquer soit à la lecture générale de la période dans sa globalité, soit à un ensemble de données circonscrites (génération, genre littéraire, lieu d’activité, origine sociale, etc.). Si l’on compare, par exemple, la version papier de la fiche d’Olivar Asselin à sa version virtuelle, on constate que la seconde est en grande partie une reproduction de l’originale, mais que s’y ajoutent des informations conçues spécifiquement en vue de maximiser l’utilisation des outils de recherche et le repérage de corrélations jusque-là inédites.

Le champ « Regroupements », notamment, permet ainsi la création rapide, à des fins d’analyse, de sous-corpus d’acteurs, Asselin étant assigné au regroupement « VLQ-CA-1870 », qui réunit tous les acteurs nés entre 1870 et 1879. En l’état actuel, notre base permet donc d’établir, de manière automatique, des trajectoires communes et des réseaux d’acteurs, de déterminer les publications par genre et par génération, ce qui représente une avancée majeure par rapport aux fiches initiales, qui ne permettaient de telles opérations qu’au terme de longues démarches artisanales, coûteuses en temps aussi bien qu’en ressources.

Figure 7. Résultat de la requête « VLQ-CA-1870 », qui donne la liste de tous les auteurs actifs au Québec, nés entre 1870 et 1879

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Capture d’écran de la base VLQ.

Si les fiches « Acteurs » demeurent les fiches les plus détaillées et les plus complexes de notre base, des fiches d’autres types y sont désormais intégrées. Les fiches « Œuvres » contiennent les références bibliographiques des quelque 3 000 œuvres – recensées à partir des catalogues de différentes bibliothèques et du Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec (DOLQ) – grâce auxquelles chacun des collaborateurs entame son travail de sélection en vue de la rédaction de son ou de ses chapitres. Les fiches « Œuvres » permettent également de produire les tableaux statistiques (sur les nouveautés littéraires, les pourcentages de publications par genre, etc.) publiés dans le chapitre 4 (consacré au marché de la littérature) de nos tomes. Les fiches « Associations » comportent, pour leur part, des renseignements nous permettant de dresser le portrait le plus exhaustif possible des groupes culturels et littéraires, formels et informels, d’une époque donnée. Quant aux fiches « Périodiques », elles nous fournissent de l’information sur les dates et les contextes de fondation, sur les comités de rédaction, sur les tirages, etc., des journaux et des revues que nous avons choisi de dépouiller en fonction de nos critères et protocoles de recherche.

Figure 8. Fiche « Auteurs » numérisée pour Olivar Asselin

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Capture d’écran de la base VLQ.

Mais, plus que des sources, les périodiques sont également envisagés comme faisant partie du corpus des œuvres, et la prise en compte de cette double dynamique au sein de l’espace culturel est largement favorisée par la façon dont nous paramétrons les données, mais surtout par la façon dont nous générons de multiples interrogations croisées à partir de ces dernières. On sait, par exemple, que dans les années 1930-1940, des revues intellectuelles importantes, telles La Relève ou Amérique française, définissent le rapport de plusieurs écrivains à la littérature en créant des communautés d’auteurs et en publiant leurs articles. De même, nous nous devons de prendre en compte l’avènement des magazines qui, du côté de la littérature populaire, ont un grand impact sur le champ littéraire de l’époque. Nous avons en outre carrément numérisé certains périodiques qui n’étaient toujours pas accessibles en ligne – malgré les efforts remarquables de la Bibliothèque et des Archives nationales du Québec (BAnQ) à cet égard – afin de pouvoir travailler efficacement dans cette masse documentaire souvent inédite, comme c’est le cas notamment de Radiomonde9 et Current Events10.

