Sociologues en soi, sociologues pour soi

La sociologie de l’art et de la culture aux congrès de l’Association française de sociologie (2004-2013)

Sociologists in Themselves, Sociologists for Themselves. The Sociology of Art and Culture at Association française de sociologie Congresses (2004-2013)

Sociologías en sí, sociólogo.a.s por sí. La sociología del arte y la cultura en los congresos de la Asociación francesa de sociología (2004-2013)

Géraldine Bois et Adrien Thibault

Traduction(s) :
Sociologists in Themselves, Sociologists for Themselves

Citer cet article

Référence électronique

Géraldine Bois et Adrien Thibault, « Sociologues en soi, sociologues pour soi », Biens symboliques / Symbolic Goods [En ligne], 3 | 2018, mis en ligne le 15 octobre 2018, consulté le 12 décembre 2018. URL : https://revue.biens-symboliques.net/284

La sociologie de l’art et de la culture est-elle un sous-champ de la sociologie ? On peut parler de sous-champ de la sociologie de l’art et de la culture si on parvient à mettre en évidence l’existence d’une population de sociologues de l’art et de la culture à la fois en soi et pour soi, c’est-à-dire à la fois objectivement et subjectivement distincte de la population des sociologues dans son ensemble. L’étude de l’espace des congrès de l’AFS – notamment au prisme de l’analyse de réseaux – révèle que ni les seuls communicant·e·s du réseau thématique [RT] de sociologie de l’art et de la culture (RT14), ni l’ensemble des communicant·e·s sur l’art et la culture ne constituent un groupe distinct et fortement investi dans une seule et même spécialité sociologique. Ainsi, les spécialités ne font pas nécessairement les spécialistes. L’article montre enfin que si une partie des sociologues de l’art et de la culture ont un haut degré de spécialisation objective et subjective, cela ne suffit pas à faire exister un véritable sous-champ.

This paper investigates whether there is such a thing as a subfield of the sociology of art and culture. This requires proving that a population of sociologists of art and culture exists both in itself and for itself, meaning that it is both objectively and subjectively distinct from the population of sociologists taken as a whole. Informed by network analysis, our study of the space of the congresses held by the Association française de sociologie (AFS) reveals that neither the speakers in the thematic network of the sociology of art and culture (RT14) nor the sociologists who present papers on art and culture form a distinct group with a strong investment in the same sociological speciality: specialities do not necessarily make specialists. Lastly, the paper shows that while some sociologists of art and culture are objectively and subjectively specialized to a high degree, this is not enough to constitute a genuine subfield.

¿ La sociología del arte y la cultura es un sub-campo de la sociología ? Podemos hablar de sub-campo de la sociología del arte y la cultura si logramos evidenciar la existencia de una población de sociólogo.a.s del arte y la cultura en sí y para sí, es decir, objetivamente y subjetivamente diferente de la población de sociólogo.a.s en su conjunto. El estudio del espacio del congreso de la AFS – especialmente a la luz del análisis de redes – revela que ni lo.a.s ponentes de la red temática [RT] de sociología del arte y la cultura (RT14), ni el conjunto de los ponentes en arte y cultura, constituyen un grupo diferenciado y fuertemente consagrado a una única especialidad sociológica. Así, los especialistas no necesariamente “hacen de” especialistas. Finalmente el artículo muestra que si bien una parte de los sociólogos del arte y la cultura poseen un alto grado de especialización objetiva y subjetiva, ello no basta para hacer existir un verdadero sub-campo.

Cet article trouve son origine dans un premier travail réalisé pour le colloque « La “sociologie des arts et de la culture” et ses frontières. Esquisse pour une auto-analyse » (6-7 novembre 2014). Outre les deux auteur·e·s, trois autres membres du bureau du RT14 s’étaient alors prêtées au jeu de l’objectivation du réseau qu’elles animaient : Annabelle Boissier, Florence Eloy et Séverine Sofio. Même si la recherche s’est poursuivie sans elles, celle-ci est donc redevable des réflexions collectives de départ, fortement nourries par un travail quantitatif sur la revue Sociologie de l’Art-OPuS (Sofio 2013). Nous remercions également le comité de rédaction de Biens symboliques / Symbolic Goods, et plus particulièrement Frédéric Chateigner et Jérémy Sinigaglia pour leur relecture critique de versions préalables de ce texte, ainsi que Jean-Yves Bart pour sa traduction anglaise.

« L’effet de la spécialisation […] tend sans cesse à réduire l’univers des concurrents par la division en sous-champs de plus en plus étroitement spécifiés » (Bourdieu 1976 : 99)

La sociologie de l’art et de la culture1, reconnue comme spécialité en France depuis au moins une trentaine d’années (Moulin 1999), est-elle, comme le suggère l’hypothèse bourdieusienne, un sous-champ de la sociologie – c’est-à-dire un espace social structuré de positions antagonistes disposant d’une relative autonomie (avec ses enjeux propres, son personnel, son capital spécifique, ses droits d’entrée, sa propre hiérarchie, etc.) ?

Une propriété nécessaire quoique non suffisante d’un champ, et par extension d’un sous-champ, est d’être constitué d’individus objectivement engagés dans une même activité sociale et liés entre eux, jusqu’à partager un ensemble de croyances et d’intérêts et jusqu’à s’investir dans des enjeux spécifiques2. Autrement dit, si on accepte de transposer les concepts de classe en soi et de classe pour soi inspirés de la théorie marxiste3, un champ se caractérise par l’existence d’une population de professionnel·le·s à la fois en soi et pour soi, c’est-à-dire à la fois objectivement et subjectivement proches entre eux·elles et éloigné·e·s d’autres populations de professionnel·le·s. Selon cette conceptualisation, on pourra étayer l’hypothèse de l’existence d’un sous-champ de la sociologie de l’art et de la culture si on parvient à mettre en évidence l’existence d’une population de sociologues de l’art et de la culture en soi et pour soi distincte de la population des sociologues dans son ensemble, et ce d’autant mieux que sociologues en soi et sociologues pour soi se trouvent plus entièrement confondu·e·s.

L’hypothèse, pour pouvoir être testée, nécessite de l’être sur une population suffisamment large pour ne pas être composée a priori que de sociologues de l’art et de la culture en soi et pour soi et suffisamment étroite pour pouvoir être effectivement étudiée. Ainsi, prendre pour terrain les sociologues ayant publié dans des revues de sociologie de l’art ou de la culture, voire ayant communiqué dans des instances portant « art » ou « culture » dans leur appellation (telles que le réseau thématique n° 14 « Sociologie des arts et de la culture » de l’Association française de sociologie [AFS]), aurait permis de délimiter les contours d’une population de sociologues de l’art et de la culture pour soi, c’est-à-dire identifié·e·s comme tel·le·s et étant vraisemblablement forcé·e·s de s’identifier du même coup, et au moins pour partie, comme tel·le·s4, mais n’aurait pas permis de savoir dans quelle mesure cette population réunissait effectivement l’ensemble des sociologues de l’art et de la culture en soi, c’est-à-dire se consacrant essentiellement à la sociologie de terrains « artistiques » ou « culturels ». En confondant a priori population des sociologues en soi et population des sociologues pour soi, un tel choix méthodologique impliquait de présupposer l’autonomie plutôt que de la questionner. Fallait-il au contraire considérer une population exhaustive de sociologues et chercher à savoir si, parmi eux·elles, se trouvait une sous-population nettement distincte caractérisée par sa spécialisation objective et subjective en sociologie de l’art et de la culture ? Mais comment déterminer les contours d’une telle population exhaustive ? La démarche courrait alors le risque d’être soit empiriquement irréaliste, soit aveugle à l’arbitraire de la définition de départ. En s’intéressant par exemple à l’ensemble des individus ayant soutenu une thèse en sociologie sur une période définie, on excluait a priori tout un ensemble d’individus sur la simple base du statut, de l’appartenance disciplinaire et de l’origine nationale.

Il fallait donc retenir pour terrain d’enquête un sous-espace de la sociologie qui minimise les « droits d’entrée » (Mauger 2006) tout en maximisant l’hétérogénéité de ses membres. L’espace des congrès de l’AFS remplit cette double condition. Celui-ci ne peut pas être « considéré comme représentatif de la sociologie française » (Saint Léger & Van Meter 2005) : non seulement des postulant·e·s voient leurs communications refusées à chaque édition (quoique la sélection opérée soit en général peu sévère), mais surtout, tou·te·s n’y postulent pas (bien que les congrès de l’AFS fassent figure d’événement relativement incontournable dans le champ sociologique). Cependant, ces congrès rassemblent une population très large puisqu’ils réunissent tous les deux (ou parfois trois) ans plus d’un millier de communicant·e·s de nationalités diverses, aux ancrages disciplinaires et aux statuts variés, réparti·e·s entre une cinquantaine de réseaux thématiques [par la suite : RT]. En outre, la prise en compte de plusieurs éditions du même événement permet de limiter les biais de sélection institutionnelle. Ainsi, ces congrès présentent le même intérêt pour l’étude des sociologues de l’art et de la culture que les Salons pour l’étude des artistes de la première moitié du xixe siècle (Sofio 2009 : 25).

