De 7 à 280 joueurs

Une base de données pour renouveler l’histoire littéraire de la « Pléiade »

From 7 to 280 Players. A Database to Reassess the Literary History of La Pléiade

De 7 a 280 jugadores. Una base de datos para renovar la historia literaria de la « Pléiade »

Florence Bonifay

Traduction(s) :
From 7 to 280 Players

Citer cet article

Référence électronique

Florence Bonifay, « De 7 à 280 joueurs », Biens symboliques / Symbolic Goods [En ligne], 2 | 2018, mis en ligne le 12 avril 2018, consulté le 18 août 2018. URL : https://revue.biens-symboliques.net/219

La base de données « RéseauxPoètesXVI » recense 2 200 pièces de contact témoignant des regards croisés d’environ 280 hommes et femmes de plume sur l’activité poétique de 1549 à 1586. Elle enregistre le réseau de citations entre poètes (qui nomme qui ?) et donne accès aux textes en intégralité. Ce faisant, elle permet d’envisager sous un angle nouveau – celui des sociabilités représentées – l’histoire littéraire de ce temps, en considérant la « Pléiade » comme un microphénomène au sein d’une sociabilité poétique bien plus vaste. Outil pour l’analyse de l’organisation et des mises en scène des réseaux de poètes, cette base de données valorise l’intense activité réflexive des auteurs sur le groupe social qu’ils forment avec leurs pairs. Les textes qu’elle réunit contribuent ainsi à déterminer progressivement la place et la valeur des lettres françaises, fournissant un terreau important à ce qu’Alain Viala a pointé comme étant une autonomisation progressive du « champ littéraire » au xviie siècle.

« RéseauxPoètesXVI » (16th-Century Poets Network) is a database listing 2,200 references which demonstrate the perspectives on poetic activity of around 280 men and women of letters from 1549 to 1586. It records a network of citations between poets (a “who names who ?”), giving access to texts in full. In so doing, it gives a new perspective – that of representations of sociability – on the literary history of this period, considering the “Pléiade” (the name given to a group of seven prominent sixteenth-century French poets) as a microphenomenon within much wider poetic sociability. The database is a tool to analyse the organization and presentation of networks of poets, highlighting the latter’s intense reflexivity on the social group they formed with their peers. The texts that it brings together thus help to gradually determine the place and value of French literature, providing an important breeding ground for what Alain Viala has called the gradual autonomization of the “literary field” in the seventeenth century.

La base de datos « RéseauxPoètesXVI » empadrona 2200 correspondencias que dan testimonio de las miradas cruzadas de 280 hombres y mujeres de pluma sobre la actividad poética entre 1549 y 1586. La base registra la red de citaciones entre poetas (¿quién nombra a quién ?) y da acceso a los textos en su integralidad. De esta manera permite considerar, desde un nuevo punto de vista- el de las sociabilidades representadas- la historia literaria de ese tiempo, considerando la « Pléiade » como un micro-fenómeno dentro de una sociabilidad poética mucho más vasta. Útil para el análisis de la organización y de las representaciones de las redes de poetas, esta base de datos valoriza la intensa actividad reflexiva de los autores sobre el grupo social que forman con sus pares. Los textos que reúne contribuyen así a determinar progresivamente el lugar y el valor de las letras francesas, proporcionando un importante terreno a lo que Alain Viala ha llamado autonomización progresiva del « campo literario » en el siglo xvii.

Même si la « Pléiade1 » hante encore les manuels du secondaire pour désigner un groupe de sept poètes du milieu du xvie siècle, il est entendu depuis bien longtemps qu’elle n’est qu’un mythe (Balmas 1965 ; Lebègue 1966) : cette vue de l’esprit de Ronsard, quoique fugace2, frappa l’imagination d’une poignée de ses contemporains et fut, surtout, une étiquette commode pour les historiens de la littérature des siècles suivants. Dans les études seiziémistes récentes, Emmanuel Buron a condamné l’usage du mot au début des années 20003. Il reste néanmoins usité par commodité – mis à distance et entouré de précautions – non pas pour désigner un groupe historique mais une mouvance esthétique.

Figure 1. Montage personnel à partir de portraits gravés d’auteurs de la Renaissance figurant dans des éditions du xvie siècle

Image 1000000000000378000002A76C497A8D.jpg

Presque quatre-vingts ans après la monumentale Histoire de la Pléiade d’Henri Chamard (Chamard 1939-1940), nous avons voulu revisiter l’histoire de la « Pléiade » sous l’angle de la sociabilité telle qu’elle est représentée par les poètes. Le dépouillement de 312 recueils de poésie, parus entre 1549 et 1586, nous a permis d’identifier et de saisir 2 200 textes dans lesquels les poètes se nomment les uns les autres et mettent en scène leurs relations. La création d’une base de données nous a alors semblé nécessaire afin de relier ces textes entre eux et de faciliter l’exploration des méandres de ce réseau extrêmement riche (qui cite ou évoque qui ? quand ? dans quel recueil ? à quelle date ?), tout en donnant accès au contenu des textes. C’est ainsi que la base « RéseauxPoètesXVI » est née et a constitué un outil de travail central pour nos années de doctorat (voir Bonifay 2016).

Après avoir présenté la constitution et l’organisation de cette base de données, nous focaliserons notre attention sur deux points. Nous montrerons, d’une part, quels peuvent être quelques-uns des apports de cette base informatique à l’étude des représentations des sociabilités poétiques de la seconde moitié du xvie siècle, afin de mieux situer le sous-groupe que l’histoire littéraire a retenu sous le nom de « Pléiade ». Nous soulignerons, d’autre part, que l’ensemble des données de la base met en valeur l’intense activité réflexive des poètes sur le groupe social spécifique qu’ils composent.

Constitution du corpus et de la base de données

Bornes historiques et nature du corpus

La période historique à laquelle nous nous intéressons commence en 1549, année de publication de La Deffence, et illustration de la langue françoyse par Joachim Du Bellay. Considéré comme le manifeste de la « Pléiade », l’opuscule « tente de préciser les cadres d’une poésie encore inédite […] et, par-delà, d’instituer une nouvelle classe de poètes », patriotes car écrivant en français, héroïques, philosophes et auxiliaires du pouvoir royal centralisateur, souligne Jean-Charles Monferran dans l’édition 2007 de La Deffence4. Ce texte, qui veut imposer une rupture dans l’histoire de la poésie, constitue une nouveauté, précise Jean Vignes : « jusqu’ici en effet, l’évolution du goût poétique s’était produite sans rupture marquée, chaque nouvelle génération affirmant son respect pour les maîtres des générations précédentes » (2007 : 103). L’analyse comparée que fait Francis Goyet du marotique5 Art poetique François (1548) de Sébillet et de La Deffence (1549) de Du Bellay ne dit pas autre chose : Sébillet présente une « façon graduelle de monter aux sommets poétiques » (Goyet 2003 : 114) tandis que Du Bellay est un « blanc-bec » qui « endosse […] le rôle, la persona d’un auteur confirmé » (Goyet 2003 : 124) et refuse l’apprentissage graduel en se positionnant directement au sommet de l’échelle.

Le Tombeau6 de Ronsard (1586), réuni par son ami Claude Binet quelques mois après sa mort et comptant une soixantaine de signatures, marque la borne finale de notre étude. La carrière de l’ami et rival de la première heure de Du Bellay, menant le même combat que lui au début des années 1550, inventant l’image d’une « Pléiade » de sept poètes et publiant de la poésie jusqu’à sa mort, fait donc l’unité de la période choisie. Certes, Jean Dorat (mort en 1588), Jean-Antoine de Baïf (mort en 1589) et Pontus de Tyard (mort en 1605) – qui font partie de la troupe des novateurs dans les années 1550 – survivent de quelques années à Ronsard. Toutefois, ils ne produisent plus guère de poésie (Tyard, sur la fin de sa vie, s’intéresse uniquement à la religion et à la philosophie) ni de pièces de contact avec des poètes. Par ailleurs, leur décès ne donne pas lieu à un bilan aussi monumental que le Tombeau de Ronsard qui fait état de la notoriété du Vendômois mais fournit aussi des regards rétrospectifs sur toute une période poétique que certains craignent désormais révolue.

Sur cette période longue, nous ne nous sommes intéressée qu’aux recueils poétiques imprimés, pour une raison évidente de commodité mais aussi parce que la publication imprimée est fortement valorisée par Ronsard et ses amis. Leurs déclarations ne doivent pas faire oublier que l’impression n’est pas la seule voie d’accès à la grandeur, comme en témoigne Mellin de Saint-Gelais, aumônier du roi sous François 1er et Henri II, qui fit le choix jusqu’à sa mort en 1558 de ne pas faire sortir des presses un recueil de ses œuvres. Toutefois, la publication imprimée soutient leur volonté de conquête des droits de l’auteur et de conquête de l’espace public7. En effet, ne pas publier expose au plagiat, selon Du Bellay (Deffence, Livre II, chap. 2) et fait du tort au bien public selon Olivier de Magny qui déplore que Saint-Gelais n’imprime pas ses œuvres8 et qui estime qu’Étienne Jodelle ne fait pas son « juste devoir » en tardant à publier ses vers9. Le refus de la publication imprimée empêche, en outre, de passer à la postérité. Enfin, au regard de l’idéal viril et héroïque de Du Bellay et de Ronsard, c’est une lâcheté. Le poète vendômois fustige ainsi, dans le « Au lecteur » de ses Odes de 1550, les « sciamaches », c’est-à-dire les combattants en chambre qui n’osent pas faire entrer leurs œuvres dans l’arène publique. De son côté, Du Bellay affirme qu’un poète qui ne publie pas ne peut prétendre à la première place, de sorte que Mellin de Saint-Gelais « pour n’avoir encores rien mis en lumiere soubz son nom, ne merite qu’on luy donne le premier lieu10 ». Parce que nous nous intéressons à la dimension publicitaire des représentations de la sociabilité littéraire11, nous avons joué le jeu de la majeure partie des poètes de la « Pléiade » (à l’exception de Jodelle, très réticent à publier) en ne tenant compte que des publications imprimées. Ce faisant, nous pouvons observer comment les poètes s’entraident pour la conquête d’un marché, Ronsard écrivant par exemple « Au lecteur », en liminaire de La Bergerie de Belleau (1576) : « lecteur si tu peux entre les Muses vivre / Achepte moy Belleau12 ».

Réseaux de citations, reconnaissance et économie du don

Pour appréhender les représentations des relations entre poètes autour de la « Pléiade », nous avons décidé de focaliser notre attention sur le processus de nomination. En effet, dire le nom consiste à reconnaître l’existence de l’autre, de sorte que nommer relève autant d’une logique d’élection que d’une logique d’exclusion. Le seul poème dans lequel Ronsard imagine une Pléiade de sept bons poètes en témoigne. Imprimée en 1556, l’« Élégie de P. de Ronsard, à Chretophle de Choiseul, Abbé de Mureaux » renvoie aux premières publications de Ronsard et de Du Bellay qui correspondent historiquement à l’avènement du roi Henri II13 :

Du regne de HENRY, cinq ou six seulement,
Vindrent, qui d’un acord moderé doucement,
Et d’un pouce atrempé firent doctement bruire
Maintenant la guitterre, et maintenant la lyre,
Et maintenant le luc, et oserent tenter
Quelque peu la trompette affin de haut chanter.
Incontinent apres, une tourbe inconnue
De serfz imitateurs, pesle mesle est venue
Se ruer sans esgard, laquelle a tout gasté
Cela que les premiers avoient si bien chanté.

Selon la vision ronsardienne de l’histoire littéraire, après cette première « moisson d’enfans, / Gentilz, doctes, bien-nez » (v. 36-37), la production de la « France mere » s’est tarie. Et,

Meintenant à son tour, fertile, elle commence
A s’enfler tout le sein d’une belle semence,
Et ne veut plus soufrir que son limon oyseux
De chardons se herisse, et de buissons ronceux
Te concevant, Belleau, qui viens en la brigade
Des bons, pour accomplir la setieme Pliade.
Qui as (comme bien-né) ton naturel suivy,
Et que les Muses ont naïvement ravy
Aux contemplations de leurs sciences belles14.