Le passage au numérique est venu accroître la quantité d’interrogations originales que nous pouvons esquisser, de même que la vitesse à laquelle nous pouvons les vérifier. Cette malléabilité accroit significativement notre capacité à renouveler la compréhension de la vie culturelle d’une époque dans une perspective intégratrice, du point de vue de son déploiement in vivo et in situ. Ainsi, par exemple, on peut verser les données de la base renvoyant à la participation des acteurs à des lieux de sociabilité dans des logiciels d’analyse structurale des réseaux pour permettre l’analyse de la structure et de la force des réseaux de sociabilité entretenus par les acteurs de notre corpus. Ainsi en est-il, aussi, des données pouvant être géolocalisées. La section « Lieux » du site donne accès à des cartes, par exemple celle qui présente la distribution géographique d’une multitude d’organismes liés à la vie littéraire montréalaise de 1934 à 1947 ou celle qui montre la répartition géographique des membres de deux regroupements importants, la section française de la Société royale du Canada et l’Académie canadienne-française.

Figure 9. Répartition des publications par genre, pour les années 1934-1947

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Capture d’écran de la base VLQ.

La production de nombreux graphes fait maintenant partie de plusieurs étapes de notre travail. Si nos « tableaux » des acteurs reflètent notre méthode et incarnent notre signature intellectuelle depuis le premier volume de la série, les besoins du resserrement de notre synthèse se sont déjà fait sentir et nous avons pour le tome VI, par exemple, jugé utile de présenter sous la forme de listes certains tableaux mettant en valeur les enjeux générationnels au sein de notre cohorte d’acteurs. Ce sont maintenant à peu près toutes les sections qui nécessiteront de transiter par des « cartes, graphes et arbres », pour reprendre le titre de Franco Moretti (2008). Notre travail sur les tomes en cours de préparation repose ainsi de plus en plus sur des données mises en forme dans des tableaux, certains internes à l’équipe et destinés avant tout au travail d’interprétation, alors que d’autres seront utilisées dans les tomes eux-mêmes pour synthétiser différents aspects de nos analyses. Servant à illustrer notre propos, ces représentations des données ne sont pas un système magique : elles sont utilisées à toutes les étapes de nos analyses, et nous servent à tester et à documenter différentes inférences. Ne seront reproduites, au final, que celles ayant été validées et nous semblant offrir une vue éloquente sur la matière que nous avons compulsée. Soulignons enfin que la possibilité de vérifier plus rapidement la validité de nos inférences, de les affiner, de les ajuster, n’est pas qu’une question d’efficacité. Elle accélère en effet significativement le processus de la rétroaction et nous donne l’occasion de nous pencher, collectivement, sur de plus imposantes séries d’hypothèses. Cette possibilité s’avère ainsi un prolongement de la méthode collégiale qui caractérise l’équipe11.

Figure 10. Évolution de la répartition des publications par genre, pour chacune des années de la période 1934-1947

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Capture d’écran de la base VLQ.

Seuils et réduction

Tels que nous venons de les évoquer, les principes qui sont à la base de notre collecte de données et de leur organisation en fonction de la table des matières de nos ouvrages sont à la fois reflétés et décuplés par leur utilisation dans le contexte d’un environnement numérique. Les croisements interprétatifs multilatéraux, la rétroaction rendue possible par l’accélération du processus de production d’inférences interprétatives puis de validation des hypothèses viennent cependant avec un accroissement substantiel de toutes les données que nous considérons pour réaliser notre histoire de la vie littéraire. L’accélération et le raffinement, souvent perçus dans une perspective méliorative, restent contraints par le principe de synthèse et la réduction à laquelle ce principe nous astreint. C’est de cet aspect, qui vient introduire une force contraire au processus, que nous entendons maintenant rendre compte.

Les indicateurs qui fondent notre démarche et structurent notre propos sont ceux auxquels ont recours les travaux d’histoire et de sociologie de la littérature, et que Gisèle Sapiro présente en deux grands ensembles : ceux qui portent sur « la production et la circulation des livres et de l’imprimé, leurs publics et leurs usages », et ceux qui « prennent pour objet le monde des lettres, son recrutement social, sa structure, ses instances de consécration, ses modes de hiérarchisation et les œuvres elles-mêmes » (2008 : 35). La spécificité de notre travail réside plutôt dans la prise en compte de l’ensemble du processus par lequel se constitue la vie littéraire pour chaque période et dans cette globalité à laquelle nous tenons et à laquelle nous nous référons constamment.