Les contours de la population des communicant·e·s sur l’art et la culture
Notre population est constituée des 349 individus ayant effectué au moins une communication sur l’art et la culture lors des cinq premiers congrès de l’AFS (Villetaneuse en 2004, Bordeaux en 2006, Paris en 2009, Grenoble en 2011 et Nantes en 2013), quelle que soit leur discipline d’inscription et dans quelque RT que ce soit5. Ces individus ont été identifiés à partir de la lecture des titres de toutes les communications programmées6 et des résumés en cas de doute sur leur propos.
Nous considérons comme « communication sur l’art et la culture » (N=465) les 147 communications effectuées au RT14 mais aussi les 297 communications, effectuées dans d’autres RT, assimilables à celles du RT14 parce qu’elles fondent leur propos sur les mêmes terrains (indiqués ici par ordre décroissant de fréquence dans le corpus) : la littérature, la musique, les arts plastiques et numériques, les films et les séries télévisées, la danse, le théâtre, l’architecture, le discours savant sur l’art et la culture lui-même, les politiques publiques culturelles, le cirque, le patrimoine, l’artisanat d’art, la photographie, les arts de la performance ou la bande-dessinée. Ainsi, nous avons inclus une communication réalisée en dehors du RT14, consacrée aux rapports de domination dans l’œuvre de Werner Herzog, car le terrain (l’œuvre d’un cinéaste) relevait de l’art et de la culture au sens du RT14. Des communications similaires ont lieu au RT14 : c’est par exemple le cas d’une intervention consacrée à la violence et aux rapports de domination dans les romans d’Amélie Nothomb. De manière marginale, nous avons également intégré 15 communications traitant de design, de publicité, de sketches humoristiques ou de création de parfum car, quoique ces terrains n’aient pas été investigués par le RT14 jusqu’en 2013, la dimension créative de ces pratiques était mise en avant ; enfin, nous avons inclus 6 communications portant sur d’autres terrains, mais les comparant aux terrains artistiques ou faisant référence à des travaux sociologiques réalisés sur l’art et la culture. Tout indique, et notamment notre expérience passée en tant que membres du bureau, que ces communications auraient eu de très fortes chances d’être acceptées au RT14.
En partant du RT14 et de sa définition (française7) de l’art et de la culture tout en incluant des communications ayant eu lieu ailleurs, il s’agissait de prendre acte du fait que cette institution contribue à faire exister objectivement cette thématique et à en définir les contours, sans pour autant réifier les frontières institutionnelles. Il s’agissait également de prendre en compte des cas rencontrés lors des premiers examens des programmes : ceux de communicant·e·s intervenant sur la même recherche et dans des termes similaires, à la fois au RT14 et dans un autre RT.
Afin d’analyser cette population de communicant·e·s sur l’art et la culture, nous avons constitué une base de données prosopographique à partir des données figurant dans les programmes de l’AFS et (surtout) de données récoltées sur Internet à propos de chaque communicant·e (CV en ligne, pages personnelles, fichier central des thèses, etc.).

Illustration 1.
9 des 349 communicant·e·s sur l’art et la culture

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Source : extrait du programme du premier congrès de l’Association française de sociologie (Villetaneuse, 24-27 février 2004).

Notre hypothèse s’inscrivant dans le cadre de la théorie des champs, il paraissait naturel de s’intéresser, au moyen de l’analyse des données multidimensionnelles, aux relations objectives unissant et distinguant les individus de notre population, de manière à mettre en évidence la structure interne de l’espace considéré (e.g. Bourdieu 2012 [1984] à propos du champ scientifique français ; Cappell & Guterbock 1992 ; Daipha 2001 à propos du champ sociologique états-unien). Cependant, une telle approche interroge moins le périmètre d’un champ ou d’un sous-champ qu’elle ne le présuppose, par construction. L’analyse de réseaux, en venant placer la focale sur les relations non plus objectives mais effectives entre individus, permet au contraire d’en interroger les frontières externes. Quoique peu habituelle dans le cadre de la théorie des champs, elle s’avère ainsi non seulement compatible, mais plus encore complémentaire (Denord 2003 ; Sapiro 2006). Un tel usage de la méthode de l’analyse de réseaux n’est pas novateur ; ce qui l’est davantage est d’y recourir au sujet des congrès de l’AFS, jusqu’ici presque exclusivement étudiés au moyen de l’analyse lexicométrique (Boudesseul 2005 ; Saint Léger & Van Meter 2005 ; Torny & Trabal 2006 ; Trabal 2005) voire, plus largement, de l’analyse de discours (Deshayes 2015).

L’étude des communicant·e·s sur l’art et la culture, de leur circulation au sein des différents RT et de leurs positions dans les champs académique et culturel révèle que ni les seuls communicant·e·s du RT14 (partie 1), ni l’ensemble des individus de notre population (partie 2) ne constituent un groupe distinct et fortement investi dans une seule et même spécialité sociologique. La troisième partie met cependant en évidence l’existence d’un groupe de sociologues de l’art et de la culture à la fois en soi et pour soi, qui semblent présenter des propriétés en partie spécifiques sans pour autant constituer un espace véritablement autonome.

1. Le RT14 comme sous-champ ?

Selon le premier président de l’AFS, Daniel Bertaux, les RT sont « des lieux de mise en commun et d’approfondissement des savoirs spécialisés8 » ; et le RT14 de se revendiquer « espace de réflexion sur le sous-champ disciplinaire qu’il contribue à fédérer9 ». Il faut donc commencer par se demander dans quelle mesure le RT14 constitue effectivement un sous-espace autonome au sein de l’espace des congrès de l’AFS. L’analyse des lieux où on y parle d’art et de culture montre alors que le RT14 n’est ni monopolistique, ni isolé.

1.1. Des sociologues dispersé·e·s

On ne communique pas nécessairement au sein du réseau consacré à l’art et la culture lorsqu’on communique à propos d’art et de culture : tel est l’apparent paradoxe qui ressort de l’analyse des communications en fonction des lieux qui les ont accueillies. Il n’y a qu’à classer, selon leur RT d’inscription, les 465 communications recensées pour se rendre compte que le RT14 n’est qu’un RT parmi (beaucoup) d’autres de production et de diffusion des recherches traitant d’art et de culture – quoiqu’il reste sans conteste le plus important (Tableau 1).

Tableau 1. Répartition des communications sur l’art et la culture en fonction des RT

RT d’inscription

Nb RT

Eff. /RT

Effectifs cumulés

% /RT

% cumulés

RT14 Sociologie des arts et de la culture

1

147

147

31,6

31,6

RT1 Savoirs, travail et professions

1

53

200

11,4

43,0

RT27 Sociologie des intellectuels

1

52

252

11,2

54,2

RT15 Jeunesse, Âges de vie, Génération

1

17

269

3,7

57,8

GT47 Sociologie visuelle et filmique

1

15

284

3,2

61,1

RT10 Sociologie de la connaissance RT37 (médias)

2

13

310

2,8

66,7

RT4 (éducation, formation)

1

12

322

2,6

69,2

RT23 (travail, activités)

1

11

333

2,4

71,6

RT5 Classes, inégalités, fragmentations

1

10

343

2,2

73,8

RT28 (sexualité) RT31 (sport)

2

9

361

1,9

77,6

RT22 (parcours de vie) RT41 Corps, technique et société

2

8

377

1,7

81,1

RT3 (déviance) RT11 (consommation)

RT24 (rapports sociaux*) RT35 (monde associatif)

4

7

405

1,5

87,1

RT9 (ville)

1

6

411

1,3

88,4

RT12 Sociologie économique RT21 Mouvements sociaux RT25 (emploi) RT29 (sciences et techniques) RT39 (identité) GT45 (conflits)

6

5

441

1,1

94,8

RT2 (migrations) RT13 (droit) RT26 (réseaux) RT30 (gestion) RT34 (politique) RT42 (élites**)

6

4

465

0,9

100,0

RT6 (protection sociale) RT16 Sociologie clinique RT17 Gestion politique du corps et des populations

3

3

474

0,6

101,9

RT7 (vieillesse) RT18 (2004 : approches plurielles du Sujet, 2013 : relations pro.) RT33 (famille) RT36 (théories) RT38 (environnement) RT40 (institutions) GT44 (justice sociale)

7

2

488

0,4

104,9

RT20 Méthodes

1

1

489

0,2

105,2

TOTAL

42

489***

105,2 ***

*Le nom du RT24 a été sensiblement modifié entre 2004 et 2013, passant de « Travail (productif et reproductif), rapports sociaux, rapports de genre » à « Genre, Classe, Race. Rapports sociaux et construction de l’altérité ».

**Le RT42 était consacré à l’origine à la « sociologie de l’expertise des sciences humaines et sociales », mais cette spécialité a été intégrée en 2006 au RT27. Nous retenons ici le terme d’« élites » pour caractériser le RT42 puisque la « sociologie des élites » est son intitulé depuis 2011, et qu’aucune des communications de notre corpus rattachées au RT42 n’est antérieure à 2011.

***Le total est supérieur à 465 et à 100 % en raison de la comptabilisation double (22) voire triple (1) des 23 communications effectuées dans le cadre de sessions conjointes entre plusieurs RT.

Lecture : on dénombre 13 communications sur l’art et la culture parmi l’ensemble des communications effectuées au RT10, soit 2,8 % des 465 communications. De même pour le RT37.

Moins d’un tiers des communications sur l’art et la culture sont effectuées au sein du RT qui s’en réclame. Le premier constat est ainsi celui de la grande dispersion de ces interventions : il n’y a que 7 RT (sur 49), qui plus est d’importance restreinte à l’exception du RT19 (santé), à n’avoir accueilli aucune communication sur l’art et la culture entre 2004 et 201310 ; de plus, les 42 RT à avoir accueilli ces recherches les ont accueillies, dans la quasi intégralité des cas, à plusieurs reprises – signe supplémentaire du fait qu’il est ordinaire, à l’AFS, de communiquer sur l’art et la culture en dehors du lieu a priori réservé à cette thématique.