Ces vers délivrent une vision de l’histoire littéraire avançant par cycles alternés d’abondance et de sècheresse, et reposent sur des oppositions de valeurs : la rareté (« cinq ou six seulement », plus le « setieme ») face à la masse (« tourbe […] pesle mesle […] venue / Se ruer »), le haut (« haut chanter ») face au bas (ceux qui se « rue[nt] » dans le « limon oyseux »), le savoir (« doctes », « doctement ») face à la bêtise et à l’indélicatesse (« sans esgard […] a tout gasté »), l’audace (« oserent tenter ») face à la pâle imitation (« serfz imitateurs ») et la noblesse de sang (« bien-nez », « bien né ») face à la fange (« serfz », « limon oyseux »). Rédigés et publiés par un poète qui se veut chef de file15, à l’instar de Du Bellay, ils témoignent d’une vision élitiste de la poésie, articulée à des éléments tangibles comme la noblesse de naissance, le bagage savant et le talent musical, le tout étant sublimé par un « je-ne-sais-quoi » désigné comme un don des Muses. Dans ce cadre-là, la nomination joue un rôle important : Remy Belleau, désigné par son nom, est distingué de la « tourbe inconnue », pour être intégré dans le petit collectif des très « bons » (v. 46) qui composent la Pléiade au sein du groupe des bons de la Brigade.

Nommer un confrère apparaît alors comme un signe de reconnaissance de son talent et de son droit à figurer dans les imprimés destinés à passer à la postérité. Du Bellay le souligne :

Qui eust sceu de Mars les enfans,
Leurs lauriers, leurs chars triumphans,
Si ores l’envieux silence
A leurs noms faisoit violence16 ?

Le système de rimes révèle la hantise du « silence » qui apparaît comme une « violence » puisqu’il engloutit le nom dans l’oubli. Cette violence, pourrait-on dire avec Pierre Bourdieu, est « symbolique » dans la mesure où elle a une « double dimension immatérielle et relationnelle », comme le résume Pascal Durand dans l’article « Capital symbolique » du Lexique socius. À l’inverse, par conséquent, la nomination peut être assimilée à un « bien symbolique » que s’échangent les poètes et qui construit de la réputation, réputation singulière (lorsqu’un seul confrère est nommé) ou réputation collective (lorsque c’est toute une liste de poètes qui est louée).

À vrai dire, l’entreprise est à la fois individuelle et collective. Pour s’assurer un passage personnel à la postérité, les poètes de la génération 1550, poursuivant la « conquête de la paternité du tout de l’œuvre par l’auteur » à laquelle a fortement contribué Clément Marot dans les années 1530-1540 (Alduy 2007 : 98), s’emploient à écrire leur nom au fronton de leurs œuvres17 et s’autodésignent dans leurs vers. C’est ainsi que l’index des œuvres de Ronsard, par Alvin Emerson Creore, indique quatre-vingt-onze occurrences du nom de Ronsard dans ses œuvres (Creore 1972 : 1196). Toutefois, les poètes s’entraident également pour se sauver collectivement de l’oubli : je suis poète « Pour honorer de renommee / Par le monde en mes vers semee / Mon nom et celuy des amis18 », déclare Jean-Antoine de Baïf. Ainsi, alors que le recueil d’auteur prend le pas, vers le milieu du siècle, sur les recueils polygraphiques et les florilèges (Alduy 2007 : 87-116), la dimension collective demeure mais sous une autre forme : celle de la citation des « amis », et notamment des amis poètes.

L’échange d’adresses entre poètes est alors un échange de bons procédés qui repose sur un transfert de crédits entre pairs (capital symbolique). En outre, cela permet à chacun de se montrer inséré dans un réseau. Par là même est valorisé un « capital social » entendu comme « ensemble des ressources actuelles ou potentielles qui sont liées à la possession d’un réseau durable de relations plus ou moins institutionnalisées d’interconnaissance et d’inter-reconnaissance ou, en d’autres termes, à l’appartenance à un groupe » (Bourdieu 1982 : 2). Cet échange implique les poètes dans un circuit de don et de contre-don, selon un mécanisme mis au jour par Marcel Mauss en 1923-1924, pour qui l’économie du don repose sur la force de la chose donnée et reçue – Mauss appelle cette force le « hau » – poussant le donataire à rendre. Très vivace au xvie siècle, comme l’a montré Natalie Zemon Davis (2003), cette économie du don peut être étudiée dans le cadre du rapport des poètes à leurs mécènes (Skenazi 2003 ; Berriet 2009). Le poète offre un « bien symbolique » (poème, recueil) et le puissant offre un bien symbolique (soutien écrit, par exemple) ou matériel (pension, bénéfice), puisque l’autonomie économique de la littérature est loin d’être acquise à la Renaissance. Mais l’économie du don peut également être observée au sein du milieu des poètes qui s’échangent des marques de crédit.

Ce jeu des nominations croisées est donc l’angle par lequel nous avons voulu examiner l’histoire de la « Pléiade ». En rendant compte des réseaux de citations par le biais d’une base de données, il s’agit non pas de faire l’histoire des œuvres et de leurs affinités esthétiques mais l’histoire des relations affichées entre poètes pour observer entre qui s’échangent les marques de crédit ou les invectives, quel(s) collectif(s) se construi(sen)t, comment, contre qui, en vertu de quels dénominateurs communs. Ce faisant, ce sont les postures – au sens qu’a proposé Alain Viala de « présentation de soi » au public ou de « façon d’occuper une position » (Molinié & Viala 1993 : 216) –, les représentations des relations amicales et conflictuelles entre pairs, ou encore les mises en scène du poète en groupe qui nous intéressent.

« RéseauxPoètesXVI » : constitution d’une base de données et mise en réseau de 280 noms

Pour constituer notre corpus, nous avons consulté de nombreux recueils imprimés. Cette lecture sélective consistait à repérer dans les ouvrages :

• Les pièces dans lesquelles l’auteur du recueil nomme des confrères (préfaces, « Aux lecteurs », poèmes du recueil qui s’adressent à un pair, construisent une certaine vision de l’histoire littéraire, dressent des listes de « bons19 », invectivent un confrère, racontent une scène de sociabilité poétique, etc.) ;

• Les pièces allographes qui sont écrites par un pair et intégrées par l’auteur à son recueil. En effet, Cécile Alduy l’a souligné : pour les poètes de la seconde moitié du xvie siècle, le livre a une « fonction de lieu socialisé destiné à accueillir d’autres poètes, voire d’autres langues, et témoigne de la distance historique qui le sépare de notre conception de l’unité indissociable livre-œuvres-écrivains » (2007 : 260). Jean Vignes considère que ces textes offrent « de précieux indices pour reconstituer les réseaux d’influence et d’amitiés qui forment la trame de la vie humaine » (2004 : 183) et en propose une typologie. Il distingue, d’une part, les allographes liminaires et post-liminaires, c’est-à-dire les cautions des pairs qui font du péritexte, selon Daniel Maira, l’« espace d’une approbation collective » (2007 : 267), et ce depuis les années 1530 (Laufer 1989 [1982] : 583). Des phénomènes de « parrainage social et littéraire » (Alduy 2007 : 344) s’y observent, qu’un auteur réputé offre à un débutant un liminaire élogieux ou qu’un auteur réputé accepte d’accueillir au seuil de son livre le poème d’un débutant qui chante ses louanges. Jean Vignes distingue, d’autre part, les allographes parenthétiques, c’est-à-dire « un texte de A intercalé au sein du volume, parmi les pièces de l’auteur principal » (2004 : 181). Cela permet de mettre en scène des débats à coup d’adresses, de réponses et de contre-réponses sous la forme de dizains, de sonnets ou d’épîtres le plus souvent.

Pour faire le relevé de ces pièces de contact, nous avons commencé par lire les recueils des poètes dits de la « Pléiade ». Pour la plupart, leurs œuvres complètes connaissent des éditions modernes et quelques-unes sont numérisées (sur archive.org ou dans la collection des classiques Garnier numériques, par exemple). Certains de ces poètes, comme nous l’avons vu, ont une longue carrière qui se poursuit jusqu’aux années 1580. À partir des noms de poètes qu’ils citent ou qui signent des textes qu’ils intègrent à leurs recueils, nous avons étendu nos lectures. De rebond en rebond, nous avons dépouillé 312 recueils répartis sur la période 1549-1586, ce qui permet d’observer les interactions entre poètes sur deux générations poétiques, à savoir celle qui fait ses débuts dans les années 1550 – et dont quelques acteurs publient jusque dans les années 1580 – (génération 1550 dans la suite du texte) et celle qui fait ses débuts dans les années 1570 (génération 1570 dans la suite du texte) :

• 1549-1569 (20 ans) : 184 recueils consultés ;

• 1570-1586 (16 ans) : 128 recueils consultés.

Bon nombre de ces recueils de poètes moins connus de nos jours ne connaissent pas d’édition moderne et ont été consultés dans l’édition originale du xvie siècle grâce à des bibliothèques numériques (Gallica et les Bibliothèques Virtuelles Humanistes, notamment) ou grâce au service en ligne Google Books. Ces ressources épargnent néanmoins rarement le travail de saisie des textes. C’est ainsi que, au fur et à mesure des lectures, nous avons saisi en traitement de texte des centaines de pièces. La Renaissance avait inventé la « roue à livres », un outil permettant de lire plusieurs livres à la fois. Les ouvrages étaient disposés sur des plateaux auxquels on pouvait accéder en faisant tourner la roue afin de comparer les passages sélectionnés. Il nous fallait une « roue à livres » moderne pour mettre les textes relevés en lien les uns avec les autres. En vertu de notre double objectif, qui était de rendre compte d’un réseau mais aussi d’analyser des postures, nous avons choisi de réaliser une base de données qui renseigne à la fois des données relationnelles (dans tel texte, publié dans tel recueil, à telle date, tel poète s’adresse à/évoque tel.s poète.s) et donne accès aux textes pour autoriser des analyses qualitatives.

Si la décision de saisir en intégralité les textes a entraîné un volume horaire de travail très conséquent20, elle s’est avérée judicieuse dans la mesure où des besoins sont apparus, au fur et à mesure de la progression de notre réflexion, qui n’avaient pas été anticipés. Les recherches plein texte, qu’autorise la saisie intégrale des pièces du corpus, peuvent ainsi suppléer aux tables qui manquent dans la conception d’ensemble de la base de données.

Celle-ci, programmée en PHP, a été réalisée bénévolement par des amis informaticiens avec le système de gestion de base de données relationnelle MySQL. Elle est hébergée sur le serveur de l’Université Lyon 2. Les données sont organisées comme suit :

Figure 2. Organisation des données dans « RéseauxPoètesXVI »

Image 10000000000003E30000021E624EDFB3.jpg

Dans le cadre limité de cet article, nous ne développerons pas combien l’enregistrement de certaines données du livre (lieu d’édition, identité de l’imprimeur-libraire) a son importance pour prendre en compte le rôle des professionnels du livre dans la construction des réseaux de poètes. Nous nous restreindrons ici à quelques analyses des réseaux de citations entre auteurs.

De fil en aiguille, ce sont 2 200 textes que nous avons intégrés dans la base « RéseauxPoètesXVI ». Ils sont issus des 312 recueils dépouillés qui émanent de 60 auteurs différents. Toutefois, par le biais des adresses à des pairs et des pièces allographes, ce sont 280 noms d’hommes et de femmes qui sont insérés dans un réseau dont la base de données rend compte.

L’interface utilisateur, accessible à tous, propose plusieurs requêtes :

• Des recherches de textes : par nom d’auteur, par titre de texte, par titre de recueil, par date de publication, par langue d’écriture (français, latin, grec, italien, espagnol), par éditeur et par recherche plein texte ;

• Des recherches de rapports entre auteurs permettant d’aboutir à des textes : par exemple, en demandant tous les textes de tel auteur citant tel.s auteur.s pendant toute sa carrière ou à une date précise ou sur une période historique déterminée, ou bien en demandant la liste de tous les auteurs auquel untel s’est adressé pendant toute sa carrière ou à une date précise ou sur une période historique déterminée, etc. Les résultats s’affichent sous forme de listes de textes que l’on peut consulter ;

• Des recherches de rapports entre auteurs permettant d’aboutir à des résultats chiffrés : par exemple, en faisant une requête sur tous les auteurs qui citent tel auteur. Les résultats s’affichent sous forme de tableaux et de diagrammes.