Mais, au-delà des mesures du littéraire et des habituelles applications des méthodes quantitatives à nos objets de recherche, la contrainte de la synthèse que nous nous sommes imposée s’est progressivement amplifiée. Elle atteint maintenant un degré qui accroit la nécessité d’une dimension métaréflexive surplombante, exercice qui nous permet de constamment équilibrer les deux forces opposées qui s’exercent sur notre travail en nous recentrant sur nos objectifs, nos méthodes et nos possibilités. Centré sur la notion de « vie », théorisée depuis par Lucie Robert (2012), le cœur du travail intellectuel réalisé dans le contexte de notre projet consiste à « mettre en relation des processus, des événements et des textes » (Présentation générale de La Vie littéraire au Québec : viii). Et c’est à partir de cinq processus déterminants – l’enseignement littéraire, l’autonomisation du milieu des créateurs (qui inclut le marché), la formation des frontières, le discours sur la littérature et la manifestation du littéraire dans les œuvres – que nous avons conçu l’ossature de notre table des matières pour chaque tranche chronologique, puis organisé l’indexation des sources en fonction de cette table, sorte de thésaurus qui permet d’organiser la documentation pour la ramener à une soixantaine de dossiers thématiques. Cette structure et ces dossiers incarnent très concrètement notre conception de l’histoire littéraire du Québec, « [qui] devrait se lire non comme un axe continu, allant de la production à la réception, mais plutôt comme une spirale où le mouvement lui-même est facteur de changement » (xii).

Tableau et table des matières

Le tableau suivant, qui synthétise les différentes annexes de chacun de nos tomes, donne un aperçu de la mesure de l’effet de synthèse à l’œuvre dans notre histoire de la vie littéraire. Celui-ci peut en effet servir de repère pour esquisser l’observation de la condensation/concentration progressive de quelques sources premières qui constituent des données de base de notre travail12.

Figure 11. Nombre de personnes, d’œuvres et de périodiques pris en compte dans les différents tomes de La Vie littéraire au Québec

Tome 1

Tome 2

Tome 3

Tome 4

Tome 5

Tome 6

Personnes

602

798

958

1233

1005

1087

Œuvres

151

163

314

751

959

1282

Périodiques

39

74

118

181

129

138

Ces chiffres ont été comptabilisés à partir des annexes des tomes de La Vie littéraire au Québec (index des noms de personnes, index des périodiques et section « Œuvres » de la bibliographie). Dans le cas des index, ceux-ci renvoient aux individus et aux journaux ou revues cités dans les ouvrages, sans distinction d’origine, ou, pour les personnes, de classe ou d’occupation. Il s’agit donc de données brutes, à manipuler avec précaution, mais qui permettent de confirmer la croissance continue de la masse documentaire et de rendre visibles les seuils qui nous intéressent ici.

Nous commenterons peu la question de la croissance du nombre d’acteurs de la vie littéraire, cette matière ayant été couverte de manière plus détaillée dans un article signé par deux membres du collectif et qui porte sur nos analyses de cohortes d’acteurs :

La liste préliminaire du tome IV, couvrant les années 1870-1894, regroupait 210 noms, dont 115 ont été retenus dans l’échantillon d’analyse. Pour le tome VI, consacré aux années 1919-1933, pas moins de 580 individus avaient publié un livre ; nous en avons retenu 135. Pour les années 1934-1947, sur lesquelles nous travaillons actuellement, la liste des auteurs d’un livre était tout simplement démesurée ; nous avons donc dû la restreindre en écartant ceux qui n’avaient publié qu’un ou deux livres : nous nous sommes ainsi retrouvés avec une liste « préliminaire » de 475 auteurs d’au moins trois livres (Lacroix & Savoie 2015 : 191).