Le Tableau 1 révèle par ailleurs que, outre le RT14, 2 RT font figure de réceptacles réguliers de telles communications : le RT1 et le RT27, qui accueillent chacun plus d’une communication sur dix. Ce n’est que réunis ensemble que ces 3 RT parviennent à concentrer plus de 50 % des communications sur l’art et la culture. Mais ces données, parce qu’elles ne prennent pas en compte la taille relative des RT, ne donnent qu’une idée approximative des lieux les plus caractérisés par ces recherches. En rapportant, pour chaque RT, le nombre de communications sur l’art et la culture à l’ensemble des communications effectuées en son sein, le Tableau 2 permet de réévaluer à la hausse l’importance des GT47, RT37 et RT41, et à la baisse l’importance des RT1 et RT4. Ainsi, plus de quatre communications sur dix effectuées au GT47 s’avèrent pouvoir être rattachées à l’art et la culture (ce qui en fait le deuxième réseau sur cette thématique en importance relative), quand elles ne sont guère plus d’une sur dix à pouvoir l’être au sein du RT1 (ce qui en fait le cinquième réseau en importance relative). En somme, 9 RT sur 49 apparaissent particulièrement favorables à l’accueil de communications sur l’art et la culture – soit près d’un cinquième d’entre eux.

Tableau 2. Les RT les plus accueillants pour les communications sur l’art et la culture

RT d’inscription

Comm. art et culture

Nombre total comm.

% comm. art et culture

RT14 Sociologie des arts et de la culture

147

147

100,0

GT47 Sociologie visuelle et filmique

15

36

41,7

RT27 Sociologie des intellectuels

52

172

30,2

RT37 Sociologie des médias

13

82

15,9

RT1 Savoirs, travail et professions

53

400

13,3

RT15 Jeunesse, Âges de vie, Génération

17

137

12,4

RT10 Sociologie de la connaissance

13

107

12,1

RT41 Corps, technique et société

8

72

11,1

RT23 Travail, activités, techniques

11

118

9,3

TOTAL tous RT confondus

489

5921

8,3

N.B. : Ne figurent dans ce tableau que les RT au sein desquels les communications sur l’art et la culture sont plus fréquentes que la moyenne (8,3 %).

Lecture : on dénombre 15 communications sur l’art et la culture parmi les 36 effectuées au GT47, soit 41,7 % des communications du GT47.

Si ces résultats renseignent sur la dispersion des communications, ils ne renseignent pas sur la dispersion des communicant·e·s. À considérer les individus de notre population, le constat s’avère néanmoins similaire : avoir communiqué au RT14 n’est pas la situation la plus courante lorsqu’on parle d’art et de culture, puisque près des deux tiers des communicant·e·s concerné·e·s ne l’ont jamais fait. Force est de constater que ce réseau thématique ne détient nullement le monopole de la recherche sur l’art et la culture aux congrès. En outre, avoir communiqué au RT14 est une situation encore moins courante lorsqu’on communique pour la première fois (Tableau 3). Puisque l’inscription d’une communication dans le programme d’un RT ne relève pas du hasard mais d’un acte positif de candidature, il faut en conclure que le RT14 n’est pas le premier RT auquel on pense pour présenter une communication sur l’art et la culture qu’en termes relatifs.

Tableau 3. Répartition des communicant·e·s sur l’art et la culture en fonction des RT

Communicant·e·s

Effectifs

%

Sur l’ensemble des congrès

349

100,0

Ayant communiqué uniquement au RT14

85

24,4

N’ayant pas communiqué au RT14

222

63,6

Ayant communiqué à la fois au RT14 et hors RT14

42

12,0

À l’occasion de leur premier congrès

349

100,0

Ayant communiqué uniquement au RT14

100

28,7

N’ayant pas communiqué au RT14

234

67,0

Ayant communiqué à la fois au RT14 et hors RT14

15

4,3

Ces premiers résultats suggèrent déjà que ce n’est pas parce qu’on communique sur l’art et la culture qu’on se reconnaît inévitablement dans cette spécialité et qu’on est nécessairement un sociologue de l’art et de la culture pour soi. Ils ne disent toutefois rien, à l’inverse, de l’autonomie de la pratique sociologique de ceux·celles qui communiquent au RT14.

1.2. Des sociologues en dialogue

Quoique le RT14 soit loin d’être le théâtre unique des recherches sur l’art et la culture, il pourrait faire figure d’espace autonome, investi exclusivement par certain·e·s sociologues. Cependant, le RT14 semble plutôt faire office de réseau incontournable pour nos communicant·e·s.

C’est d’abord ce que montre l’analyse des lieux des communications en fonction du nombre d’interventions sur l’art et la culture de chaque communicant·e sur les cinq congrès considérés (Tableau 4) : plus on communique à ce sujet, et plus, d’une part, la probabilité de communiquer exclusivement au RT14 diminue (jusqu’à atteindre 0 % pour 5 communications) et, d’autre part, la probabilité de communiquer notamment au RT14 augmente (jusqu’à atteindre 100 % pour 6 communications). Ce dernier est donc un lieu de passage au moins autant qu’un lieu d’ancrage : lorsqu’on parle régulièrement d’art et de culture aux congrès, il est rare de ne pas intervenir au RT14, et plus rare encore de n’intervenir qu’au RT14 (seuls 10 individus sur 97 ayant communiqué deux fois ou plus sur l’art et la culture n’ont connu que le RT14).

Tableau 4. Importance du RT14 pour les communicant·e·s selon le nombre de leurs communications sur l’art et la culture

Nombre de comm.

Uniquement au RT14

Jamais au RT14

À la fois au RT14 et hors RT14

TOTAL

Effectifs

%

Effectifs

%

Effectifs

%

Effectifs

%

1

75

29,8

176

69,8

1*

0,4

252

100,0

2

7

13,0

34

63,0

13

24,1

54

100,0

3

2

8,3

9

37,5

13

54,2

24

100,0

4

1

9,1

2

18,2

8

72,7

11

100,0

5

0

0,0

1

16,7

5

83,3

6

100,0

6

0

0,0

0

0,0

2

100,0

2

100,0

TOTAL

85

222

42

349

*Communication dans le cadre d’une session conjointe au RT14 et au RT37.

Lecture : parmi les 54 communicant·e·s ayant effectué 2 communications sur l’art et la culture, 7 les ont effectuées uniquement au RT14, soit 13 % d’entre eux.

Mais le caractère quasi incontournable du RT14 pour les communicant·e·s sur l’art et la culture est mieux encore mis en évidence par l’analyse de réseaux, qui permet d’étudier les liens entre RT. On ne considère plus désormais que les 97 individus ayant communiqué au moins deux fois à propos d’art et de culture, ainsi que les 11 individus ayant communiqué une seule fois à ce propos mais dans le cadre de sessions conjointes11, faisant ainsi le lien, quoique d’une autre manière, entre deux RT. Ces 108 individus, qui représentent 30,9 % de la population mais 54,8 % des 465 communications, ont fait le lien à 344 reprises entre 39 RT différents12 au travers de leurs différentes communications.

L’analyse de réseaux de réseaux thématiques
L’analyse de réseaux peut être sommairement définie comme l’étude des relations qu’un ensemble d’unités sociales entretiennent entre elles (Mercklé 2004 : 4). En l’espèce, les unités considérées ne sont pas des individus mais des institutions, à savoir les RT de l’AFS. Il y a relation entre deux RT dès lors qu’un individu a communiqué soit à la fois dans l’un et l’autre, soit dans le cadre d’une session conjointe.
Puisqu’il s’agit de relations mutuelles non hiérarchisées, les graphes qui en rendent compte sont non orientés. Chaque rond (qu’on appelle « nœud » ou « sommet » en analyse de réseaux) représente un RT, chaque trait (« lien » ou « arête ») entre deux ronds marque l’existence d’une relation entre deux RT, et l’épaisseur de chaque trait est proportionnelle à la fréquence de cette relation. La longueur des traits n’a quant à elle aucune signification et dépend de l’algorithme mobilisé.
On appelle « degré » le nombre de relations (ou type de liens) qu’un nœud entretient avec d’autres nœuds, c’est-à-dire, en l’espèce, le nombre de RT auquel tel RT est connecté. On peut connaître le degré de chaque nœud à partir des graphes en comptabilisant le nombre de traits qui partent de lui. On appelle « degré pondéré » le nombre total de liens qu’un nœud entretient avec d’autres nœuds, chaque relation (degré) pouvant donner lieu à plusieurs liens. On peut savoir par approximation si un nœud a un fort ou faible degré pondéré à partir des graphes en prenant en compte le nombre et l’épaisseur de ses arêtes.
Les graphes ont été réalisés avec le logiciel libre Gephi, version 0.9.1. Nous avons eu recours à l’algorithme de spatialisation Force Atlas (force de répulsion : 10 000, force d’attraction : 10). Cet algorithme de type « force-based » est particulièrement adapté à la mise en évidence de distances et de proximités car il implique que les nœuds se repoussent comme des aimants, tandis que les liens attirent les nœuds qu’ils connectent comme des ressorts ; ces forces mettent les nœuds en mouvement, jusqu’à ce qu’un point d’équilibre soit atteint (Jacomy, Venturini, Heymann, Bastian 2014 : 2).

Le Graphe 1 fait apparaître de manière incontestable le caractère central du RT14 en matière d’art et de culture : alors qu’il aurait pu être un RT important quantitativement tout en étant fortement isolé, ou du moins excentré, non seulement le nœud RT14 présente de loin le degré le plus important (27, contre 13 pour le RT113, ce qui signifie qu’il est en lien avec plus de la moitié des autres RT), mais la représentation de la taille des nœuds selon leur indice de centralité (betweenness centrality) expose clairement le rôle charnière du RT14 au sein de l’espace ainsi construit14.