Apport de la base pour l’histoire littéraire

La Pléiade : un imaginaire groupal parmi d’autres

La mise en série de 2 200 pièces de contact, sur une période longue de presque quarante ans, permet d’insérer les quelques mentions de la Pléiade (par Ronsard, par quelques-uns de ses adversaires réformés au début des années 1560, et par quelques poètes de la génération suivante) et les quelques références à une Brigade de bons poètes (par Ronsard et quelques-uns de ses amis dans les années 1550-1560 : Baïf, Magny, Belleau, Grévin) dans un ensemble vaste de textes valorisant de diverses manières des sociabilités littéraires choisies.

En embrassant large, ce qui n’aurait pas été possible sans l’outil informatique, nous pouvons articuler de multiples conceptions du collectif, qu’elles reposent sur un critère géographique (représentations du réseau poitevin, liste des bons poètes de la Gascogne, etc.), sur un critère d’âge (conflits de « générations »), sur un critère esthétique (poètes inspirés contre petits rimeurs, poètes qui chantent Dieu contre poètes qui chantent l’amour), sur un critère confessionnel (poètes catholiques, poètes protestants) ou encore sur un critère sexué (les femmes, qui ont toutefois des difficultés à faire réseau).

La base de données permet aisément de repérer tous les textes qui mobilisent par exemple les qualificatifs « jeune » ou « vieux » pour observer les phénomènes générationnels. L’ancrage géographique, lui, peut s’approcher par la requête « lieu d’édition » ou par une recherche plein texte sur les noms de régions, de cours d’eau et de villes nommées. Une recherche sur « Paris » (comme lieu d’édition et comme mot présent dans les textes) permet d’observer la construction du mythe de la ville de Paris comme centre du monde, depuis l’éloge ronsardien de « la ville où sont infuses / La discipline, & la gloire des Muses21 » (1550) jusqu’à l’exaltation de « Paris, mere des artz, des peuples, & des villes, / Des richesses, des loys, & polices civilles22 » par Jean de La Gessée (1583), en passant par l’affirmation de Nicolas Goulu : « Παῤῥισίων κόσμου παντòς ἄνασσα πόλις23 » (1578), soit « la cité des Parisiens est maîtresse de toute la terre ». Les poètes dits de la « Pléiade » participent activement de cette valorisation de Paris en imprimant leurs œuvres à Paris, en datant leurs « Aux lecteurs » de « Paris, ce… » et en chantant les louanges de la ville dans leurs vers. Dans le même temps, plusieurs cercles d’excellence provinciaux sont particulièrement valorisés dans les textes que nous avons recensés :

• Des réseaux poitevins, manceaux et normands : des poèmes-listes24, des tombeaux25, des échanges de poètes à poètes faisant état d’un même attachement à un territoire26, révèlent des réseaux poitevins et manceaux notamment dans les années 1550, avec des fluctuations dans la composition des groupes au fil des ans ; dans les années 1570, on retrouve quelques-uns des membres de ce réseau (Charles Toutain, par exemple) dans des recueils qui révèlent une intense activité lettrée en Normandie27 ;

• Des réseaux quercinois et gascons : des poèmes-listes28 esquissent les contours d’une émulation poétique toulousaine dans les années 1550 ; puis, dans les années 1570, plusieurs recueils29 et quelques échanges de poètes à poètes30 témoignent de la vivacité de cercles lettrés gascons et de l’attachement des Gascons à leur terre natale ;

• Les réseaux lyonnais et mâconnais : autour de Maurice Scève, Guillaume Des Autels et Pontus de Tyard, une émulation poétique lyonnaise et mâconnaise se donne à lire dans les années 1550, que ce soit par le biais des adresses de poètes à poètes31, des couronnes encomiastiques32, ou des poèmes-listes33.

Des études de détail permettent ensuite d’analyser de manière plus précise le positionnement de tel ou tel poète dont l’ancrage en province est fort. Nous pouvons, par exemple, demander la liste des poètes interpellés ou évoqués par Jean Bastier de La Péruse avec une indication de fréquence.

Figure 3. Répartition des adresses

Image 100000000000017F0000015E258D022F.jpg

Résultat de la requête « Liste des auteurs et nombre de fois qu’ils sont interpellés par Jean Bastier de La Péruse dans toute sa carrière » (capture d’écran, base « RéseauxPoètesXVI »). À droite, la liste de tous les auteurs que Bastier de La Péruse a cités dans sa production poétique. À gauche, le curseur positionné sur un secteur du graphique fait apparaître, par exemple, que le poète que Bastier de La Péruse interpelle le plus est Jacques Tahureau du Mans, nommé dans trois de ses textes, soit 16,7 % des adresses de Bastier de La Péruse.

Figure 4. Répartition des évocations

Image 1000000000000179000001625CE95AE4.jpg

Résultat de la requête « Liste des auteurs et nombre de fois qu’ils sont évoqués par Jean Bastier de La Péruse dans toute sa carrière » (capture d’écran, base « RéseauxPoètesXVI »). À droite, la liste de tous les auteurs que Bastier de La Péruse a évoqués dans sa production poétique. À gauche, le curseur positionné sur un secteur du graphique fait apparaître, par exemple, que l’auteur que Bastier de La Péruse évoque le plus est Pierre de Ronsard, nommé dans trois de ses textes, soit 33,3 % des évocations de poètes par Bastier de La Péruse.

On voit alors que Bastier de La Péruse interpelle principalement des poètes qui vivent ou séjournent dans la même région que lui, le Poitou : il s’adresse trois fois à Jacques Tahureau (16,7 % des adresses à un poète chez La Péruse), et deux fois à Jean-Antoine de Baïf, Jean Boiceau de La Borderie et Roger Maisonnier (11,1 % chacun). En revanche, il évoque principalement des poètes qui ont acquis une bonne notoriété à la cour et hantent les milieux parisiens : il évoque cinq fois Ronsard, quatre fois Du Bellay et quatre fois Baïf. Ce dernier fait office de figure intermédiaire entre les poètes parisiens – pour avoir promu lui aussi la Brigade et avoir partagé avec elle l’élan enthousiaste du début des années 1550 – et le groupe poitevin – pour avoir séjourné à Poitiers pendant l’année universitaire 1553-1554. De la sorte, il apparaît qu’un lien de fréquentation se matérialiserait préférentiellement sous la plume de Bastier de La Péruse par une adresse directe tandis qu’un lien de connaissance (par ouï-dire ou par lecture) se matérialiserait préférentiellement par une évocation.

D’autres critères que la proximité géographique peuvent présider à la mise en scène d’un regroupement de noms d’auteurs, par exemple un numerus clausus symbolique. Dans ce cadre-là, le sept de la Pléiade n’est pas le seul chiffre qui stimule l’imaginaire des poètes. Une requête proposée dans l’interface utilisateur de « RéseauxPoètesXVI » permet de sélectionner les textes qui citent un nombre déterminé de noms. La lecture des poèmes par ce prisme-là entraîne quelques découvertes. Ainsi, quand Ronsard (1556) pense à la Pléiade des sept filles d’Atlas et Pléioné qui ont donné leur nom à une constellation et à un groupe de poètes alexandrins du iiie siècle avant J.-C., Philibert Bugnyon (1557)34 et Gérard-Marie Imbert (1578)35 pensent au chiffre des Muses pour établir des listes de neuf bons poètes – comme l’avait fait avant eux Charles de Sainte-Marthe dans le « Tempé de France » (1540) –, et d’autres, comme Baïf (1574)36, cherchent à désigner douze apôtres de la poésie.

L’idée d’une Pléiade de bons poètes ne séduit d’ailleurs pas que Ronsard. Une vingtaine d’années après le Vendômois, Pascal Robin Du Faux, en 1579, évoque une « Pleiade Angevine » dont l’étoile la plus brillante serait Pierre Le Loyer37. Sans doute pense-t-il à la Pléiade ronsardienne et veut-il la réactualiser en un lieu spécifique (l’Anjou) et avec d’autres membres. Car si aucun des poètes qui auraient pu se réclamer de la Pléiade de Ronsard (Remy Belleau, Joachim Du Bellay, Jean-Antoine de Baïf, etc.) n’a revendiqué son appartenance à un tel groupe, cet imaginaire ronsardien a tout de même fortement marqué quelques-uns de ses contemporains.

La Pléiade : un imaginaire ronsardien structurant

Une requête sur le mot Pléiade fait apparaître que certains regrettent de ne pas en faire partie : en 1560, dans le sonnet 69 de son recueil Le Discours, Nicolas Filleul dit sa volonté de trouver une voie de salut poétique, quoiqu’il n’appartienne pas à la Pléiade (« Si me faut-il pourtant chercher un lieu aux cieux / Bien Ronsard, que ne sois luisant en ta Pléiade »). En 1578, Gérard-Marie Imbert tient le même discours dans le sonnet 8 de la Premiere partie des sonets exoteriques de G. M. D. I. (« […] je sçay que ne suis de ta docte brigade, / Et qu’encor moins je suis de ceux de la Pleiade. / Qui dit que je ne sois le moindre des derniers ? »). Dans une « Elégie à Monsieur Le Camus parisien » publiée en 1581, mais rédigée dans les années 1560, Nicolas Rapin s’agace également en parlant de lui à la troisième personne pour déplorer une ascension poétique bloquée par l’hégémonie de la Pléiade (« Toutefois pour autant qu’il n’est de la Pleiade / Et qu’il n’est point escript aux livres de ces dieux / Son ouvrage languist bien que pour faire mieux / Quelqu’un travailleroit qui a plus de bravade »). En somme, il est impossible de savoir exactement qui fait partie de la Brigade ou de la Pléiade dans l’esprit de ceux qui ont forgé ces collectifs imaginaires, car ces étiquettes ne sont jamais accompagnées de listes précises ou stables. Pourtant, ceux qui disent se situer en dehors de ces groupuscules semblent avoir une idée assez nette de qui en est et de qui n’en est pas. C’est que, comme l’écrit la sociologue Nathalie Heinich :

L’appartenance à un groupe fait rêver les écrivains qui ont le sentiment de ne pas y avoir accès, de même que l’appartenance au « milieu » littéraire peut faire rêver tous ceux – écrivains et non-écrivains – qui s’en sentent exclus. Car l’accès au milieu peut, de l’extérieur, être perçu comme une ressource prestigieuse, apte à manifester la rareté de ses membres par rapport au monde anonyme et indifférencié des simples citoyens, alors que la fréquentation de ce milieu, dès lors qu’on y a accès, se vit au contraire comme un facteur de mélange entre les êtres, d’indifférenciation entre pairs, qui fait obstacle au travail de singularisation propre à une authentique création. (Heinich 2000 : 146)

D’autres, au contraire, se réjouissent de ne pas faire partie de la Pléiade. Le réformé Henri Estienne, dans le chapitre VII de son Introduction au traité de la conformité des merveilles anciennes avec les modernes (1566) se moque de « messieurs les poëtes de la pleïade ». Le poète Florent Chrestien, dans le camp réformé également, se targue de ne pas avoir partagé leurs activités dans un « Sonnet à Ronsard » de 1563 : « Je n’ay suivy la Pleiade enyvree / Du dous poison de ton brave cerveau ». Comme ceux qui disent leur frustration de ne pas en être, ceux qui affirment leur satisfaction de rester en dehors contribuent à donner de la consistance à ce qui n’était au départ qu’un imaginaire groupal ronsardien passager.

Cet imaginaire permet de structurer des positions : position de ceux qui dénoncent l’hégémonie ronsardienne verrouillant l’accès à la reconnaissance littéraire ou plus spécifiquement à ce qui pourrait s’apparenter en terme bourdieusien à un « sous-champ de production restreinte » (Bourdieu 1991 : 7) où s’accumule le capital symbolique ; position de ceux qui dénoncent la prétention ronsardienne à fédérer un groupe de bons poètes qui ne serait qu’un groupe de fous.