Rappelons quand même que, si les chiffres compilés à partir des noms mentionnés dans l’index révèlent une certaine croissance, il faut surtout contextualiser cette augmentation par le fait que nous travaillons toujours, peu importe le nombre d’agents repérés dans le champ littéraire, sur un échantillon d’une centaine d’acteurs. La croissance que suggère notre tableau se fait ainsi hors de cet échantillon. On peut néanmoins en déduire que nous parlons de plus en plus, dans nos tomes récents, d’acteurs différents de ceux sélectionnés dans l’échantillon à partir duquel nous produisons nos analyses du personnel littéraire. Si elle peut sembler banale, cette constatation implique qu’on rende compte aussi de ce décalage qui se creuse à chaque tome et qui est partie prenante du processus d’autonomisation autant que de légitimité de la littérature québécoise.

Une autre mesure du double mouvement de croissance et de réduction que notre travail nous mène à opérer se profile dans les statistiques concernant les entrées d’index et de bibliographies portant sur les œuvres et sur les périodiques. S’il y a en soi peu à ajouter, à cette étape de notre réflexion du moins, ces données montrent une augmentation assez nette, hormis un calcul statistique plus fin, qui quantifierait cette croissance. Mais, ce que nous souhaitons mettre à l’avant-plan tient plutôt à une tentative de mesure du traitement plus synthétique que nous devons faire de ces matériaux premiers. Pour concrétiser cet aspect et pour mettre à profit le principe de stabilité de notre table des matières qui reste à peu près inchangée d’un tome à l’autre, et ce malgré le fait que le premier tome couvre les années 1764-1805 et le plus récent paru celles de l’entre-deux-guerres, nous prendrons pour exemple les titres et sous-titres de la section du chapitre 6 (« Les textes de l’imagination et de la subjectivité ») des 6 tomes parus.

Le premier tome, qui traite les années 1764 à 1805, sera couvert rapidement, les premiers romans paraissant sous forme de feuilletons au cours de la période du tome II. C’est cependant au tome III que nous poserons notre premier jalon, les années 1840-1869, celles qui suivent le rapport Durham13, marquant un temps fort de l’histoire romanesque canadienne avec la parution de plusieurs classiques du xixe siècle québécois. Essentiellement, la table des matières de la section « roman » du tome III qui s’étale des pages 398 à 421 (23 pages) présente les romans un par un, les répartissant à peu près également dans les catégories « récit d’aventure », « roman historique », « roman de mœurs et critique sociale », suivant la chronologie de leur publication. Les sous-entrées reprennent toutes des titres de romans uniques sauf deux, « Les romans d’Émile Chevalier », qui saisit une série par son auteur, et le « roman de mœurs en traduction », qui fait la même chose au fond mais sans nommer l’auteure et traductrice, Eleanora Mullins Leprohon. On voit déjà poindre deux régimes de textes et d’auteurs, trois en considérant le fait que Mullins Leprohon est bien présente et tout aussi importante que les autres lorsqu’on lit le texte14.

Figure 12. Table des matières

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Extrait de la table des matières de la section « Roman »

Source : tome III de La Vie littéraire au Québec.