Graphe 1. Les liens entre RT au prisme des communications sur l’art et la culture

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Il faut en déduire que le RT14, en accueillant dans ses sessions des communicant·e·s intervenant également sur la même thématique dans un grand nombre d’autres RT, participe au dialogue entre les individus traitant d’art et de culture. Plus encore, il dispose de « trous structuraux » (Burt 1992) autour de lui et se pose par conséquent en intermédiaire incontournable entre plusieurs RT : il est ainsi le seul à relier les RT21, RT36 et RT40 au reste du réseau. En son absence, non seulement 3 RT se retrouveraient isolés, mais le réseau serait également moins dense et les chemins souvent plus longs entre les nœuds. De manière contre-intuitive, le RT14 semble ainsi être moins un lieu autonome d’exercice du métier de sociologue qu’un lieu qui participe à la mise en relation des sociologues entre eux·elles.

Ce constat doit toutefois être nuancé par la prise en compte des boucles, c’est-à-dire des liens reliant un RT à lui-même du fait de communications individuelles multiples dans un même RT, qui échappent à la représentation réticulaire du Graphe 1. Le RT14, avec 26 % de liens dirigés vers lui-même parmi l’ensemble de ses liens, se révèle alors fortement autocentré – quoique ce taux soit significativement inférieur à ceux des GT45 et RT28, et même des RT27 et RT515 (Tableau 5). Il est donc courant de revenir communiquer au RT14 lorsqu’on y a déjà communiqué par le passé. En somme, si le RT14 fait figure d’espace de dialogue entre les communicant·e·s sur l’art et la culture, il n’en est pas moins dans le même temps un espace de relatif entre-soi. On devine ici que le RT14 est bel et bien composé, pour une part, de sociologues de l’art et de la culture pour soi.

Tableau 5. Circulations circulaires des communicant·e·s sur l’art et la culture

Sommets à boucle

Intitulé du RT

Poids* de la boucle

Degré** du sommet

Degré pondéré (dp) du sommet

Poids boucle/dp (%)

GT45

Sociologie des conflits

2

3

3

66,7

RT28

Recherches en sciences sociales sur la sexualité

3

4

6

50,0

RT27

Sociologie des intellectuels (et de l’expertise)

13

12

42

31,0

RT5

Classes, inégalités, fragmentations

4

6

13

30,8

RT14

Sociologie des arts et de la culture

44

29

169

26,0

RT23

Travail, activités, techniques

3

8

13

23,1

RT1

Savoirs, travail et professions

12

15

67

17,9

RT22

Parcours de vie et dynamiques sociales

1

4

6

16,7

RT35

Sociologie du monde associatif

2

6

13

15,4

RT15

Jeunesse, Âges de vie, Génération

4

13

29

13,8

RT3

Normes, déviances et réactions sociales

1

7

10

10,0

RT37

Sociologie des médias

1

6

11

9,1

RT10

Sociologie de la connaissance

1

9

14

7,1

RT41

Corps, technique et société

1

6

15

6,7

RT31

Sociologie du sport et des activités physiques

1

8

21

4,8

*Un·e communicant·e intervenu·e plusieurs fois dans un même RT donne à la boucle du sommet un poids exponentiel suivant le nombre de ses interventions (2 communications dans ce RT → 1 lien ; 3 → 3 liens ; 4 → 6 liens).

**Les boucles sont ici comptabilisées et comptent chaque fois pour 2 degrés (entrant et sortant). Elles sont également comptabilisées dans les degrés pondérés, à hauteur du poids de la boucle.

En définitive, le RT14 fait bien moins figure de RT hermétique que de RT œcuménique. Autrement dit, il ne s’agit pas d’un sous-champ, c’est-à-dire d’un espace autonome, puisque les frontières institutionnelles ne donnent pas lieu à l’existence de véritables frontières sociales, quoiqu’il puisse être le lieu d’élection de sociologues de l’art et de la culture pour soi. C’est donc ailleurs qu’il faut tester l’existence d’un sous-champ de la sociologie de l’art et de la culture.

2. Les communicant·e·s sur l’art et la culture comme sous-champ ?

Si on ne peut parler de sous-champ pour qualifier l’espace restreint du RT14, peut-on en parler pour qualifier l’espace élargi des communicant·e·s sur l’art et la culture ? Bien que ces communicant·e·s aient en commun de s’adonner objectivement à une même activité, l’analyse de leurs propriétés socio-académiques montre que cette population reste en réalité relativement représentative de l’ensemble des congressistes et n’est donc pas caractérisée par des capitaux spécifiques. En outre, la prise en compte de l’ensemble de leurs communications (et non plus seulement de celles en lien avec l’art et la culture) et de leurs sujets de thèse montre que les communicant·e·s sur l’art et la culture ne sont presque jamais spécialisé·e·s (uniquement) en sociologie de l’art et de la culture.

2.1. Des sociologues ordinaires

Il s’agit d’abord d’examiner où les communicant·e·s sur l’art et la culture sont situé·e·s dans le champ académique. Il apparaît alors que, du point de vue de leur sexe, de leur statut et de leur localisation institutionnelle, ces individus sont des communicant·e·s comme les autres.

Deux méthodes de comparaison sociographique
Notre base de données ayant été constituée à partir des seules communications sur l’art et la culture, une difficulté se pose au moment de déterminer si les communicant·e·s concerné·e·s constituent ou non une population spécifique : celle de trouver des données de comparaison pertinentes. Pour les congrès de 2004 et 2006, nous nous fondons sur les articles de Gérard Boudesseul (Boudesseul 2005, 2006) qui fournissent des indications sur les caractéristiques des congressistes dans leur ensemble (sexe, statut, localisation institutionnelle). L’intérêt de ces données est cependant limité, puisqu’elles ont été construites à partir des programmes et donc des déclarations souvent approximatives des communicant·e·s ; au contraire, nos données l’ont été principalement à partir de recherches effectuées sur Internet afin d’avoir accès à des informations plus précises. Il est donc difficile de déterminer si les écarts observés entre les deux populations sont des écarts « réels » ou ne sont que le reflet de différences de codage. Le sexe et, dans une moindre mesure, la localisation institutionnelle, sont sans doute des données pour lesquelles ce problème est moindre que pour le statut.
La nécessité de disposer de données comparatives nous a en outre conduit·e·s à coder nous-mêmes l’ensemble des congressistes pour le congrès médian de 2009 selon un nombre restreint d’indicateurs (à savoir ceux retenus par Boudesseul, afin de déterminer le caractère conjoncturel ou durable des écarts observés). Il n’était réaliste d’effectuer ce travail de codage ni sur un grand nombre de caractéristiques ni sur l’ensemble des congrès, celui de 2009 comportant à lui seul 1 048 communicant·e·s.

C’est en premier lieu au niveau de leur sexe que les communicant·e·s sur l’art et la culture ne se distinguent pas particulièrement de l’ensemble des communicant·e·s. Le Tableau 6 indique en effet des écarts de 6,6 points au maximum, avec un taux de féminisation certes légèrement plus important chez les premier·e·s, mais seulement lors de deux congrès sur trois – si bien qu’on ne peut en conclure que cette thématique est manifestement plus féminine. Les chiffres de 2011 et 2013, quoiqu’on ne dispose pas pour ces deux années de données concernant l’ensemble des congressistes, appellent au même constat, avec toujours une courte majorité de femmes qui semble au moins pour partie refléter l’état de la discipline sociologique dans son ensemble : entre 2010 et 2013, on comptait 50,8 % de femmes parmi les candidat·e·s à la qualification16 pour la section 19 (sociologie, démographie) du Conseil national des universités et 55,4 % parmi les qualifié·e·s (Chenu & Martin 2016). On observe en outre qu’entre 2004 et 2009, la part des femmes parmi les communicant·e·s sur l’art et la culture a augmenté17 et qu’il en est de même, et dans des proportions équivalentes (+ 7 pts environ), pour la part des femmes tous sujets confondus : non seulement les deux populations ne sont pas sensiblement différentes, mais elles semblent également suivre les mêmes évolutions.

Tableau 6. Répartition sexuée des communicant·e·s

Congrès

Part des femmes parmi les communicant·e·s (en %)

Sur l’art et la culture

Tous sujets confondus

Villetaneuse 2004

53,6

47

Bordeaux 2006

50,6

52

Paris 2009

60,0

54,3

Grenoble 2011

57,9

NC

Nantes 2013

56,9

NC

Moyenne 2004-2009

54,7

51,1

TOTAL 2004-2013

54,2

NC

Pour les seul·e·s sociologues ayant communiqué au RT14, qui réunit par définition des communicant·e·s sur l’art et la culture, les résultats vont dans le même sens. Ce RT n’apparaît pas particulièrement clivé au niveau du sexe, contrairement à d’autres : avec 73 femmes sur un total de 127 communicant·e·s différent·e·s sur la période 2004-2013 (soit un taux de féminisation de 57 %), et 9 communicantes sur 22 pour l’édition 2006 (soit un taux de masculinisation de 59 %), le RT14 apparaît bien moins féminin, par exemple, que le RT33 Famille, vie privée, vie publique (85 % de femmes en 2006 [Boudesseul 2006]), et bien moins masculin, par exemple, que le GT3218 Sociologie des systèmes complexes (76 % d’hommes en 2006 [Boudesseul 2006]).

Les différences entre la population des intervenant·e·s sur l’art et la culture et celle des intervenant·e·s tous sujets confondus apparaissent également peu marquées au niveau du statut (Tableau 7).