La force d’influence de Ronsard se mesure enfin aux imitations que font plusieurs poètes de quelques-uns de ses poèmes dans lesquels il valorise la sociabilité poétique au centre (et au sommet !) de laquelle il se situe. Marc-Claude Buttet, installé en Savoie après ses débuts parisiens, se plaint de sa marginalité mais en profite pour développer une sorte de domination poétique locale en modelant sa posture sur celle de Ronsard. Alors qu’en 1550 Ronsard publie un poème intitulé « A son retour de Gascogne voiant de loin Paris » (Les Quatre Premiers Livres des Odes) dans lequel il imagine ses amis accourant vers lui avec enthousiasme, Buttet publie en 1560 « Sur son retour des champs » (Le Premier Livre des vers) dans lequel il se met en scène rentrant à Chambéry (capitale des États de Savoie) où l’attendent des amis qui lui font fête. Le mètre est identique (décasyllabe) ; les deux poèmes sont composés de quatrains ; la composition et le vocabulaire présentent des similitudes. De même, imitant « Les Bacchanales ou le folastrissime voyage d’Hercueil » de 1552 (Les Amours) où Ronsard met en scène les activités champêtres et festives de la Brigade, Marc-Claude de Buttet dans l’ode XIX du Premier Livre des vers (1560) en reprend le thème, la composition et le rythme enjoué, mais remplace les noms cités par Ronsard par ceux de poètes locaux. Cela permet à Buttet d’adopter vis-à-vis des poètes savoyards la même attitude de chef de bande que Ronsard à Paris. Jean Vauquelin de La Fresnaye, poète poitevin, imite lui aussi les « Bacchanales » de Ronsard dans la « Description de l’aurore, pour s’aller jouer à ses compaignons êtans à Chêli. 1553 » parue en 1555 dans Les Deus Premiers Livres des Foresteries. Comme Buttet, il change les noms des poètes rassemblés pour un joyeux banquet, et ce sont cette fois-ci des poètes du Poitou.

En somme, notre mise en série de plusieurs centaines de textes témoignant de la sociabilité poétique des années 1550-1580 permet de mettre en perspective les visions ronsardiennes d’un groupe poétique élitiste – appelé Brigade ou avec un degré sélectif supérieur Pléiade – avec d’autres conceptions groupales. Elle permet également de faire entrer en écho quelques-uns des poèmes de Ronsard, exaltant une sociabilité poétique dont il est le centre, avec des imitations « locales ».

De la promotion d’une génération de bons poètes à la sociabilité mondaine

Grâce à l’empan historique que nous avons choisi, nous pouvons embrasser deux générations poétiques, la génération 1550 et la génération 1570. À l’articulation des deux éclatent les guerres de religion. Elles ont une incidence sur les relations entre poètes et entraînent une reconfiguration des amitiés affichées dont l’enregistrement des variantes des textes, dans la base de données, peut par exemple donner une idée. C’est ainsi qu’au fil des rééditions des « Isles Fortunées », Ronsard fait évoluer la liste des poètes amis invités à embarquer avec lui vers ces lieux idylliques : en 1560, Jacques Grévin et Jérôme L’Huillier de Maisonfleur entrent dans le bateau des happy few ; Grévin en est expulsé en 1567, L’Huillier de Maisonfleur en 1584 ; tous deux ont pris parti pour la Réforme. D’autres fois, les rééditions sont l’occasion de suppressions éloquentes : alors que le réformé Louis Des Masures offre, en 1557, une pièce de ses Carmina « Ad P. Ronsardum, & Io. Bellaium poëtas », il supprime ce texte de la réédition de 1574, consommant sa rupture avec le catholique Ronsard.

Quelles que soient ses convictions religieuses, il est notable toutefois que la génération 1570 joue moins la carte de la rupture que la précédente pour entrer en littérature (les oppositions lexicales « jeunes »/« vieux » y sont beaucoup moins fréquentes, par exemple). De son côté, la génération 1550 se montre plus ou moins bienveillante vis-à-vis des nouveaux.

Figure 5. Quelques poètes de la génération 1570-1580 nommés par Ronsard, Baïf et Dorat sur la période 1567-1585

Image 10000000000004ED00000191090AE1DB.jpg

Tableau réalisé sur la base des résultats des requêtes faites dans « RéseauxPoètesXVI ».

Mis à part le silence unanime qui frappe le réformé Guillaume Du Bartas, on note des attitudes différentes chez les trois poètes de la « Pléiade » retenus pour ce sondage. Jean-Antoine de Baïf affiche ouvertement son admiration et son amitié pour Philippe Desportes qui s’impose dans les années 1570 comme le poète favori de Henri III. Il le nomme à douze reprises entre 1572 et 1581 et lui offre notamment un liminaire élogieux pour ses Premieres œuvres de 1573. Ronsard, lui, refuse tout « transfert de capital symbolique » (Saint-Amand 2013) envers Desportes, le poète chartrain. En revanche, il choisit de soutenir la production poétique de son secrétaire Amadis Jamyn, qui en retour loue à l’envi le poète vendômois. Quant à Dorat, il apparaît comme la figure la plus conciliatrice et la plus unificatrice sur toute la période 1550-1580. Professeur des jeunes Ronsard et Baïf à la fin des années 1540, il ne se montre pas aussi sélectif que ses anciens élèves et parraine de nombreux poètes dans les années 1570-1580, comme l’attestent les quelques chiffres du tableau (fig. 5) : Philippe Desportes, Jean de La Gessée, Amadis Jamyn, Clovis Hesteau de Nuysement, etc. En retour, de nombreux lettrés de la génération 1570 chantent les louanges de celui qui, depuis 1567, est « poeta regius » : Clovis Hesteau de Nuysement évoque, dans le « Au lecteur » de ses Œuvres poetiques (1578), « Monsieur d’Aurat [s]on precepteur »38 ; François de Belleforest en fait un « fanal » et un maître d’« eschole »39.

Observer les réseaux de citations sur deux générations permet aussi de mettre en valeur un double mouvement. D’une part, lorsqu’on isole les poèmes-listes de la base de données – c’est-à-dire, avons-nous choisi, ceux qui énumèrent au moins cinq poètes contemporains – le corpus de 78 pièces que l’ont obtient permet de relever que :

• Les poèmes-listes sont plus fréquents sur la période 1549-1569 (54 poèmes listant 5 noms et plus dans la base de données, soit une moyenne de 2,5 listes/an) que sur la période 1570-1585 (23 listes, soit une moyenne de 1,4 liste/an) ;

• Les poèmes-listes comportent en moyenne plus de noms sur la période 1549-1569 (9,4 noms/liste) que sur la période 1569-1585 (8,4 noms/liste).

On peut supputer que l’enthousiasme de la première heure, qui poussait les poètes à se représenter comme un collectif nombreux, comme une déferlante, a été tempéré par les guerres de religion. Par ailleurs, lorsqu’on observe les couronnes encomiastiques, on note qu’elles prennent de l’ampleur au fil des décennies, comme peuvent en témoigner ces quelques jalons (fig. 6) :

Figure 6. Nombre de pièces liminaires et postliminaires dans quelques recueils poétiques entre 1549 et 1585

Image 10000000000003A90000021F53F2A7F3.jpg

Tableau réalisé sur la base des résultats des requêtes faites dans « RéseauxPoètesXVI ».

Ainsi, la mise en valeur de la sociabilité lettrée a tendance à se déplacer du cœur de l’œuvre (les poèmes-listes qu’un poète rédige pour valoriser le collectif dans lequel il s’insère) vers la périphérie de l’œuvre (les liminaires et postliminaires dont la juxtaposition crée un effet de liste). La promotion poétique de collectifs de poètes enthousiastes cède aussi la place à l’affichage mondain de cautions massées à l’ouverture et à la fermeture du recueil. Ce mouvement suit le passage des règnes de Henri II et Charles IX – les années 1550-1560 que l’histoire littéraire a désignées par l’étiquette « Pléiade » – à l’avènement de Henri III, « homme de Cour et pénitent, mondain, dépensier et dévot », « homme du spectacle toujours dans le paraître » (Fragonard 1992 : 48), dont le poète favori est Philippe Desportes.

Une histoire littéraire ni uniquement masculine, ni uniquement parisienne, ni uniquement canonique

Enfin, notre base de données permet de mettre en valeur quantité de poètes peu connus que l’on n’a guère l’habitude d’intégrer à l’histoire littéraire de la période 1550-1580. Parce que l’outil informatique nous assurait la capacité de pouvoir naviguer facilement entre un grand nombre de textes, nous nous sommes autorisée à dépouiller bien plus de recueils et à relever bien plus de textes que ce que nous aurions fait sans son appui, de crainte d’être dépassée par la masse documentaire.

De la sorte, nous pouvons prendre en compte des poètes peu souvent valorisés dans les études seiziémistes afin de les relier au réseau, soit par le biais de poèmes liminaires qu’ils auraient offerts à des poètes plus célèbres, soit par le biais d’un recueil peu connu de nos jours qu’ils ont publié et qui contient des pièces mentionnant des confrères, soit encore parce qu’ils sont les destinataires occasionnels des poètes dont nous avons dépouillé les œuvres. Là, un sonnet liminaire de Roland Du Jardin offert à Clovis Hesteau de Nuysement pour ses Œuvres poetiques de 157840 attire notre attention parce qu’il met en balance deux astres : le Soleil/Ronsard et la Lune/Nuysement. Ici, nous nous sommes intéressée au recueil publié par Maclou de La Haye en 1553 (Les Œuvres de Maclou de La Haye, Piccard) parce que Ronsard et Du Bellay citaient son nom comme compagnon de la première heure. Celui-ci leur rend bien l’honneur : il compte parmi les premiers à consacrer ouvertement Ronsard comme « Prince des Poëtes41 » ; il fait de l’angevin Du Bellay un « ange divin42 ». Souvent, ces poètes peu connus, que nous avons pu intégrer à notre compte rendu du foisonnement poétique des années 1550-1580, sont ancrés en province : Gérard-Marie Imbert (de Condom) et Jean de Boyssières (de Clermont-Ferrand) rejoignent, par exemple, le grand théâtre des sociabilités littéraires dont nous pouvons rendre compte grâce à « RéseauxPoètesXVI ».

Enfin, l’ouverture de la focale permet de faire une place aux femmes. Nous avons dépouillé le plus possible de recueils de poétesses et recueilli ainsi des pièces de contact d’autrices comme les Dames Des Roches qui animent un salon lettré à Poitiers dans les années 1570-1580 ou Marie de Romieu qui soupire « […] par fois je voudrois estre, / […] ce divin Ronsard, la gloire des François43 » (1581). Elles sont soutenues par des hommes. Ronsard et Dorat offrent, par exemple, des liminaires à Anne de Marquets pour ses Sonets, prieres et devises, en forme de Pasquins (1562) et Scévole de Sainte-Marthe loue ses « beaux vers » qu’il dit lire « cent fois le jour » dans un sonnet de 1569 qu’il lui dédicace44. Les poétesses apparaissent toutefois trop peu nombreuses, trop espacées dans le temps et dédiées à des genres trop différents (la poésie érotique pour Louise Labé en 1555, la poésie religieuse catholique pour Anne de Marquet en 1562 et 1569, la poésie religieuse réformée pour Georgette de Montenay, en 1567, etc.) pour « faire réseau » entre elles. En revanche, l’observation des pièces liminaires de l’ensemble des recueils de notre corpus permet de relever l’apparition de signatures féminines de poétesses occasionnelles dans les seuils des œuvres masculines, notamment à partir des années 1570. Les femmes semblent ainsi acquérir une voix capable de légitimer une œuvre masculine : il en va ainsi de Madeleine de L’Aubespine (un liminaire pour les Premières œuvres de Desportes en 1573), de Marguerite Le Loyer (un liminaire pour Les Œuvres et meslanges poetiques de Pierre Le Loyer en 1579), de Madeleine de Saint-Gelais (un liminaire pour Les Premieres Œuvres poetiques de Flaminio de Birague en 1585), et de quelques autres.

La défense collective d’une spécificité et d’une visibilité du groupe des poètes

Autoréflexivité et valorisation du corps des poètes

Au-delà de ces analyses de détail sur l’étendue et la richesse des transferts de crédits entre lettrés, sur la multiplicité des principes de regroupement, ou sur la position de tel ou tel poète au sein du réseau, la base de données permet de soutenir avec Gisèle Mathieu-Castellani que « l’un des traits caractéristiques de la poésie de la Pléiade est sans doute son activité auto-réflexive » (Mathieu-Castellani 1986 : 659). Là où la chercheuse pensait surtout à la réflexion des poètes sur l’écriture, nous avons voulu mettre en valeur leur réflexion sur ce qui les lie les uns aux autres et leur permet de constituer un ou des groupes spécifiques. Le nombre important de pièces que rassemble « RéseauxPoètesXVI » atteste ainsi d’une volonté forte des poètes de se montrer en dialogue avec leurs pairs, voire de faire corps, même si des querelles peuvent les diviser et si les portraits de poètes en groupe sont souvent l’occasion d’établir des hiérarchies internes. Ce faisant, les auteurs de notre corpus ‒ dont Alain Viala a souligné qu’ils avaient « placé la poésie au centre de la scène sociale pour longtemps » (Viala 2014 : 269) ‒ nous semblent œuvrer collectivement à un renforcement de la visibilité des poètes et du prestige de la poésie, notamment aux yeux des grands du royaume auxquels, rappelons-le, une large majorité de leurs recueils sont dédiés.