Pour la période du tome V (1895-1918), on détecte une cinquantaine de romans publiés en volume, signés par une trentaine d’auteurs. Toujours en une vingtaine de pages de textes, la table des matières se découpe en trois grandes sections : « Poursuite des voies traditionnelles » (subdivisée en roman d’aventures et roman historique), « Renouvellements » (subdivisée en roman de mœurs politiques et roman social) et « Vers le roman du terroir ». Le principe chronologique domine, les auteurs et les titres disparaissent. Au fil du texte, si les catégories prédominent par la fonction des sous-titres, la présentation par roman et par auteur est maintenue, avec cette fois une légère tendance à centrer davantage le propos par œuvre que par auteur, comme en témoigne le fait que la production de certains auteurs soit scindée lorsque les tendances révélées par l’apparition de nouveaux sous-genres l’exigeait. Sans doute voit-on déjà ici le principe du sous-genre littéraire prendre du galon et jouer un rôle de moteur pour décrire l’évolution des tendances plutôt que d’une catégorie stable. La tendance se poursuit au tome VI, tome pour lequel la table des matières est tout à fait semblable, tant dans ses découpages que dans sa dimension chronologico-générique, qui va de la continuité au renouvellement. Cette fois encore, ce ne sont plus les romans pris individuellement ou des séries d’auteurs qui sont considérés, mais plutôt des classements organiques, qui mettent en valeur notre manière de restituer la perspective de l’époque sur les œuvres (« Le roman des conflits sociaux » ou « Le roman de la fidélité au féminin »), alors que le nombre de titres et d’auteurs mentionnés explicitement dans le corps du texte reste semblable15. Une nouvelle catégorie fait également son apparition pour organiser le texte, dans la partie couvrant les « nouvelles voies », celle des éditeurs. Sous les termes « Un projet d’éditeur » se cache en effet Édouard Garand, alors que la collection « Les romans de la jeune génération » permet de faire l’association avec les éditions Albert Lévesque16.

Conclusion

Ce bref aperçu situe le virage numérique des travaux de l’équipe de La Vie littéraire dans le prolongement du principe de réduction engendré par les effets convergents de la croissance du volume de documentation et d’interactions, et du maintien d’un principe de synthèse globale qui est au cœur de notre mandat. Nous souhaitons, en terminant, en pointer trois aspects qui nous semblent importants. En premier lieu, la multiplication des interrogations croisées de nos données. Cet aspect est loin d’être strictement quantitatif, et nous en percevons déjà l’impact sur le nombre, sur le tri et, au final, sur la qualité des hypothèses que nous en venons à formuler. Il nous permet de voir se profiler la multilatéralité des rapports qui existent entre les différents indicateurs que nous prenons en considération. En deuxième lieu, l’accélération du partage et de la mise en commun. Le principal impact de ce gain ne relève pas tant d’un « progrès » sur le plan de l’efficacité, ou d’une économie de temps en soi (le temps de production d’un tome ne s’est pas accéléré, loin de là !), que des avantages d’une perspective commune dont le processus s’amorce un peu plus en amont dans nos opérations. Ce phénomène engendre certes une exigence accrue sur le plan interprétatif, surtout dans le contexte du travail collaboratif assez vertigineux que nécessite la signature collective, de chaque ligne de nos ouvrages et qui fait la spécificité de notre équipe. C’est toutefois ce partage plus fin et réalisé en amont qui nous semble tendre à contrebalancer le mouvement de zoom arrière qu’oblige l’effet de synthèse et dont l’impact s’accroit à chaque tranche historique ; en gros, il faut procéder à un surplomb de plus en plus périlleux pour saisir cette globalité tout en traitant du cœur, du panorama et des marges dans un même souffle. Enfin, en troisième lieu, la conservation et la capacité à rendre disponible nos données sont considérablement facilitées les outils numériques, ce qui rend possible des échanges et collaborations, notamment avec les autres équipes, les chercheurs individuels et les étudiants, à travers un partage aussi nécessaire que rentable, tant des données que des différents états de leur interprétation.