Tableau 7. Statut des communicant·e·s aux congrès de 2006 et 200919

Statut

Communicant·e·s Bordeaux 2006 (en %)

Communicant·e·s Paris 2009 (en %)

Sur l’art et la culture (N =81)

Tous sujets confondus (N =1345)

(Boudesseul 2006)

Sur l’art et la culture (N =65)

Tous sujets confondus (N =1048)

Doctorant·e

35,8

31,7

41,5

35,1

Docteur·e*

non titulaire

19,8

21,6

18,5

19,8

Titulaire**

(MCF, PU, assimilé)

32,1

31,3

40,0

41,1

Autre***

0,0

1,7

0,0

3,5

Indéterminé

12,3

13,7

0,0

0,4

TOTAL

100

100

100

100

*Cette catégorie correspond à celle des « non titulaires de l’enseignement supérieur » chez Boudesseul, qu’il distingue des « doctorants ».

**Cette catégorie rassemble, comme chez Boudesseul, des statuts variés, dont les titulaires à l’étranger, ceux·celles de l’enseignement supérieur privé et les chercheur·e·s en laboratoire privé.

***Cette catégorie rassemble, s’agissant des données de Boudesseul, des « sociologues d’entreprise » ou « indépendants ». Elle est plus large s’agissant de nos données puisqu’elle regroupe également les ingénieur·e·s d’études et de recherche titulaires, les chargé·e·s de mission, les formateurs/formatrices et les étudiant·e·s non-inscrit·e·s en thèse au moment de leur communication.

On peut tout au plus noter une légère surreprésentation des doctorant·e·s chez les communicant·e·s sur l’art et la culture, en 2006 comme en 2009. Quant aux écarts pour les autres catégories de statut, ils sont particulièrement faibles. De plus, entre 2006 et 2009, les évolutions de la part de chacun des groupes de statut se font systématiquement dans le même sens : la part de doctorant·e·s et de titulaires parmi les communicant·e·s sur l’art et la culture augmente tout comme la part de leurs homologues tous sujets confondus ; et si la part de docteur·e·s non titulaires parmi les communicant·e·s sur l’art et la culture diminue entre 2006 et 2009, c’est également le cas pour l’ensemble des docteur·e·s non titulaires.

Il est possible de préciser encore ce constat de ressemblance de statut entre les communicant·e·s sur l’art et la culture et l’ensemble des congressistes en s’intéressant aux seul·e·s titulaires de l’enseignement supérieur et de la recherche publics français. Le Tableau 8 montre, pour 2009, une remarquable similarité, que l’on prenne en compte leur rang (A ou B) ou leur lieu d’affectation (université ou institut de recherche tel que le Centre national de la recherche scientifique, l’Institut national d’études démographiques, etc.).

Tableau 8. Répartition statutaire des communicant·e·s titulaires au congrès de 2009

Statut*

Paris 2009

Part (en %) des titulaires communiquant…

sur l’art et la culture (N =20)

sur tous sujets confondus (N =355)

Maître·sse de conférences (MCF)

60,0

56,1

Chargé·e de recherche (CR)

15,0

20,6

Professeur·e des universités (PU)

15,0

17,2

Directeur·rice de recherche (DR)

10,0

6,2

Rang B (MCF + CR)

75,0

76,6

Rang A (PU + DR)

25,0

23,4

Universitaires (MCF + PU)

75,0

73,2

Chercheur·e·s (CR + DR)

25,0

26,8

TOTAL

100

100

*En France, un poste de maître·sse de conférences (MCF) correspond plus ou moins à un poste de maître·sse-assistant·e ou de professeur·e assistant·e, à ceci près que les MCF sont titulaires. Les positions académiques y sont divisées en deux rangs : le rang B requiert un doctorat et inclut les maître·sse·s de conférences et les chargés de recherche (l’équivalent des premiers dans les instituts de recherche tels que le CNRS ou l’Ined) ; le rang A requiert une habilitation à diriger des recherches (HDR) et inclut les professeur·e·s d’université et les directeur·rice·s de recherche (l’équivalent des premier·e·s dans les instituts de recherche).

Si on se penche enfin sur la localisation de l’institution à laquelle les communicant·e·s étaient rattaché·e·s au moment de communiquer, la comparaison montre ici encore des écarts faibles (Tableau 9). Pour le congrès de 2004, ces écarts sont de 5 points au maximum, avec des communicant·e·s sur l’art et la culture légèrement plus parisien·ne·s que les autres. Pour le congrès de 2009, dont les données issues exclusivement de nos codages sont plus fiables, ces écarts sont de 3 points au maximum. Les évolutions observées entre 2004 et 2009 vont en outre dans le même sens, avec notamment une augmentation de la part des communicant·e·s localisé·e·s à l’étranger pour les communicant·e·s sur l’art et la culture comme pour l’ensemble des communicant·e·s.

Tableau 9. Localisation institutionnelle des communicant·e·s aux congrès de 2004 et 200920

Affiliation institutionnelle

Communicant·e·s Villetaneuse 2004 (en %)

Communicant·e·s Paris 2009 (en %)

Sur l’art et la culture (N =69)

Tous sujets confondus (N =1015) (Boudesseul 2005)

Sur l’art et la culture (N =65)

Tous sujets confondus (N =1048)

Île-de-France

55,1

50

49,2

47,9

Province

39,1

42

35,4

38,4

Étranger

5,8

6,3

15,4

13,2

Indéterminée

0

1,7

0

0,6

TOTAL

100

100

100

100

À la lecture de ces résultats, on constate que les communicant·e·s sur l’art et la culture, loin d’être spécifiques, sont plutôt à l’image de l’ensemble des congressistes. En d’autres termes, ces individus ne semblent pas positionnés dans un endroit particulier du champ académique, caractérisé par des capitaux spécifiques et une hiérarchie autonome. Ils ne peuvent ainsi pas être considérés comme constituant un espace spécifique – de relégation ou de consécration – selon leur sexe, leur statut ou leur implantation géographique. Il ne suffit pas que des recherches traitent d’art et de culture pour faire exister un sous-champ de la sociologie de l’art et de la culture.

2.2. Des sociologues diversifié·e·s

On aurait par ailleurs tort d’assimiler la population des sociologues étudiée à une population de sociologues spécialisé·e·s, en ce qu’ils·elles s’intéresseraient uniquement à « un ordre spécial de problèmes » (Durkheim 2007 [1893] : 347). Au contraire, communicant·e·s sur l’art et la culture et sociologues de l’art et de la culture en soi ne se confondent pas.

Si on s’intéresse aux interventions des communicant·e·s sur l’art et la culture n’ayant pas trait à l’art et la culture, on dénombre 101 communicant·e·s sur 349, soit plus d’un quart d’entre eux·elles (28,9 %), ayant parlé aux congrès de tout autre chose que d’art et de culture. Encore que ce chiffre comporte un biais : les critères de constitution de notre population font qu’il est impossible pour les communicant·e·s n’étant intervenu·e·s qu’à une seule reprise d’avoir communiqué à propos de tout autre chose que d’art et de culture. En excluant les 175 individus ayant communiqué une seule fois, il apparaît que 58 % des multicommunicant·e·s ont effectué une communication sur une thématique tout autre que l’art et la culture. Ainsi, non seulement les individus qui communiquent sur l’art et la culture dialoguent-ils entre eux, mais ils dialoguent le plus souvent avec les autres. La division entre spécialités au sein de l’AFS est donc loin de recouper une division entre spécialistes. On comprend que ces sociologues pluriel·le·s, parce qu’ils·elles sont loin de former un monde clos, soient loin d’être hiérarchisé·e·s selon des logiques autonomes.

L’analyse des sujets de thèse (titres ou résumés) offre un constat relativement similaire. Parmi les 332 communicant·e·s sur l’art et la culture pour lesquel·le·s on a retrouvé le titre de la thèse en cours ou réalisée21, si 229 (69 %) peuvent être considéré·e·s comme réalisant ou ayant réalisé un doctorat portant essentiellement sur l’art ou la culture, 97 (29,2 %) ont manifestement travaillé sur un autre sujet. De plus, parmi les 229 premier·e·s, seulement 152 (45,8 %) sont ou étaient inscrit·e·s uniquement en doctorat de sociologie ou assimilé, 7 (2,1 %) sont ou étaient inscrit·e·s dans deux disciplines dont la sociologie et 67 (20,2 %22) uniquement dans une discipline autre que la sociologie. Ainsi, moins de la moitié des individus de notre population effectuent ou ont effectué une thèse en sociologie traitant d’art et de culture ; il n’est finalement besoin ni d’avoir travaillé sur l’art ou la culture pendant son doctorat, ni d’avoir effectué une thèse en sociologie pour parler d’art et de culture aux congrès de l’AFS. En ces circonstances, si spécialisation il y a en sociologie, elle ne semble ni nécessairement précoce, ni nécessairement définitive.

Il ressort de cette analyse que les communicant·e·s sur l’art et la culture ne constituent nullement, et pas davantage que les communicant·e·s au RT14, un sous-espace autonome au sein de l’espace des congrès. Si cette population ne se distingue pas du reste des sociologues, c’est sans doute parce qu’elle n’est objectivement pas spécialisée23. En réalité, seule une partie, minoritaire, de cette population peut être caractérisée comme telle. Dès lors, c’est sur elle qu’il faut porter l’investigation.