De fait, l’effet de loupe qu’entraîne un corpus constitué d’une sélection de textes extraits d’un ensemble plus vaste ne doit pas faire oublier que la majeure partie de la production poétique de cette période est tournée vers le roi et vers les grands du royaume. Ces derniers, à la suite de la « révolution culturelle » engagée par François 1er (Gadoffre 1997), sont enclins à protéger les lettres puisqu’elles sont désormais pourvoyeuses de prestige social (Charton-Le-Clech 1993 ; Gadoffre 1997). Mais encore faut-il, pour les poètes, arriver à séduire les mieux placés d’entre eux, qui servent souvent de relais vers le roi (Buron 2006). À l’évidence, la seule préoccupation des poètes n’est donc pas de nourrir un dialogue entre pairs et de se distribuer réciproquement des marques de crédit. Les échanges d’éloges entre confrères soutiennent les stratégies de carrière de ces hommes qui cherchent des protecteurs et mécènes afin d’obtenir des moyens d’existence sous forme de pensions, de bénéfices ecclésiastiques ou d’emplois à des fonctions diverses (secrétaire, lecteur, etc.). Michel Simonin a ainsi montré combien les manœuvres pour obtenir des prieurés, les trocs de bénéfices et les trafics en tous genres avaient accaparé une partie de l’énergie de Ronsard (Simonin 1990). En d’autres termes, à la Renaissance il n’y a pas de dynamique d’autonomisation du « champ littéraire » semblable à ce qu’a pu mettre au jour Pierre Bourdieu pour le xixe siècle (Bourdieu 1991 et 1992).

Toutefois, en se citant mutuellement pour augmenter leur notoriété et obtenir les meilleures places auprès des puissants, les poètes organisent leur visibilité et cherchent à faire grandir la valeur du corps des poètes. Il leur arrive d’ailleurs de se présenter comme des ouvriers tailleurs de monuments45 et d’utiliser le terme de « compagnons46 » pour désigner leur groupe. Le mot pointe alors vers l’idée d’« association de solidarité entre ouvriers d’un même corps de métier » (définition du TLFi) qu’est le compagnonnage. Les poètes alimentent ainsi un discours sur la spécificité de la poésie et participent à la défense d’une « autonomie-spécificité » de la littérature. Bernard Lahire invite, en effet, à distinguer d’une part l’autonomie-spécificité de la littérature – « c’est-à-dire son existence comme domaine particulier d’activité qui se distingue d’autres domaines » (2012 : 80) – et d’autre part l’autonomie-indépendance vis-à-vis des pouvoirs politiques, religieux ou économiques. Or, écrit-il, l’autonomie-spécificité « n’a pas attendu la fin du xixe siècle pour s’accomplir » (2012 : 79) et, en ce qui concerne l’autonomie-indépendance, « la seule chose que l’on puisse dire avec certitude, c’est que l’on est passé historiquement d’une dépendance des écrivains à l’égard des pouvoirs politiques et religieux, financeurs et commanditaires d’œuvres, à une dépendance générale par rapport au marché » (2012 : 82). Sans doute toutes les représentations des relations entre poètes que nous avons recensées participent-elles d’une réflexion et d’une mise en valeur de la spécificité du groupe des poètes. Sans être une innovation – car l’autonomie-spécificité n’a sans doute pas non plus attendu la seconde moitié du xvie siècle –, elles attirent l’attention par leur grand nombre, par leur caractère public (car publié) et par les esquisses qu’elles contiennent parfois d’un espace séparé doté de règles spécifiques.

Mises en scène d’un groupe spécifique et velléités d’autonomie ?

Nous l’avons dit, une partie de notre corpus est composée de pièces liminaires que les poètes s’échangent pour organiser une sorte de haie d’honneur à l’orée de leurs recueils. Nous avons par ailleurs observé que leur nombre augmente globalement au fil des ans. Pour Michel Simonin, qui s’est intéressé à la pratique encomiastique de Ronsard, l’augmentation des pièces liminaires dans les recueils au cours du xvie siècle est riche de sens : « En vérité, nous tenons là un indice de la constitution spontanée d’une institution littéraire et de la mise au point tâtonnante des règles destinées tout à la fois à la régir et à la promouvoir » (Simonin 2004 [1985] : 336). Lieu d’évaluation entre pairs, les couronnes encomiastiques qui entourent l’œuvre de l’auteur offrent donc aux lettrés un espace dans lequel ils peuvent organiser leur petit monde – un petit monde qui peut d’ailleurs s’avérer plus tyrannique que les cours royales ou princières, stipule Michel Simonin, car quand c’est l’ami qui prie le poète d’écrire quelques vers, il s’agit d’une « contrainte beaucoup plus forte que celle qu’exercent par exemple les commandes royales » (Simonin 2004 [1985] : 345).

Ces couronnes encomiastiques suggèrent que les premiers lecteurs et critiques des poètes sont les poètes. C’est ce qu’affirme désirer Du Bellay lorsqu’il écrit dans le « Au lecteur » de L’Olive de 1549 : « Je ne cherche point les applaudissemens populaires. Il me suffit pour tous lecteurs avoir un S. Gelays, un Heroët, un de Ronsart, un Carles, un Sceve, un Bouju, un Salel, un Martin, et si quelques autres sont encor’à mettre en ce ranc. A ceulx là s’addressent mes petiz ouvraiges. Car s’ilz ne les approuvent, je suis certain pour le moins qu’ilz louront mon entreprise47. » L’affirmation est contredite par le recours à la publication imprimée – qui n’était vraisemblablement pas nécessaire pour un lectorat si restreint – et par la dédicace de l’œuvre à « tresillustre Princesse Madame Marguerite seur unique du Roy » (sonnet liminaire). Par ailleurs, les noms cités servent surtout, pour la plupart, de cautions poétiques pour le débutant Du Bellay. Toutefois, l’assertion esquisse l’idée d’un monde poétique qui produit pour lui-même.

Une autre partie de notre corpus, nous l’avons précisé, est composée de poèmes-listes qui sont l’occasion de dresser des palmarès ou d’énumérer simplement les noms de quelques poètes contemporains estimés. Il est intéressant de noter que le contexte est plusieurs fois celui d’une sortie à la campagne ou celui d’une réunion sur une île. Dans les « Bacchanales » (1552) et dans « Les Isles Fortunées » (1553) – deux poèmes qui dressent des listes de confrères participant d’une sociabilité heureuse –, Ronsard utilise l’anaphore « Partons… Partons… ». Dans le premier cas, il s’agit de quitter Paris pour aller dans la campagne environnante ; dans le second cas, il s’agit de quitter l’Europe en proie aux déchirements religieux pour se rendre aux « Isles Fortunées ». Dans ces lieux à l’écart peut s’épanouir une sociabilité poétique joyeuse. Dans la veine des « Isles Fortunées », Philibert Bugnyon chante « L’Isle Pontine » (1557)48 sur laquelle peuvent se réunir les poètes. Pontine parce qu’elle appartiendrait à Pontus de Tyard, cette île accueille des poètes de la région mâconnaise (Guillaume Des Autels, François Tartaret, Gratian Chandon, etc.). L’île Pontine et les îles Fortunées relèvent de l’imaginaire insulaire fabuleux : la première, sous la plume de Bugnyon, est peuplée de déesses et de dieux de la mythologie ; les îles Fortunées, quant à elles, peuvent s’apparenter à une utopie car, même si elles sont identifiées géographiquement aux îles Canaries, elles sont associées dans les imaginaires antiques au mythe de l’âge d’or et constituent une légende. Dans ces exemples, le désir de la liberté champêtre et l’imaginaire insulaire permettent de situer les réunions de poètes dans un lieu à l’écart qui est parfois un lieu clos (une île). Il se construit donc là, sans doute, la représentation d’un espace poétique distinct des autres espaces sociaux. Toutefois, cette esquisse est fragile. Soit les velléités d’autonomie vis-à-vis des contraintes politiques et des contingences matérielles tournent court lorsque la troupe de poètes doit rentrer à Paris avec un peu d’amertume après la partie de campagne (« Les Bacchanales49 »). Soit l’éloignement, voire l’autarcie, ne relèvent que d’une projection fantasmatique : le voyage des poètes vers les îles Fortunées n’est qu’une vision de l’esprit ronsardien ; « L’Isle pontine », si elle repose sur un substrat historique, se clôt sur un rêve : celui que Ronsard et Du Bellay rejoignent l’île un jour.

Convergence de faisceaux

Notre étude de la mise en scène des réseaux de poètes dans la seconde moitié du xvie siècle entre en écho avec d’autres analyses qui peuvent converger. Jean-Charles Monferran, dans L’École des Muses, s’est intéressé non pas aux pièces de contact entre les poètes de la « Pléiade » mais aux arts poétiques des années 1550 qui valorisent des productions contemporaines. Selon lui, l’Art poetique françois de Sébillet (1548), la Deffence de Du Bellay (1549), l’Art poetique de Claude de Boissière (1554), L’Art poëtique de Jacques Peletier (1555) et quelques autres ouvrages théoriques, « cherche[nt] à circonscrire un champ propre à la poésie » (Monferran 2011 : 17). Cela est renforcé par le recours à de nombreux exemples tirés des auteurs contemporains : Claude de Boissière renvoie, entre autres, à Ronsard, Le Caron et Denisot ; Jacques Peletier évoque la production de Ronsard, de Du Bellay, de Tyard, de Baïf, de Des Masures, de Jodelle mais aussi de Marot, d’Héroët et de Saint-Gelais. Ainsi ces publications cherchent-elles « conjointement, de façon alors tout à fait singulière, à délimiter un domaine propre aux lettres françaises et à organiser un Parnasse gaulois » (Monferran 2011 : 17), puisque les auteurs présentés comme modèles sont sélectionnés parmi les contemporains estimés les plus exemplaires.

De son côté, Emmanuelle Mortgat-Longuet situe la Naissance de l’« histoire littéraire » française (2006) dans la seconde moitié du xvie siècle, et souligne que cette naissance se fait dans le milieu intellectuel qui entoure la « Pléiade » (Charles de La Mothe, Étienne Pasquier, Claude Fauchet). L’enjeu est d’édifier des lettres modernes françaises « dont la reconnaissance n’était pas évidente » (Mortgat-Longuet 2006 : 11). Cette naissance s’explique, selon elle, par la volonté de « réparer » en quelque sorte les dégâts des guerres de religion en donnant la représentation d’une identité culturelle française.

Dans les deux cas, ces chercheurs s’intéressent aux représentations que donnent les théoriciens et historiens de la seconde moitié du xvie siècle de l’activité poétique de leur temps, et ils soulignent tous deux la singularité de ce moment « Pléiade » qui voit se développer les textes qui circonscrivent un espace poétique français doté d’une histoire et d’un canon composé de poètes contemporains. Assurément, ces représentations se nourrissent de celles que les poètes ont données de leurs propres activités. D’ailleurs, plusieurs des auteurs d’arts poétiques ou d’histoire littéraire sont eux-mêmes poètes (Jacques Peletier, Étienne Pasquier). D’autres reprennent à leur compte les visions de l’histoire littéraire livrées par les poètes : Charles de La Mothe dans sa préface à l’édition posthume des œuvres de Jodelle en 157450, par exemple, fait sienne la conception très « sélective » de l’histoire littéraire qu’ont voulu imposer Du Bellay, Ronsard et ses amis à leurs débuts, en affirmant que leurs prédécesseurs n’avaient pas fait grand-chose de valable et que la vraie grande poésie française allait commencer avec eux.

Nos travaux sur les représentations que les poètes de la seconde moitié du xvie siècle donnent de leur activité – représentations qui informent en partie les productions des théoriciens contemporains et des premiers historiens de la littérature – peuvent ainsi venir enrichir la compréhension de ce moment particulier de l’histoire littéraire. La réflexion des lettrés sur la place et la valeur de la poésie, l’édification d’une image des lettres françaises par les efforts conjoints des poètes, des théoriciens et des historiens, ainsi que la volonté des poètes de mettre en scène le réseau qu’ils forment, créent sans doute le terreau dans lequel s’enracinera la nouvelle configuration de la vie littéraire du xviie siècle qu’a mise au jour Alain Viala (1985).