Les trois constats qui précèdent lestent notre conviction d’avoir opéré le « virage numérique » en étant fidèles à nos principes de départ et à notre mandat scientifique. Le fait de pouvoir être attentif aux modalités de la réduction opérée sur la matière pour produire notre synthèse documente de manière révélatrice les étapes du processus. Dans le contexte d’un champ littéraire longtemps marqué par une forte hétéronomie, les soubresauts du processus, les crises qu’il révèle, les accommodements provoqués par cette adaptation au marché spécifique que constitue le champ culturel québécois, les emprunts, les décalages et autres adaptations aux réalités économiques, politiques et sociales sont peut-être les aspects les plus révélateurs de la spécificité de l’histoire littéraire et culturelle du Québec. C’est en ce sens que, de notre point de vue, notre travail s’inscrit bien davantage dans la foulée de la rupture introduite par l’école des Annales que dans le sillage de quelque révolution numérique que ce soit. Et c’est justement depuis cette perspective que l’intérêt d’étudier l’écosystème littéraire québécois offre des bénéfices qui dépassent largement les enjeux « locaux » pour se situer plutôt sur les plans historiographiques et épistémologiques. Les bases de données que nous avons brièvement présentées, leur conception mais également leur utilisation concrète au fil de nos analyses, nous ramènent constamment à la nécessité de compenser la réduction et les distorsions par l’élucidation des conditions de production du savoir et l’approfondissement métaréflexif, mais aussi à la mise en valeur des profits heuristiques que produit ce type de travail.

1 Rappelons l’empan couvert : le premier tome de notre série, qui porte sur les années 1764-1805, permettait d’aspirer à une certaine exhaustivité, en

2 Ce sont 1. Les déterminations étrangères ; 2. Les conditions générales ; 3. Les agents de la vie littéraire ; 4. Le marché de la littérature ; 5. La

3 Du point de vue technique, notre base relationnelle a été conçue à l’aide de logiciels Open Source et gratuits. Son interface de gestion et de

4 Cette documentation provient des dépouillements de périodiques que nous effectuons pour chacun des tomes de notre ouvrage, soit 250 à 300 

5 Auparavant, les dossiers de documentation au format papier étaient envoyés à chacun des rédacteurs en fonction de leurs responsabilités et des

6 Rappelons que le projet est interuniversitaire depuis son origine et qu’il rassemble maintenant douze chercheurs provenant de six établissements

7 Lionel Groulx était ainsi associé, par exemple, à une association, l’Académie canadienne-française, à un périodique, L’Action nationale, à un lieu

8 Ceux-ci représentent entre 100 et 150 acteurs retenus par tome, pour lesquels l’équipe a dû chaque fois se donner des critères de sélection en

9 Bimensuel publié à Montréal entre 1939 et 1952, Radiomonde fait la promotion des artistes canadiens-français et de la vie culturelle montréalaise.

10 Initialement destiné aux touristes des grands hôtels montréalais, l’hebdomadaire Current Events (1922-1976) recensait ce qu’il fallait voir et

11 Rappelons que la série La Vie littéraire au Québec ne présente pas une juxtaposition de textes signés individuellement. Reflétant notre processus

12 Il faut cependant se garder d’en tirer un propos simpliste : les chiffres que nous présentons ne constituent qu’une entrée en matière d’un exercice

13 Dans son rapport de 1839, qui suit immédiatement les Rébellions des Patriotes de 1837-1838 et qui vise à en expliciter les causes, John George

14 Notons par ailleurs que c’est à la fois la seule femme dont il est question dans cette section, et que c’est également la seule auteure à ne pas

15 On note quand même une tendance à associer un auteur et une série de textes dont le sien serait emblématique, la différence se situant plutôt dans

16 Les titres suggèrent déjà ici une conception du travail éditorial, notamment celui de rassembler des œuvres sur la base de parentés, en l’

Bourdieu Pierre (1992). Les Règles de l’art. Paris, Seuil.

Denis Benoît & Marneffe (de) Daphné (dir.) (2006). Les Réseaux littéraires. Bruxelles, Le Cri/CIEL.

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Foucault Michel (1969). L’Archéologie du savoir. Paris, Gallimard.