3. Les sociologues de l’art et de la culture en soi et pour soi comme sous-champ ?

On peut en effet identifier, au sein de la population des communicant·e·s sur l’art et la culture, une sous-population de communicant·e·s très spécialisé·e·s dans cette thématique, qui ne se confond ni avec la population du RT14, ni avec celle des communicant·e·s dans leur ensemble. Objectivement spécialisés, la plupart de ces individus s’avèrent également subjectivement spécialisés, au regard de leurs liens institutionnels. Ces sociologues de l’art et de la culture à la fois en soi et pour soi semblent avoir des propriétés spécifiques (proximité aux disciplines et aux champs artistiques et culturels, et position relativement dominée au sein du champ académique) qui suggèrent effectivement une certaine autonomie.

3.1. Des sociologues en soi différent·e·s

Si les communicant·e·s sur l’art et la culture apparaissent globalement plus dispersé·e·s que concentré·e·s, plus en dialogue qu’isolé·e·s et plus diversifié·e·s que spécialisé·e·s, il faut nuancer ces constats généraux en distinguant désormais ces communicant·e·s entre eux·elles. Il est en effet des sociologues particulièrement spécialisé·e·s parmi eux·elles, et d’autres qui ne le sont pas – ou si peu.

La sous-population des sociologues de l’art et de la culture en soi
Parmi les 166 individus de notre population dont on connaît le sujet de thèse et qui ont effectué deux communications ou plus aux congrès, on en dénombre 60 qui consacrent ou ont consacré leur thèse à des questions essentiellement artistiques ou culturelles et ont communiqué exclusivement à propos d’art et de culture ; inversement, 54 consacrent ou ont consacré leur thèse à des questions manifestement autres qu’artistiques et culturelles et ont communiqué au moins une fois à propos d’autre chose que d’art et de culture.
On qualifiera le premier groupe de « en soi » (pour « sociologues de l’art et de la culture en soi ») et le second groupe de « non spécialisé·e·s » (pour « communicant·e·s sur l’art et la culture non spécialisé·e·s »).

Les sociologues de l’art et de la culture en soi se distinguent tant du point de vue de leur proximité aux champs et aux disciplines artistiques et culturels que du point de vue des lieux où ils·elles communiquent. D’une part, ils·elles s’avèrent particulièrement tourné·e·s vers l’art et la culture, et pas seulement en tant que terrains de recherche sociologique. Cet intérêt s’observe d’abord, à l’intérieur du champ académique, au travers de leur positionnement disciplinaire. Ils·elles ont ainsi fréquemment suivi des études artistiques : si 33 des 177 communicant·e·s sur l’art et la culture (soit 18,6 %) dont les disciplines d’inscription en DEA24 ou seconde année de Master (M2) et en thèse nous sont connues ont été inscrit·e·s dans une ou plusieurs disciplines artistiques25 au cours de ces dernières années d’études, il s’avère que 15 des 43 en soi (34,9 %) sont concerné·e·s contre aucun·e des non spécialisé·e·s. Inversement, les en soi ont rarement suivi des études dans d’autres disciplines que les arts ou la sociologie : 91 des 333 communicant·e·s (soit 27,3 %) sont ou ont été inscrit·e·s en thèse au moins pour partie dans une autre discipline que la sociologie ou les arts, alors que seulement 8 sur 60 des en soi (13,3 %) sont concerné·e·s par cette situation. Par conséquent, si la spécialisation en sociologie de l’art et de la culture peut apparaître corrélée à une certaine porosité des frontières disciplinaires, elle est en réalité corrélée uniquement à une porosité à l’égard des disciplines artistiques et non à l’égard des sciences humaines et sociales.

Leur intérêt pour l’art et la culture s’observe ensuite au travers des activités qu’ils·elles mènent à l’extérieur du champ académique. Une proportion non négligeable des communicant·e·s (N =58, soit 16,6 %) a ainsi rédigé un rapport pour le ministère français de la Culture, parmi lesquel·le·s on trouve 16 des 60 en soi (26,7 %) et seulement 3 des 54 non spécialisé·e·s (5,6 %). Si cette activité est liée, dans la plupart des cas, aux compétences universitaires de leurs auteur·e·s, et peut s’exercer tout en étant universitaire à temps plein, elle manifeste néanmoins une sortie hors du champ académique, puisque les destinataires des études menées se situent dans le champ culturel. En ayant en tête les précautions d’usage lorsqu’on travaille sur de petits effectifs, on peut en outre noter que les en soi semblent exercer un peu plus souvent d’autres activités qui sont a priori beaucoup moins en rapport avec leur position académique : si 62 des 349 communicant·e·s (17,8 %) exercent ou ont exercé au moins une fonction professionnelle dans les champs artistiques et culturels, qu’elle soit artistique (N =29), administrative (N =26) ou experte26 (N =14), les en soi sont 15 sur 60 (25 %) dans ce cas, tandis que les non spécialisé·e·s sont seulement 3 sur 54 à être concerné·e·s. L’ouverture sur les champs artistiques et culturels semble donc d’autant plus grande que la fermeture à l’égard des thématiques sociologiques autres que l’art et la culture est marquée.

D’autre part, l’analyse comparée des circulations entre les différents RT des en soi et des non spécialisé·e·s montre non seulement qu’on ne circule pas dans les mêmes lieux selon son niveau de spécialisation, mais aussi et surtout que les en soi sont, en plus d’être les moins diversifié·e·s dans leurs activités de recherche, les moins dispersé·e·s au sein des congrès et les moins en dialogue avec le reste de la sociologie. En effet, alors que ces individus sont plus nombreux (N =60, contre 54 non spécialisé·e·s), ils n’ont circulé qu’entre 33 RT différents entre 2004 et 2013, quand les autres ont fréquenté 37 RT. Au sein même de ces réseaux, ils ont en outre communiqué significativement moins que les non spécialisé·e·s puisque leurs communications n’impliquent que 232 liens, quand les communications réalisées par le deuxième groupe en représentent 356. La comparaison des Graphe 2 et Graphe 3 montre également que le RT14 revêt une importance tout à fait différente selon la population considérée : hormis le fait que le nœud RT14 est au centre géographique du réseau des en soi et aux marges du réseau des non spécialisé·e·s, la représentation proportionnelle de la taille des nœuds en fonction de leur degré pondéré objective le RT14 comme le lieu de communication privilégié des premier·e·s tandis qu’elle montre inversement la maigre importance de ce RT pour les second·e·s. En outre, si le RT14 dispose de trous structuraux dans le premier cas, reliant les RT2, RT3, RT11 et RT21 au reste du réseau, il ne dispose que de relations redondantes dans le second. Ainsi, quoique le RT14 ne soit pas fréquenté uniquement par des spécialistes, il en constitue néanmoins un repaire. On devine ce faisant qu’un nombre important de ces sociologues de l’art et de la culture en soi sont, plus encore, des sociologues de l’art et de la culture pour soi, pour lesquels le RT14, en tant qu’instance représentative de cette sociologie, constitue une incontournable référence.

Graphe 2. Les circulations entre RT des sociologues de l’art et de la culture en soi

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Graphe 3. Les circulations entre RT des communicant·e·s non spécialisé·e·s

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Les plus spécialisé·e·s des communicant·e·s sur l’art et la culture semblent ainsi effectivement présenter des spécificités : relativement éloigné·e·s des autres thématiques sociologiques et des autres sciences humaines et sociales, ils·elles s’avèrent proches des champs et des disciplines artistiques et culturels, et par là même caractérisé·e·s par des centres d’intérêt proprement artistiques et culturels. Une telle spécialisation objective ne suffit toutefois pas à induire l’autonomie : encore faut-il que celle-ci s’accompagne d’une spécialisation subjective.

3.2. Des sociologues pour soi dominé·e·s

Pour savoir dans quelle mesure la population des sociologues de l’art et de la culture en soi recoupe celle des sociologues de l’art et de la culture pour soi – c’est-à-dire des chercheur·e·s ayant accepté, à un moment ou un autre de leur parcours, de se voir étiqueté·e·s en tant que tel·le·s par des instances représentatives de cette thématique –, nous avons retenu quatre indicateurs d’une forte identification subjective à la sociologie de l’art et de la culture : contribution à la revue Sociologie de l’Art-OPuS, rédaction d’un rapport pour le ministère de la Culture, élection au bureau du RT14, et enfin proportion importante de communications effectuées au RT14.

La sous-population des sociologues de l’art et de la culture pour soi
Nous qualifions de « pour soi » (pour « sociologues de l’art et de la culture pour soi ») des individus caractérisés par un fort degré d’identification (score égal ou supérieur à 2,5 points), déterminé à partir des variables et selon le barême suivants :
1. 
Contribution à Sociologie de l’Art-OPuS27
- 1 article ou édito : 1 pt (N=41, soit 11,7 % des communicant·e·s sur l’art et la culture)
- 2 contributions ou plus : 2 pts (N=22, soit 6,3 %)28
2. 
Avoir rédigé un rapport pour le ministère de la Culture : 2 pts (N=58, soit 16,6 %)
3. 
Avoir été membre du bureau du RT14 : 2 pts (N=32, soit 9,2 %)
4. 
Avoir communiqué au RT14
…exclusivement, si une seule communication à l’AFS : 1 pt (N=75, soit 21,5 %)
…la première fois, si 2 communications : 1 pt (N=2, soit 0,6 %)
…notamment, si 2 communications la même année : 0,5 pt (N=6, soit 1,7 %)
…exclusivement, si 2 communications : 2 pts (N=7, soit 2 %)
…pour une majorité relative de ses communications, si plus de 2 communications : 2 pts (N=18, soit 5,2 %)
C’est au moment du travail de codage qu’est apprécié le degré d’identification à la sociologie de l’art et de la culture. Le seuil de 2,5 points a été retenu car il suppose de cumuler au moins deux indicateurs différents et parce qu’il est supérieur au score moyen des individus n’ayant pas obtenu zéro point (cette moyenne étant de 2,45).
Finalement, les pour soi représentent 65 des 349 communicant·e·s sur l’art et la culture (soit 18,6 %), tandis que 188 ne sont concerné·e·s par aucun de nos indicateurs d’identification (soit 53,9 %).