Conclusion

En somme, la base « RéseauxPoètesXVI » est un outil pour l’approche quantitative des sociabilités littéraires mises en scène dans un corpus de publications datées de 1549 à 1586. Elle permet de reconstituer le réseau de citations entre poètes et d’en interroger les évolutions sur trente-cinq ans, soit sur deux générations poétiques. Comme elle donne aussi accès aux textes, approches quantitatives et qualitatives peuvent se mêler pour retisser le maillage serré et complexe des affinités et des inimitiés affichées entre pairs. De la sorte, les imaginaires groupaux de la Brigade et de la Pléiade peuvent être situés à leur juste place : d’une part, au sein de représentations groupales nombreuses et articulées à des critères variés comme celui de l’ancrage géographique ou d’un chiffre symbolique (7, 9, 12) ; d’autre part, au sein d’un vaste réseau de citations entre gens de plume qui intègre des poètes peu connus de nos jours ainsi que des poétesses, toutes et tous reliés de manière plus ou moins directe à cette troupe « des bons51 » que l’histoire littéraire a retenue.

Si « RéseauxPoètesXVI » permet de mesurer les relations affichées entre poètes, l’intensité des transferts de crédits, la centralité des uns ou la marginalité des autres, la base de données permet aussi et surtout de mesurer l’importance que la mise en scène des poètes en groupe, ainsi que la publication des dialogues entre pairs par écrits interposés, a eue pour la génération « Pléiade » et ses successeurs. De la sorte, le monde des lettres se donne à lire dans son fonctionnement réticulaire. Le corpus retenu ne doit pas faire oublier que les pièces sélectionnées côtoient en réalité, dans les recueils dont elles sont extraites, de nombreuses pièces adressées aux puissants qui sont un soutien économique indispensable pour les poètes. Sans qu’il y ait donc encore d’autonomisation du champ littéraire fortement engagée, les efforts des poètes pour se représenter en lien les uns avec les autres contribuent à donner une visibilité et une légitimité à ce domaine spécifique que sont les lettres françaises. Si l’on y ajoute l’entreprise des théoriciens amis de la « Pléiade » qui citent en exemple les productions poétiques de leurs contemporains, et l’émergence des premiers historiens de la littérature qui valorisent des auteurs de la Renaissance française comme autorités, on voit se mettre en place une organisation de la vie littéraire qui pourra se développer et s’émanciper au xviie siècle pour donner de la consistance à un espace social assez autonome pour constituer ce qu’Alain Viala a considéré comme un premier « champ littéraire ».

Figure 7. Montage personnel à partir de portraits gravés d'auteurs de la Renaissance figurant dans des éditions du xvie siècle

Image 100000000000033C000002D09014C0DF.jpg

1 Nous mettons des guillemets lorsqu’il s’agit d’utiliser le mot pour désigner le mouvement littéraire que des historiens de la littérature et

2 Ronsard n’utilise qu’une fois le mot, en 1556, dans l’« Elegie de P. de Ronsard a Chretophle de Choiseul », poème liminaire qu’il offre à son ami

3 Emmanuel Buron (2001). « Pléiade » (art.). In Dictionnaire des lettres françaises. Le xvie siècle. Paris, Livre de Poche : 953 : « Pléiade. Terme

4 Joachim Du Bellay (2007). La Deffence, et illustration de la langue françoyse & L’Olive, éd. J.-C. Monferran & E. Caldarini. Genève, Droz : 10.

5 L’Art poetique François de Thomas Sébillet tire en grande partie ses exemples de l’œuvre de Clément Marot et défend son esthétique.

6 Un tombeau poétique est un recueil de poèmes écrits par plusieurs contributeurs pour honorer la mémoire d’un illustre défunt. Les décès de Louise de

7 Dans la suite de ce qu’a opéré Clément Marot, comme l’a montré Guillaume Berthon (2014).

8 Olivier de Magny (1999). « Pièce XXVI des Gayetez » (1554). In François Rouget (dir.). Œuvres Poétiques I. Paris, Champion : 341-343.

9 Olivier de Magny (1999). « A Estienne Jodelle parisien » (1554) du recueil Les Gayetez. Œuvres Poétiques I. Paris, Champion : 298-300.

10 Joachim Du Bellay (2007). La Deffence, et illustration de la langue françoyse & L’Olive, éd. J.-C. Monferran & E. Caldarini. Genève, Droz : 123-124

11 Au sens où il s’agit de faire connaître, sans doute au-delà du milieu de la cour, un ensemble de poètes dont il est suggéré qu’ils forment une

12 Pierre de Ronsard (2001). « Au lecteur. P. de Ronsard » (1572) en liminaire de La Bergerie de Belleau dans Remy Belleau, Œuvres poétiques IV, éd. G

13 Henri II monte sur le trône en 1547. La Deffence, et illustration de la langue françoyse est publié en 1549. Dès 1547, Ronsard et Du Bellay

14 Pierre de Ronsard (1935). Œuvres complètes VIII, éd. P. Laumonier. Paris, Nizet : 352-354, v. 15-24 puis 41-49.

15 « [Q]uand tu m’appelleras le premier auteur Lirique François, & celui qui a guidé les autres au chemin de si honneste labeur, lors tu me ren

16 Joachim Du Bellay (1983) [1912]. « A Carles. Ode XII » (1549). Œuvres poétiques III, éd. H. Chamard. Paris, STFM/Nizet : 132, v. 29-32.

17 Michèle Clément parle d’une « épiphanie du nom d’auteur au xvie siècle » et souligne que la présence du nom d’auteur sur la page de titre est « de

18 Jean-Antoine de Baïf (2002). « A Monsieur Garraut tresorier de l’epargne » (1573). Œuvres complètes I, éd. J. Vignes (dir.). Paris, Champion : 423

19 Nous les appellerons « poèmes-listes ».

20 Nous avons travaillé seule à la réalisation de cette base de données, en dehors de tout projet collaboratif de laboratoire.

21 Pierre de Ronsard (1914). « A son retour de Gascongne ». Œuvres complètes II. Paris, Hachette : 199, v. 2-3.

22 Jean de La Gessée (1583). « L’ombre du Roy Françoys I. Au Roy Henry III. Discours VI », Les Premieres oeuvres françoyses de Jean de la Jessée

23 Nicolas Goulu (1993). « Εἰς τἡν τοῦ Γ. Φαβρικίου Βοδερίου εὐφυεστάτου καὶ λογωτάτου καλλίστην Κελτίδα ». In Guy Le Fèvre de La Boderie, La Galliade

24 Par exemple « Aux Muses les convïant en son païs du Maine » de Jacques Tahureau du Mans dans Les Premieres Poësies de 1554 paru chez les frères

25 La Médée, Tragédie. Et autres diverses Poesies, par feu J. de La Peruse. Poitiers, de Marnefz & Bouchetz freres, 1556.

26 Par exemple, plusieurs pièces des Foresteries de Jean Vauquelin de La Fresnaye parues en 1555 chez les frères Marnef et Bouchet à Poitiers, et

27 Diverses meslanges poetiques. Par Guy Le Fevre de la Boderie, Paris, Robert le Mangier, 1578. La Galliade ou de la Révolution des arts et des

28 Par exemple, dans des pièces d’Olivier de Magny comme « A François Revergat. Ode » (1553) ou « A Monsieur d’Avanson, premier President au grand

29 La Muse Chrestien de G. de Saluste seigneur Du Bartas (Bordeaux, Simon Millanges, 1574) n’interpelle que des lettrés gascons. Le recueil des Poemes

30 Par exemple, François de Belleforest (1573). « Sonnet » liminaire offert à Jean de La Gessée pour La Rochelleide. Paris, Gilles Blaise, exemplaire

31 Par exemple, le premier sonnet des Erreurs amoureuses de Pontus de Tyard, parues en 1549 à Lyon chez Jean de Tournes, est adressé à Maurice Scève.

32 Voir, par exemple, les « Escriz de divers poètes, à la louenge de Louize Labé lionnoize » dans les Euvres de Louïze Labé Lionnoize (Lyon, Jean de

33 Par exemple, Philibert Bugnyon (1998). « Chant panegyric » (1557), Erotasmes de Phidie et Gelasine, éd. G.-A. Pérouse et M.-O. Sauvajon. Genève

34 Philibert Bugnyon (1998). « A Monsieur Neri de Torveon […]. Sonnet I » (1557). Erotasmes de Phidie et Gelasine, éd. G.-A. Perouse et M.-O. Sauvajon

35 Gérard-Marie Imbert (1872). Sonnet 5 « Sauf ta paix et ta grace,… » (1578). Première partie des Sonnets exotériques de Gérard Marie Imbert, éd. Ph.

36 Jean-Antoine de Baïf (1966). « Aus poêtes fransoês » dans Euvres en rime, t. V, éd. Ch. Marty-Laveaux. Slatkine Reprints : 323-324.

37 Pascal Robin Du Faux (1579). « Du mesme. Stanze ». Les Œuvres et meslanges poetiques de Pierre Le Loyer Angevin. Paris, Jean Poupy (BnF, Rés.

38 Clovis Hesteau de Nuysement (1994). Les Œuvres poétiques. Livre I et II, éd. R. Guillot. Genève, Droz : 77.

39 François de Belleforest (1575). Chap. « Du pays de Limosin » dans La Cosmographie universelle de tout le monde […] Auteur en partie Munster, mais

40 Clovis Hesteau de Nuysement (1994). Les Œuvres poétiques, Livre I et II, éd. R. Guillot. Genève, Droz : 106.

41 Maclou de La Haye(1553). Les Œuvres de Maclou de La Haye, Piccard. Paris, É. Groulleau (BnF, Rés. P-Ye-373) : 52, v. 14. En 1552, Marc-Antoine de

42 Maclou de La Haye(1553). Les Œuvres de Maclou de La Haye, Piccard. Paris, É. Groulleau (BnF, Rés. P-Ye-373) : 56, v. 7.

43 Marie de Romieu (1972). Les Premières Œuvres poétiques, éd. A. Winandy. Genève/Paris, Droz/Minard : 99, v. 1-2.

44 Scévole de Sainte-Marthe (2010). Œuvres complètes I, éd. J. Brunel. Genève, Droz : 793, v. 1.

45 Jacques Grévin (1560). « Pour le tombeau de Joachim Du Bellay ». L’Olimpe de Jaques Grévin de Cler-Mont en Beauvaisis. Ensembles autres euvres

46 Pierre de Ronsard (1939). « Elegie à Loïs des Masures tournisien » (1560). Œuvres complètes X, éd. P. Laumonier. Paris, Droz : 362-370, not. v. 

47 Joachim Du Bellay (2007). La Deffence, et illustration de la langue françoyse & L’Olive, éd. J.-C. Monferran et E. Caldarini. Genève, Droz : 356

48 Philibert Bugnyon (1998). « Chant panegyric » (1557), Erotasmes de Phidie et Gelasine, éd. G.-A. Pérouse et M.-O. Sauvajon. Genève, Droz : 192-205.

49 « Donque, puis que la nuit sombre, / Pleine d’ombre, / Vient les montaignes saisir, / Retournon troupe gentille / Dans la ville, / Demisoulez de

50 Charles de La Mothe (1966) [1868]. « De la poesie françoise et des œuvres d’Estienne Jodelle, sieur du Lymodin ». In Les Œuvres & Meslanges Poe

51 Voir cette expression dans les vers de Ronsard cités ci-dessus dans la section « Réseaux de citations, reconnaissance et économie du don ».

Alduy Cécile (2007). Politique des « Amours ». Poétique et genèse d’un genre français nouveau (1544-1560). Genève, Droz.

Balmas Enea (1965). « Il mito della Pleiade ». Saggi e Ricerche di Letteratura francese, vol. IV : 11-36.

Berriet Thomas (2009). « Le prix du don : de l’éloge au blâme chez Pierre de Ronsard », COnTEXTES, 5, « Don et littérature ». [En ligne] http://contextes.revues.org/4279 [consulté le 15 janvier 2018].

Berthon Guillaume (2014). L’Intention du poète. Clément Marot « autheur ». Paris, Garnier.