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1 Rappelons l’empan couvert : le premier tome de notre série, qui porte sur les années 1764-1805, permettait d’aspirer à une certaine exhaustivité, en traitant de tous les auteurs (connus ou retrouvés au moment des recherches) et de tous les textes (connus ou retrouvés au moment des recherches). À l’autre bout du spectre, les tomes 7 et 8 en préparation (qui couvrent les années 1934-1947, puis 1948-1962) ont sans surprise entraîné leur lot de défis en regard de la gestion documentaire et du traitement sensible qu’il est possible d’en faire, tant du point de vue du personnel littéraire, du marché et de la publication que de la réception des œuvres.

2 Ce sont 1. Les déterminations étrangères ; 2. Les conditions générales ; 3. Les agents de la vie littéraire ; 4. Le marché de la littérature ; 5. La prose d’idées ; 6. Les textes d’imagination ; 7. La réception

3 Du point de vue technique, notre base relationnelle a été conçue à l’aide de logiciels Open Source et gratuits. Son interface de gestion et de consultation a été développée en utilisant les langages de programmations PHP et Javascript, et le système de gestion de la base de données elle-même est MariaDB, une variante totalement libre de MySQL. L'emploi de la technologie MariaDB/MySQL facilite grandement la diffusion de nos données, contrairement à une solution propriétaire de type FileMaker.

4 Cette documentation provient des dépouillements de périodiques que nous effectuons pour chacun des tomes de notre ouvrage, soit 250 à 300 périodiques par tome. Une fois compulsés, sélectionnés, numérisés et indexés, les articles sont intégrés dans la soixantaine de dossiers thématiques que nous avons établis.

5 Auparavant, les dossiers de documentation au format papier étaient envoyés à chacun des rédacteurs en fonction de leurs responsabilités et des chapitres à rédiger.

6 Rappelons que le projet est interuniversitaire depuis son origine et qu’il rassemble maintenant douze chercheurs provenant de six établissements distincts.

7 Lionel Groulx était ainsi associé, par exemple, à une association, l’Académie canadienne-française, à un périodique, L’Action nationale, à un lieu, sa maison sur l’avenue Bloomfield à Outremont, etc.

8 Ceux-ci représentent entre 100 et 150 acteurs retenus par tome, pour lesquels l’équipe a dû chaque fois se donner des critères de sélection en fonction d’une liste de base ne cessant de s’élargir. Par exemple, pour le tome 7, cette liste de base comportait plus de 400 acteurs et nous nous sommes donc imposés une règle visant à discriminer les acteurs n’ayant pas publié trois livres ou plus. Par contre, nous avons également pris en compte d’autres acteurs importants ne répondant pas à cette règle, dont les gens de théâtre ou les éditeurs.

9 Bimensuel publié à Montréal entre 1939 et 1952, Radiomonde fait la promotion des artistes canadiens-français et de la vie culturelle montréalaise.

10 Initialement destiné aux touristes des grands hôtels montréalais, l’hebdomadaire Current Events (1922-1976) recensait ce qu’il fallait voir et savoir sur Montréal (soirées dansantes, théâtre, cinéma américain, restaurants, etc.).

11 Rappelons que la série La Vie littéraire au Québec ne présente pas une juxtaposition de textes signés individuellement. Reflétant notre processus de travail collectif à toutes les étapes, depuis la recherche jusqu’à la publication, les tomes sont signés collectivement : les noms des membres de l’équipe sont ainsi mentionnés sur la page de titre des ouvrages.

12 Il faut cependant se garder d’en tirer un propos simpliste : les chiffres que nous présentons ne constituent qu’une entrée en matière d’un exercice qui prendra une forme plus aboutie au terme du prochain cycle de subvention (celles que nous recevons du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, CRSH ; et du Fonds de recherche du Québec en société et culture, FRQ-SC), celui qui permettra l’achèvement de nos deux derniers tomes et accompagnera le partage des données à l’issue de ce parcours qui aura duré plus de trente ans.