Spécialisation objective et subjective vont largement de pair, puisque les pour soi se trouvent être quasi exclusivement des en soi. Néanmoins, en soi et pour soi ne sont pas parfaitement confondu·e·s – puisque sur 44 sociologues objectivement très spécialisé·e·s, 18 ne le sont pas subjectivement (Tableau 10).

Tableau 10. Sociologues de l’art et de la culture en soi et/ou pour soi29

Sociologues de l’art et de la culture pour soi

Sociologues de l’art et de la culture en soi

TOTAL

OUI

NON

Effectifs

%

Effectifs

%

Effectifs

%

OUI

26

96,3

1

3,7

27

100

NON

18

28,6

45

71,4

63

100

TOTAL

44

48,9

46

51,1

90

100

Lecture : sur 90 individus, on en dénombre 26 qui peuvent être qualifiés de sociologues de l’art et de la culture à la fois pour soi et en soi, soit 96,3 % des pour soi.

Intéressons-nous à présent aux seul·e·s sociologues de l’art et de la culture à la fois en soi et pour soi (N=26), afin de déterminer si cette sous-population présente des propriétés distinctives qui pourraient être révélatrices de son autonomie. Si la faiblesse des effectifs de cette sous-population oblige à n’avancer les résultats qui suivent qu’avec prudence, un faisceau d’indices permet néanmoins de formuler l’hypothèse d’une population relativement dominée dans le champ académique. On observe tout d’abord une surreprésentation marquée des femmes chez ces sociologues (65,4 %, contre 54,2 %, comme on l’a vu, pour l’ensemble des communicant·e·s sur l’art et la culture). On note aussi (Tableau 11) qu’ils·elles ont un parcours académique plus souvent provincial (que ce soit au niveau du lieu d’obtention de leur DEA/M2, de leur thèse ou de leur premier poste de titulaire), moins prestigieux (les études en grande école parisienne30 se font plus rares chez ces individus), mais également plus lent (le temps d’attente entre la soutenance de thèse et l’obtention du premier poste de titulaire étant généralement plus long).

Tableau 11. Parcours académique des communicant·e·s sur l’art et la culture31

Effectifs concernés

Effectifs totaux

% indicatifs

DEA/M2 en province

67

166

40,4

En soi et pour soi

12

23

52,2

Autres communicant·e·s

55

143

38,5

DEA/M2 dans une grande école parisienne

48

166

28,9

En soi et pour soi

5

23

21,7

Autres communicant·e·s

43

143

30,1

Thèse en province

109

308

35,4

En soi et pour soi

11

25

44,0

Autres communicant·e·s

98

283

34,6

4 ans et plus avant l’obtention du 1er poste

42

122

34,4

En soi et pour soi

6

15

40,0

Autres communicant·e·s

36

107

33,6

Obtention du 1er poste en province

94

169

55,6

En soi et pour soi

12

18

66,7

Autres communicant·e·s

82

151

54,3

Lecture : 67 des 166 communicant·e·s ont obtenu leur DEA/M2 dans un établissement de province, soit 40,4 %. Si on ne considère parmi ces individus que les 23 en soi et pour soi, ils sont 12 dans ce cas, soit 52,2 %, alors que les autres communicant·e·s sur l’art et la culture sont 55 sur 143 à être concerné·e·s, soit 38,5 %.

Comme les sociologues de l’art et de la culture pour soi se trouvent être aussi, à une exception près, des sociologues de l’art et de la culture en soi, un retour sur les indicateurs de la spécialisation subjective permet de comprendre ces résultats relatifs au parcours académique. En effet, accepter d’être identifié·e comme sociologue de l’art et de la culture, c’est exister dans des instances qui n’occupent pas une position académique dominante. Ainsi, la revue Sociologie de l’Art-OPuS ne figure pas parmi les revues les mieux classées par l’AERES en juillet 200832. En tant qu’elle manifeste une sortie partielle hors du champ académique, la rédaction d’un rapport pour le ministère de la Culture constitue quant à elle une publication de moindre poids académique qu’un article de revue scientifique. Le RT14 lui-même, enfin, n’occupe pas une position dominante, comme en témoigne la comparaison de la composition de son bureau avec celle du bureau des deux autres RT où interviennent principalement les communicant·e·s sur l’art et la culture, à savoir le RT1 (travail) et le RT27 (intellectuels), ainsi qu’avec celle du bureau du RT4 (éducation), pour lequel on dispose de données plus fiables et comparables dans le temps et qui est en outre, derrière le RT1, le plus gros RT de l’AFS en termes de nombre de communications accueillies entre 2004 et 2013 (Tableau 12)33.

Tableau 12. Composition des bureaux du RT14, du RT1, du RT4 et du RT27 (2013 et 2015)

Sexe et statut

des membres

2013-2015

2015-2017

RT14

RT4

RT27

RT14

RT1

RT4

RT27

Femme

9

12

2

7

3

16

2

Homme

2

6

9

5

9

6

8

Doctorant·e

4

0

3

4

2

1

3

Docteur·e sans poste

4

2

2

5

2

4

1

MCF ou CR

3

10

3

3

4

12

6

PU ou DR

0

6

3

0

4

5

0

Effectif total du bureau

11

18

11

12

12

22

10

Le bureau du RT14 élu en 2013 comptait ainsi plus de 80 % de femmes (contre deux tiers au RT4 et moins d’une sur cinq au RT27) et moins d’un tiers de titulaires (qui plus est tou·te·s de rang B), alors que la majorité des membres du bureau du RT27, et plus encore du RT4, étaient titulaires, avec une représentation non négligeable des rangs A. On peut aussi souligner l’absence de doctorant·e·s au bureau du RT4 alors que ces dernier·e·s font partie, avec les docteur·e·s sans poste, des catégories les plus représentées dans celui du RT14. L’analyse des bureaux élus en 2015 fait apparaître également une plus forte représentation de femmes au RT14 qu’aux RT1 et RT27, une proportion de doctorant·e·s plus importante et de titulaires de rang A plus faible au RT14 qu’aux RT1 et RT4 et une moindre part des titulaires au RT14 que dans les trois autres RT.

Les en soi et pour soi semblent donc présenter plusieurs particularités : en position relativement dominée dans le champ académique34, tant du point de vue du sexe que du parcours institutionnel, caractérisé·e·s en outre par une proximité aux champs et aux disciplines artistiques et culturels assimilable à un capital spécifique, ils·elles semblent bel et bien appartenir à un espace « qui, bien que hiérarchis[é], offr[e une] hiérarchi[e] autonom[e] » (Bourdieu 2012 : 33). Peut-on parler dès lors de sous-champ des sociologues de l’art et de la culture en soi et pour soi ?

L’étude de leurs jurys de thèse ne permet toutefois pas de valider pleinement l’hypothèse initiale d’un espace véritablement autonome. Inspirée des recherches d’Olivier Godechot (Godechot 2013), l’analyse de réseaux appliquée au cas des relations de coprésence dans les jurys de thèse des communicant·e·s sur l’art et la culture montre en effet que les sociologues de l’art et de la culture en soi et pour soi ne sont finalement pas si singulier·e·s au sein du champ sociologique. À comparer le réseau formé par les coprésences au sein des jurys de soutenance des en soi et pour soi (Graphe 4) et le réseau formé par les coprésences au sein des jurys de soutenance de l’ensemble des communicant·e·s sur l’art et la culture (Graphe 5)35, il apparaît en effet que le premier réseau est davantage une version réduite du second qu’une version radicalement différente, qui déformerait significativement la structure du réseau initial. La déformation, si on passait du réseau des jurys de thèse des communicant·e·s sur l’art et la culture à celui de l’ensemble des congressistes, serait sans doute beaucoup plus forte qu’elle ne l’est ici lorsqu’on augmente le degré de spécialisation à l’intérieur même de cette thématique. De plus, si l’espace des sociologues les plus spécialisé·e·s en art et culture était autonome, c’est-à-dire situé dans un endroit particulier du champ académique, le réseau formé par les membres de leurs jurys de thèse serait moins éclaté que celui relatif aux communicant·e·s sur l’art et la culture, et des membres de jury appartenant à une même classe de modularité au sein du réseau global se retrouveraient fréquemment dans des classes distinctes au sein du réseau spécialisé. Or, on constate une grande diversité des positions structurelles (ainsi, on retrouve dans le réseau spécialisé des membres de jury qui apparaissent très éloigné·e·s dans le réseau global, tel·le·s que Anne-Marie Green et Didier Demazière) et une relative inertie des classes de modularité. En outre, les nœuds les plus centraux sont souvent les mêmes (Bruno Péquignot, Bernard Lahire, Christine Détrez, Gérard Mauger, Gisèle Sapiro…), même si on observe certaines variations qui semblent inversement corrélées au capital académique de l’examinateur (ainsi de Pierre-Michel Menger, absent du réseau caractérisant les sociologues spécialisé·e·s, tandis que Sylvia Faure y apparaît centrale) – ce qui constitue un indice de plus de la position relativement dominée de cet espace.