Bonifay Florence (2016). « “RéseauxPoètesXVI” : une base de données pour étudier les réseaux de poètes au xvie siècle en France ». Le Réseau. Usage d’une notion polysémique en sciences humaines et sociales. Louvain-la-Neuve, Presses Universitaires de Louvain : 27-41.

Bourdieu Pierre (1982). « Le capital social ». Actes de la recherche en sciences sociales, 31 : 2-3.

Bourdieu Pierre (1991). « Le champ littéraire ». Actes de la recherche en sciences sociales, 89 : 4-46.

Bourdieu Pierre (1992). Les Règles de l’art. Genèse et structure du champ littéraire. Paris, Seuil.

Buron Emmanuel (2006). « Le mythe du salon de la maréchale de Retz. Éléments pour une sociologie de la littérature à la cour des derniers Valois ». Henri III mécène des arts, des sciences et des lettres. Paris, Presses Universitaires Paris-Sorbonne : 306-315

Chamard Henri (1939-1940). Histoire de la Pléiade, tome 1 à 4. Paris, Didier.

Charton-le-Clech Sylvie (1993). Chancellerie et culture au xvie siècle (les notaires et les secrétaires du roi de 1515 à 1547). Toulouse, Presses Universitaires du Mirail.

Clément Michèle (2010). « Nom d’auteur et identité littéraire : Louise Labé Lyonnaise. Sous quel nom être publiée en France au xvie siècle ? ». Réforme, Humanisme, Renaissance, 70 : 73-101.

Creore Alvin Emerson (1972). A Word-Index to the Poetic Works of Ronsard, t. 2. Leeds, W.S. Maney and Son LTD.

Dozo Björn-Olav, Glinoer Anthony, Lacroix Michel (2012). Imaginaires de la vie littéraire. Fiction, figuration, configuration. Rennes, Presses Universitaires de Rennes (PUR).

Fragonard Marie-Madeleine (1992). « Stratégie de la diffamation et poétique du monstrueux : D’Aubigné et Henri III ». Henri III en son temps. Paris, Vrin : 47-56.

Gadoffre Gilbert (1997). La Révolution culturelle dans la France humaniste. Genève, Droz.

Goyet Francis (2003). Commentaire de La Deffence dans Joachim Du Bellay. Œuvres complètes I, éd. Olivier Millet. Paris, Champion.

Heinich Nathalie (2000). Être écrivain. Création et identité. Paris, La Découverte.

Joukovsky Françoise (1969). La Gloire dans la poésie française et néo-latine du xvie siècle. Genève, Droz.

Lahire Bernard (2012). Monde pluriel. Penser l’unité des sciences sociales. Paris, Seuil.

Laufer Roger (1989) [1982]. « L’espace visuel du livre ancien ». In Chartier Roger & Martin Henri-Jean. Histoire de l’édition française. Le livre conquérant, du Moyen Âge au milieu du xviie siècle. Paris, Fayard.

Lebègue Raymond (1966). « De la Brigade à la Pléiade ». Lumières de la Pléiade. Paris, Vrin : 13-20.

Maira Daniel (2007). Typosine, la dixième muse. Formes éditoriales des canzonieri français (1544-1560). Genève, Droz.

Mathieu-Castellani Gisèle (1986). « Poésie et spécularité : la représentation de l’écriture dans les “Amours” de Cassandre ». Revue d’histoire littéraire de la France, 86(4) : 659-666.

Mauss Marcel (2012) [1925]. Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques, éd. Florence Weber. Paris, Presses Universitaires de France (PUF).

Molinié George & Viala Alain (1993). Approches de la réception. Sémiostylistique et sociopoétique de Le Clézio. Paris, Presses Universitaires de France (PUF).

Monferran Jean-Charles (2011). L’École des Muses. Les arts poétiques français à la Renaissance (1548-1610). Sébillet, Du Bellay, Peletier et les autres. Genève, Droz.

Mortgat-Longuet Emmanuelle (2006). Clio ou Parnasse. Naissance de l’« histoire littéraire » française aux xvie et xviie siècles. Paris, Champion.

Preisig Florian (2004). Clément Marot et les métamorphoses de l’auteur à l’aube de la Renaissance. Genève, Droz.

Rouget François (2009). « Jean-Antoine de Baïf et l’Académie du Palais ». Revue d’histoire littéraire de la France, 109(2) : 385-402.

Saint-Amand Denis (2013). « Piston et dithyrambes. Ce que l’amitié fait aux groupes littéraires ». Communication du 14 juin 2013. [En ligne : audible en podcast sur le site du GREMLIN] : http://legremlin.org/index.php/passees/lienmenujourneeamities [consulté le 15 janvier 2018].

Simonin Michel (1990). Pierre de Ronsard. Paris, Fayard.

Simonin Michel (2004) [1985]. « Ronsard encomiaste : la rhétorique de l’éloge dans les pièces liminaires ». L’Encre & la lumière. Quarante-sept articles (1976-2000). Genève, Droz : 335-350.

Skenazi Cynthia (2003). « L’économie du don et le mécénat : les formes de l’échange dans une épître de Clément Marot ». French studies, 57 : 463-474.

Trotot Caroline (2008). « La détermination du champ littéraire entre rhétorique et poétique autour de la Pléiade ». In Chiron Pierre & Claudon Francis (dir.). Constitution du champ littéraire. Limites, intersections, déplacements. Paris, L’Harmattan : 191-207.

Viala Alain (1985). Naissance de l’écrivain. Sociologie de la littérature à l’âge classique. Paris, Minuit.

Viala Alain (2014). Le Moyen Âge et la Renaissance. Paris, Presses Universitaires de France (PUF).

Vignes Jean (2004). « Les modes de diffusion du texte poétique dans la seconde moitié du xvie siècle : essai de typologie ». In Girot Jean-Eudes (dir.). Le Poète et son œuvre. De la composition à la publication. Genève, Droz : 173-198.

Vignes Jean (2007). « L’éclat de la Pléiade : un programme ambitieux (1549-1578) ». In Jarrety Michel (dir.). La Poésie française du Moyen Âge au xxe siècle. Paris, Presses Universitaires de France (PUF).

Zemon Davis Natalie (2003). Essai sur le don dans la France du xvie siècle. Traduit en français par Denis Trierweiler. Paris, Seuil.

1 Nous mettons des guillemets lorsqu’il s’agit d’utiliser le mot pour désigner le mouvement littéraire que des historiens de la littérature et concepteurs de manuels scolaires désignent avec cette étiquette. Nous utilisons les italiques lorsqu’il s’agit de renvoyer au mot Pléiade tel qu’il a été utilisé par quelques poètes du xvie siècle.

2 Ronsard n’utilise qu’une fois le mot, en 1556, dans l’« Elegie de P. de Ronsard a Chretophle de Choiseul », poème liminaire qu’il offre à son ami Remy Belleau pour son recueil des Odes d’Anacreon Teien, traduites de Grec en Francois (1556). Il n’y cite pas une liste de sept noms mais signale juste que Belleau intègre « la brigade / Des bons, pour accomplir la setieme Pliade [sic] ».

3 Emmanuel Buron (2001). « Pléiade » (art.). In Dictionnaire des lettres françaises. Le xvie siècle. Paris, Livre de Poche : 953 : « Pléiade. Terme équivoque, et qu’il serait utile d’abandonner, par lequel les historiens de la littérature désignent l’école de Ronsard. »

4 Joachim Du Bellay (2007). La Deffence, et illustration de la langue françoyse & L’Olive, éd. J.-C. Monferran & E. Caldarini. Genève, Droz : 10.

5 L’Art poetique François de Thomas Sébillet tire en grande partie ses exemples de l’œuvre de Clément Marot et défend son esthétique.

6 Un tombeau poétique est un recueil de poèmes écrits par plusieurs contributeurs pour honorer la mémoire d’un illustre défunt. Les décès de Louise de Savoie (1531) et du dauphin François (1536) donnent lieu à la composition des premiers tombeaux poétiques de la littérature française. Sur cette pratique sociale collective et sur ses enjeux littéraires et politiques, voir Amaury Flégès (1994 ; 2004).

7 Dans la suite de ce qu’a opéré Clément Marot, comme l’a montré Guillaume Berthon (2014).

8 Olivier de Magny (1999). « Pièce XXVI des Gayetez » (1554). In François Rouget (dir.). Œuvres Poétiques I. Paris, Champion : 341-343.

9 Olivier de Magny (1999). « A Estienne Jodelle parisien » (1554) du recueil Les Gayetez. Œuvres Poétiques I. Paris, Champion : 298-300.

10 Joachim Du Bellay (2007). La Deffence, et illustration de la langue françoyse & L’Olive, éd. J.-C. Monferran & E. Caldarini. Genève, Droz : 123-124.

11 Au sens où il s’agit de faire connaître, sans doute au-delà du milieu de la cour, un ensemble de poètes dont il est suggéré qu’ils forment une cohorte nombreuse et, partant, de faire vendre leurs recueils.

12 Pierre de Ronsard (2001). « Au lecteur. P. de Ronsard » (1572) en liminaire de La Bergerie de Belleau dans Remy Belleau, Œuvres poétiques IV, éd. G. Demerson. Paris, Champion : 84, v. 13-14.

13 Henri II monte sur le trône en 1547. La Deffence, et illustration de la langue françoyse est publié en 1549. Dès 1547, Ronsard et Du Bellay publient un poème dans les Œuvres poetiques de Jacques Peletier du Mans.

14 Pierre de Ronsard (1935). Œuvres complètes VIII, éd. P. Laumonier. Paris, Nizet : 352-354, v. 15-24 puis 41-49.

15 « [Q]uand tu m’appelleras le premier auteur Lirique François, & celui qui a guidé les autres au chemin de si honneste labeur, lors tu me rendras ce que tu me dois », écrit Ronsard dans le « Au lecteur » qui ouvre Les Quatre Premiers Livres des Odes publiés en 1550.

16 Joachim Du Bellay (1983) [1912]. « A Carles. Ode XII » (1549). Œuvres poétiques III, éd. H. Chamard. Paris, STFM/Nizet : 132, v. 29-32.

17 Michèle Clément parle d’une « épiphanie du nom d’auteur au xvie siècle » et souligne que la présence du nom d’auteur sur la page de titre est « de plus en plus fréquente à partir de 1520 » : « Le nom d’auteur apparaît progressivement dans les livres entre fin xve et fin xvie siècle, construisant un nouveau statut d’auteur, de plus en plus identifié à ce nom imprimé du créateur. Ce nouveau statut s’est créé par progressive dissociation sémantique entre auctor ou auctores (à savoir les « autorités […]) et auteurs, autrices. Va donc émerger en langue vernaculaire une nouvelle catégorie sous ce mot puisqu’il n’est plus la seule traduction du latin auctores, renvoyant aux autorités classiques, mais forge un nouveau concept : les créateurs en langue vernaculaire » (Clément 2010 : 83-84). Précisons que le 27 juin 1551, l’édit de Châteaubriand contraint l’imprimeur à indiquer le nom d’auteur sur le livre.

18 Jean-Antoine de Baïf (2002). « A Monsieur Garraut tresorier de l’epargne » (1573). Œuvres complètes I, éd. J. Vignes (dir.). Paris, Champion : 423, v. 22-24.

19 Nous les appellerons « poèmes-listes ».

20 Nous avons travaillé seule à la réalisation de cette base de données, en dehors de tout projet collaboratif de laboratoire.

21 Pierre de Ronsard (1914). « A son retour de Gascongne ». Œuvres complètes II. Paris, Hachette : 199, v. 2-3.

22 Jean de La Gessée (1583). « L’ombre du Roy Françoys I. Au Roy Henry III. Discours VI », Les Premieres oeuvres françoyses de Jean de la Jessée, Secretaire de la Chambre de Monseigneur, Tome troisieme. Anvers, Christophe Plantin (exemplaire de la BnF, Rés. Ye-487) : 1423, v. 157-158.

23 Nicolas Goulu (1993). « Εἰς τἡν τοῦ Γ. Φαβρικίου Βοδερίου εὐφυεστάτου καὶ λογωτάτου καλλίστην Κελτίδα ». In Guy Le Fèvre de La Boderie, La Galliade, éd. F. Roudaut. Paris, Klincksieck : 123. La traduction est celle donnée par François Roudaut.