13 Dans son rapport de 1839, qui suit immédiatement les Rébellions des Patriotes de 1837-1838 et qui vise à en expliciter les causes, John George Lambton comte de Durham propose une série de réformes controversées, dont l’assimilation des Canadiens français par l’Union du Haut et du Bas-Canada qui adviendra en 1841. Néanmoins, la défense de l’idée d’autonomie politique, qu’il propose par son appui au gouvernement responsable que les Canadiens réclameront et obtiendront en 1848, marque une étape importante dans l’évolution de la démocratie au pays. Sa désormais célèbre injonction selon laquelle les Canadiens « sont un peuple sans histoire et sans littérature » agira comme une sorte de déclencheur pour les écrivains de l’époque.

14 Notons par ailleurs que c’est à la fois la seule femme dont il est question dans cette section, et que c’est également la seule auteure à ne pas figurer dans les tables des matières.

15 On note quand même une tendance à associer un auteur et une série de textes dont le sien serait emblématique, la différence se situant plutôt dans la désignation de la série elle-même.

16 Les titres suggèrent déjà ici une conception du travail éditorial, notamment celui de rassembler des œuvres sur la base de parentés, en l’occurrence générique et générationnelle.

Figure 1. Première de couverture de l’ouvrage La Vie littéraire au Québec

Figure 1. Première de couverture de l’ouvrage La Vie littéraire au Québec

La Vie littéraire au Québec, tome VI (1919-1933), dirigé par Denis Saint-Jacques et Lucie Robert (2010). Québec, Presses de l’Université Laval.

Figure 2. Documentation – Dossiers

Figure 2. Documentation – Dossiers

Capture d’écran de la base VLQ.

Figure 3. Documentation – Dossier n°12 (« L’édition littéraire ») du tome VII (1934-1947) de La Vie littéraire au Québec

Figure 3. Documentation – Dossier n°12 (« L’édition littéraire ») du tome VII (1934-1947) de La Vie littéraire au Québec

Capture d’écran de la base VLQ.

Figure 4. Quatre comédiens du radioroman « Un homme et son péché » de Claude-Henri Grignon jouant sur les ondes de la station CBC (Radio-Canada) à Montréal

Figure 4. Quatre comédiens du radioroman « Un homme et son péché » de Claude-Henri Grignon jouant sur les ondes de la station CBC (Radio-Canada) à Montréal

De gauche à droite, nous reconnaissons : Hector Charland (Séraphin Poudrier), Juliette Béliveau, Paul Guèvremont et George Alexander.

Source : Fonds de Conrad Poirier, 1912-1968, 22 février 1945, BAnQ-Montréal, P48, S1, P23122.

Figure 5. Fiche « Acteurs »

Figure 5. Fiche « Acteurs »

Capture d’écran de la base VLQ.

Figure 6. Fiche « Auteurs »

Figure 6. Fiche « Auteurs »

Ancienne fiche « Auteurs » manuscrite pour Olivar Asselin.

Figure 7. Résultat de la requête « VLQ-CA-1870 », qui donne la liste de tous les auteurs actifs au Québec, nés entre 1870 et 1879

Figure 7. Résultat de la requête « VLQ-CA-1870 », qui donne la liste de tous les auteurs actifs au Québec, nés entre 1870 et 1879

Capture d’écran de la base VLQ.

Figure 8. Fiche « Auteurs » numérisée pour Olivar Asselin

Figure 8. Fiche « Auteurs » numérisée pour Olivar Asselin

Capture d’écran de la base VLQ.

Figure 9. Répartition des publications par genre, pour les années 1934-1947

Figure 9. Répartition des publications par genre, pour les années 1934-1947

Capture d’écran de la base VLQ.

Figure 10. Évolution de la répartition des publications par genre, pour chacune des années de la période 1934-1947

Figure 10. Évolution de la répartition des publications par genre, pour chacune des années de la période 1934-1947

Capture d’écran de la base VLQ.

Figure 12. Table des matières

Figure 12. Table des matières

Extrait de la table des matières de la section « Roman »

Source : tome III de La Vie littéraire au Québec.

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