24 Par exemple « Aux Muses les convïant en son païs du Maine » de Jacques Tahureau du Mans dans Les Premieres Poësies de 1554 paru chez les frères Marnef et Bouchet à Poitiers. Tahureau valorise un « brave troupeau savant » (v. 51) composé d’une dizaine de serviteurs des Muses qui font du Maine « un autre Parnasse » (v. 6). Jacques Tahureau (1984), éd. T. Peach. Genève, Droz : 218-223.

25 La Médée, Tragédie. Et autres diverses Poesies, par feu J. de La Peruse. Poitiers, de Marnefz & Bouchetz freres, 1556.

26 Par exemple, plusieurs pièces des Foresteries de Jean Vauquelin de La Fresnaye parues en 1555 chez les frères Marnef et Bouchet à Poitiers, et adressées à des poètes du Poitou, du Maine et de la Normandie. Jean Vauquelin de la Fresnaye (1956). Les Foresteries, éd. M. Bensimon. Genève/Lille, Droz/Girard : 37-51.

27 Diverses meslanges poetiques. Par Guy Le Fevre de la Boderie, Paris, Robert le Mangier, 1578. La Galliade ou de la Révolution des arts et des sciences. […] Par Guy le Févre de la Boderie, Paris, Guillaume Chaudière, 1578.

28 Par exemple, dans des pièces d’Olivier de Magny comme « A François Revergat. Ode » (1553) ou « A Monsieur d’Avanson, premier President au grand conseil du Roy, en faveur de Pierre de Paschal. Ode de la Justice » (1559). Olivier de Magny (1999). Œuvres poétiques I, éd. F. Rouget. Paris, Champion : 246-249 ; Id. (2006). Œuvres poétiques II, éd. F. Rouget. Paris, Champion : 207-211.

29 La Muse Chrestien de G. de Saluste seigneur Du Bartas (Bordeaux, Simon Millanges, 1574) n’interpelle que des lettrés gascons. Le recueil des Poemes de Pierre de Brach Boudelois (Bordeaux, Simon Millanges, 1576) est soutenu par des liminaires exclusivement signés par des Bordelais. Brach s’y adresse principalement à des lettrés de Bordeaux ou des environs et développe un discours de promotion de Bordeaux qui s’adresse souvent à Ronsard (par exemple, « Hymne de Bourdeaux, à monsieur de Ronssart »). Gérard-Marie Imbert dans son recueil de 1578 intitulé Premiere partie des sonets exoteriques, paru lui aussi à Bordeaux chez Millanges, s’adresse également à de nombreux gascons. Certains noms se retrouvent dans ces trois recueils qui offrent toutefois aussi chacun des variantes, de sorte que les réseaux qui y sont promus ne sont pas exactement les mêmes.

30 Par exemple, François de Belleforest (1573). « Sonnet » liminaire offert à Jean de La Gessée pour La Rochelleide. Paris, Gilles Blaise, exemplaire de la BnF, YE-55606. Le titre du sonnet insiste sur les ancrages géographiques : « Sonet de François de Belleforest Comingeois sur la Rochelleide de J. la Gessée Gascon Mauvesinois ».

31 Par exemple, le premier sonnet des Erreurs amoureuses de Pontus de Tyard, parues en 1549 à Lyon chez Jean de Tournes, est adressé à Maurice Scève. Autre exemple, le premier poète que cite Guillaume Des Autels dans le Repos de plus grand travail, paru à Lyon en 1550 chez Jean de Tournes, est Maurice Scève. Entre eux, Tyard et Des Autels s’interpellent fréquemment dans leurs recueils poétiques des années 1550.

32 Voir, par exemple, les « Escriz de divers poètes, à la louenge de Louize Labé lionnoize » dans les Euvres de Louïze Labé Lionnoize (Lyon, Jean de Tournes, 1555), éd. F. Rigolot. Paris, Gallimard, 2004. L’expression « couronne encomiastique » est empruntée à Cécile Alduy (2007) dans Politique des « Amours ». Poétique et genèse d’un genre français nouveau (1544-1560). Forgée sur le substantif « encomiaste » (personne qui rédige un éloge), l’expression désigne les poèmes de louanges à la gloire de l’auteur qui se trouvent dans le paratexte à l’ouverture et à la clôture du livre.

33 Par exemple, Philibert Bugnyon (1998). « Chant panegyric » (1557), Erotasmes de Phidie et Gelasine, éd. G.-A. Pérouse et M.-O. Sauvajon. Genève, Droz : 192-205.

34 Philibert Bugnyon (1998). « A Monsieur Neri de Torveon […]. Sonnet I » (1557). Erotasmes de Phidie et Gelasine, éd. G.-A. Perouse et M.-O. Sauvajon. Paris-Genève, Droz : 9-10.

35 Gérard-Marie Imbert (1872). Sonnet 5 « Sauf ta paix et ta grace,… » (1578). Première partie des Sonnets exotériques de Gérard Marie Imbert, éd. Ph. Tamizey de Larroque. Paris/Bordeaux, A. Claudin/G. Gounouilhou : 42.

36 Jean-Antoine de Baïf (1966). « Aus poêtes fransoês » dans Euvres en rime, t. V, éd. Ch. Marty-Laveaux. Slatkine Reprints : 323-324.

37 Pascal Robin Du Faux (1579). « Du mesme. Stanze ». Les Œuvres et meslanges poetiques de Pierre Le Loyer Angevin. Paris, Jean Poupy (BnF, Rés. p-Ye-146).

38 Clovis Hesteau de Nuysement (1994). Les Œuvres poétiques. Livre I et II, éd. R. Guillot. Genève, Droz : 77.

39 François de Belleforest (1575). Chap. « Du pays de Limosin » dans La Cosmographie universelle de tout le monde […] Auteur en partie Munster, mais beaucoup plus augmentée, ornée & enrichie, par Francois de Belle-forest, Comingeois […]. Paris, Nicolas Chesneau, exemplaire de la Bibliothèque nationale centrale de Rome, 8.26.M.5 : 114.

40 Clovis Hesteau de Nuysement (1994). Les Œuvres poétiques, Livre I et II, éd. R. Guillot. Genève, Droz : 106.

41 Maclou de La Haye (1553). Les Œuvres de Maclou de La Haye, Piccard. Paris, É. Groulleau (BnF, Rés. P-Ye-373) : 52, v. 14. En 1552, Marc-Antoine de Muret avait déjà publié dans les Juvenilia une ode intitulée « Ad Petrum Ronsardum gallicorum poëtarum facile principem » soit « À Pierre de Ronsard de loin le prince des poètes français ». En 1553, la même année que Maclou de La Haye, Jean-Bastier de La Péruse s’adresse lui aussi, dans un sonnet liminaire offert pour Le Cinquieme des odes de P. de Ronsard, à « P. de Ronsard prince des poètes françois ».

42 Maclou de La Haye (1553). Les Œuvres de Maclou de La Haye, Piccard. Paris, É. Groulleau (BnF, Rés. P-Ye-373) : 56, v. 7.

43 Marie de Romieu (1972). Les Premières Œuvres poétiques, éd. A. Winandy. Genève/Paris, Droz/Minard : 99, v. 1-2.

44 Scévole de Sainte-Marthe (2010). Œuvres complètes I, éd. J. Brunel. Genève, Droz : 793, v. 1.

45 Jacques Grévin (1560). « Pour le tombeau de Joachim Du Bellay ». L’Olimpe de Jaques Grévin de Cler-Mont en Beauvaisis. Ensembles autres euvres Poëtiques dudict Auteur. Paris, Robert Estienne (exemplaire de la BnF, Rés. Ye-180) : 188, v. 61-65 ; Jean-Antoine de Baïf (1966) [1881]. « A Monsieur Garnier conseiller au siege presidial du Mans » (1573). In Euvres en rime, t. IV, éd. C. Marty-Laveaux. Genève, Slatkine Reprints : 444, v. 13 ; Jean-Antoine de Baïf (2002). « A Phelippes des Portes » (1573) dans OC I, éd. J. Vignes. Paris, Champion : 374, v. 42-43 : « Toy qui es un sçavant ouvrier / Avec moy d’un mesme mestier », écrit Baïf à Desportes.

46 Pierre de Ronsard (1939). « Elegie à Loïs des Masures tournisien » (1560). Œuvres complètes X, éd. P. Laumonier. Paris, Droz : 362-370, not. v. 85-92.

47 Joachim Du Bellay (2007). La Deffence, et illustration de la langue françoyse & L’Olive, éd. J.-C. Monferran et E. Caldarini. Genève, Droz : 356.

48 Philibert Bugnyon (1998). « Chant panegyric » (1557), Erotasmes de Phidie et Gelasine, éd. G.-A. Pérouse et M.-O. Sauvajon. Genève, Droz : 192-205.

49 « Donque, puis que la nuit sombre, / Pleine d’ombre, / Vient les montaignes saisir, / Retournon troupe gentille / Dans la ville, / Demisoulez de plaisir. / Jamais l’homme tant qu’il meure, / Ne demeure / Fortuné parfaictement, / Tousjours avec la lyesse / La tristesse / Se mesle segrettement » (v. 631-642, derniers vers du poème, Pierre de Ronsard (1921). In Œuvres complètes III, éd. P. Laumonier. Paris, Hachette : 216-217).

50 Charles de La Mothe (1966) [1868]. « De la poesie françoise et des œuvres d’Estienne Jodelle, sieur du Lymodin ». In Les Œuvres & Meslanges Poetiques d’Estienne Jodelle sieur du Lymodin, éd. Ch. Marty-Laveaux. Genève, Slatkine Reprints : 1-9.

51 Voir cette expression dans les vers de Ronsard cités ci-dessus dans la section « Réseaux de citations, reconnaissance et économie du don ».

Figure 1. Montage personnel à partir de portraits gravés d’auteurs de la Renaissance figurant dans des éditions du xvie siècle

Figure 1. Montage personnel à partir de portraits gravés d’auteurs de la Renaissance figurant dans des éditions du xvie siècle

Figure 2. Organisation des données dans « RéseauxPoètesXVI »

Figure 2. Organisation des données dans « RéseauxPoètesXVI »

Figure 3. Répartition des adresses

Figure 3. Répartition des adresses

Résultat de la requête « Liste des auteurs et nombre de fois qu’ils sont interpellés par Jean Bastier de La Péruse dans toute sa carrière » (capture d’écran, base « RéseauxPoètesXVI »). À droite, la liste de tous les auteurs que Bastier de La Péruse a cités dans sa production poétique. À gauche, le curseur positionné sur un secteur du graphique fait apparaître, par exemple, que le poète que Bastier de La Péruse interpelle le plus est Jacques Tahureau du Mans, nommé dans trois de ses textes, soit 16,7 % des adresses de Bastier de La Péruse.

Figure 4. Répartition des évocations

Figure 4. Répartition des évocations

Résultat de la requête « Liste des auteurs et nombre de fois qu’ils sont évoqués par Jean Bastier de La Péruse dans toute sa carrière » (capture d’écran, base « RéseauxPoètesXVI »). À droite, la liste de tous les auteurs que Bastier de La Péruse a évoqués dans sa production poétique. À gauche, le curseur positionné sur un secteur du graphique fait apparaître, par exemple, que l’auteur que Bastier de La Péruse évoque le plus est Pierre de Ronsard, nommé dans trois de ses textes, soit 33,3 % des évocations de poètes par Bastier de La Péruse.

Figure 5. Quelques poètes de la génération 1570-1580 nommés par Ronsard, Baïf et Dorat sur la période 1567-1585

Figure 5. Quelques poètes de la génération 1570-1580 nommés par Ronsard, Baïf et Dorat sur la période 1567-1585

Tableau réalisé sur la base des résultats des requêtes faites dans « RéseauxPoètesXVI ».

Figure 6. Nombre de pièces liminaires et postliminaires dans quelques recueils poétiques entre 1549 et 1585

Figure 6. Nombre de pièces liminaires et postliminaires dans quelques recueils poétiques entre 1549 et 1585

Tableau réalisé sur la base des résultats des requêtes faites dans « RéseauxPoètesXVI ».

Figure 7. Montage personnel à partir de portraits gravés d'auteurs de la Renaissance figurant dans des éditions du xvie siècle

Figure 7. Montage personnel à partir de portraits gravés d'auteurs de la Renaissance figurant dans des éditions du xvie siècle

© Presses Universitaires de Vincennes 2018