Graphe 4. Réseau des membres de jury de thèse des sociologues de l’art et de la culture en soi et pour soi36

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Lecture : Anne-Marie Green se retrouve à plusieurs reprises (et uniquement) aux côtés de Rémy Ponton, de la musicologue Danièle Pistone et du politiste Emmanuel Wallon au sein des jurys de thèse des en soi et pour soi. Ces quatre nœuds forment une classe de modularité (couleur orange) particulièrement nette car ils sont très liés entre eux tout en étant très éloignés du reste du réseau.

Graphe 5. Réseau des membres de jury de thèse des communicant·e·s sur l’art et la culture37

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Lecture : Bruno Péquignot est le nœud le plus central du réseau, car il se retrouve fréquemment aux côtés de membres de jury qui se rencontrent rarement, sinon jamais. On le retrouve ainsi aux côtés tantôt de Raymond Boudon, tantôt de Michel Maffesoli, tantôt de Pierre-Michel Menger, tantôt de Bernard Lahire, tantôt de la musicologue Danièle Pistone, etc. C’est néanmoins des membres de jury de sa classe de modularité (couleur violette) dont il est le plus proche, car c’est avec ces membres qu’il partage le plus de liens.

Enfin, l’examen du réseau des membres de jury de thèse des en soi et pour soi conduit à relativiser un constat fait précédemment à propos des liens que ces dernier·e·s entretiennent avec les arts. Ce sont en effet avant tout des sociologues qu’on retrouve dans ce réseau alors qu’on aurait pu penser qu’une forte spécialisation en art et culture s’accompagnerait d’une présence plus importante de représentant·e·s des disciplines artistiques lors des soutenances. En d’autres termes, si la spécialisation traduit des centres d’intérêt qui se donnent à voir également au travers des ancrages disciplinaires lors des études universitaires, elle s’accompagne au contraire d’un recentrement sur la sociologie lorsqu’il s’agit de subir la principale épreuve de certification étatique de son capital académique. Ainsi, la spécialisation en art et culture ne peut pas s’interpréter comme la poursuite d’enjeux autonomes qui caractériserait un espace lui-même autonome. Si autonomie il y a, elle n’est que très limitée. Parce que la structuration de cet espace reflète celle du champ sociologique dans son ensemble, il reste difficile, en définitive, de parler de véritable sous-champ de la sociologie.

Conclusion

La manière la plus courante d’appréhender les différentes thématiques qui coexistent en sociologie semble de les envisager comme des sous-disciplines qui fonctionneraient comme des sous-champs relativement autonomes. Ainsi, pour caractériser la sociologie de l’art et de la culture en France, Olivier Alexandre parle de « sous-discipline » (Alexandre 2015), Bruno Péquignot de « sous-champ disciplinaire » (Péquignot 2005) et Vincent Dubois de « champ de recherche sociologique » (Dubois 2007). De la même manière, pour décrire « la sociologie de la délinquance juvénile », Gérard Mauger parle d’« un sous-champ de la sociologie » (Mauger 2005). Une telle manière de concevoir les divisions intra-disciplinaires n’est pas réservée à la sociologie française : ainsi, pour Étienne Ollion, les sections de l’American Sociological Association, produits du « processus de diversification et de spécialisation » de la sociologie états-unienne, recoupent des « sous-champs thématiques » et « en forment la structure » en même temps qu’elles en « assurent l’existence » (Ollion 2011 : 286‑288).

À partir du cas de la spécialité « sociologie de l’art et de la culture » en France, l’objectif de cet article a été d’interroger cette manière habituelle de voir la discipline sociologique, en la mettant à l’épreuve plutôt qu’en l’acceptant d’emblée : cette thématique est certes institutionnalisée, notamment via le RT14, mais peut-on pour autant parler de « sous-champ » pour la désigner ?

L’analyse des propriétés des communicant·e·s sur l’art et la culture et de leurs circulations entre les différents RT de l’AFS montre tout d’abord que, si sous-champ il y a, ses frontières ne sont assurément pas celles du RT qui en porte le nom. Nos résultats permettent en outre d’établir que l’ensemble des communicant·e·s sur l’art et la culture ne forment pas non plus un sous-champ. Quant aux sociologues de l’art et de la culture en soi et pour soi, leur haut degré de spécialisation objective et subjective ne suffit pas à faire exister un véritable sous-champ. En effet, si ces individus semblent bien avoir des propriétés distinctives, ils ne sont pas toujours très singuliers, notamment au moment de faire certifier leurs capitaux et, donc, de se positionner vis-à-vis des enjeux académiques. De plus, les en soi et les pour soi ne sont pas complètement confondu·e·s : il reste possible d’être objectivement spécialisé·e sans se sentir subjectivement investi·e dans cette activité, décalage en contradiction avec l’idée même d’un sous-champ pleinement constitué.

L’institutionnalisation des RT dans le cadre de la sociologie française semble donc, au prisme de la sociologie de l’art et de la culture, avoir des effets paradoxaux : invitant à la spécialisation, favorisant l’autonomie, ces RT sont également des espaces de dialogue, propices à un certain œcuménisme ; ils apparaissent contribuer aussi bien à l’éclatement qu’à la cohésion du champ sociologique. Ainsi, les spécialités ne font pas nécessairement les spécialistes. Il resterait toutefois à mener un travail de même type sur d’autres spécialités pour savoir dans quelle mesure nos résultats sont, ou non, généralisables à la sociologie française dans son ensemble (on peut toutefois imaginer que certaines spécialités soient plus spécialisées que d’autres), par opposition peut-être à la sociologie états-unienne, apparemment plus segmentée (Ollion 2011).

En étudiant la sociologie de l’art et de la culture, et puisque nous sommes nous-mêmes impliqué·e·s au moins en partie dans cette spécialité, nous avons entrepris de « pren[dre] pour objet un monde social dans lequel on est pris » (Bourdieu 2012 : 11), et dans lequel la revue-même dans laquelle nous publions est prise. Ni spécialisée strictement en sociologie de l’art et de la culture, ni tout à fait généraliste, la revue Biens symboliques/Symbolic Goods, en tant que nouvelle institution dans le champ académique, ne sera sans doute pas sans effet sur le degré d’autonomie de cette spécialité. À ce titre, il n’est pas exclu qu’elle constitue un jour un terrain d’enquête complémentaire au travail réalisé ici.

Illustration 2. Transgressions de frontières

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Source : Fiezfotos, Farbpulver [https://pixabay.com/en/paint-farbpulver-artist-color-2924891/], CC0 Creative Commons.

1 Nous retenons l’appellation la plus large et la plus neutre historiquement de « sociologie de l’art et de la culture », sans ignorer les débats

2 « [L]’investissement spécifique dans les enjeux […] est à la fois la condition et le produit de l’appartenance à un champ » (Bourdieu 2009 [1981] : 

3 Ce couple conceptuel a été formulé par ses exégètes et non par Marx lui-même, qui identifie plutôt une « classe vis-à-vis du capital » et une « 

4 Cette hypothèse gagnerait à être vérifiée, notamment au moyen d’entretiens. Pourtant tout laisse à penser qu’il en va, à cet égard, de même pour l’

5 Les sessions plénières ou semi-plénières n’ont pas été prises en compte car il est bien plus difficile d’y communiquer. Le terme « RT » inclut ici

6 L’analyse porte ainsi sur les communications sélectionnées et non sur celles ayant effectivement eu lieu, puisqu’il se peut que des défections

7 Il ne faut en effet pas oublier que le périmètre de la sociologie de l’art et de la culture « diffère […] fortement selon les traditions

8 Programme du premier congrès de l’AFS, AFS Éditions, Paris, 2004, p. x.

9 Appel à communication du colloque « La “sociologie des arts et de la culture” et ses frontières », 2014.

10 RT8 Sociologie du militaire (≈ 90 communications accueillies entre 2004 et 2013, contre 400 au RT1 et 120 en moyenne par RT), RT19 Santé, médecine

11 Au total, les sessions conjointes concernent 25 individus sur les 108 mais seulement 23 communications sur 255, soit 9 %, et 25 liens sur 344, soit

12 Les graphes ne font apparaître que 39 nœuds, et non 42 comme le nombre de RT ayant accueilli des communications sur l’art et la culture, car ne

13 Ces chiffres n’incluent pas les « boucles », c’est-à-dire les liens d’un RT vers lui-même (plusieurs communications au sein d’un même RT au fil des

14 La centralité betweenness se fonde sur la prise en compte de l’ensemble des plus courts chemins existant entre chaque paire de nœuds, c’est-à-dire

15 Si nous disposons de données exhaustives concernant le RT14, les données concernant les autres RT ne sont que partielles (ne sont considérés que

16 Les taux de qualification donnent accès à la morphologie de la population des docteur·e·s en sociologie, donc à une population plus large que celle

17 Si on excepte le léger fléchissement de 2006, difficile à interpréter ici.

18 Alors intitulé « groupe ad hoc 1 : sociologie des systèmes complexes ».

19 L’article de Boudesseul sur le congrès de 2004 ne comportant pas de données relatives au statut, la comparaison s’avère impossible pour cette année

20 Nous n’indiquons pas les résultats pour 2006 car les pourcentages de Boudesseul sur la localisation institutionnelle des congressistes sont

21 9 des 17 individus restants n’ont jamais été doctorants (étudiants en M2, chargés d’études, etc.). On ignore s’il en va de même des 8 autres.

22 On ne dispose pas de la discipline d’inscription de 3 de ces 229 individus.

23 Le fait que la sociologie de la culture, en particulier, ne soit pas un domaine réservé à des sociologues spécialisé·e·s n’est peut-être pas sans

24 Diplôme d’études approfondies (DEA).

25 Littérature, histoire de l’art, cinéma, musique, arts du spectacle, sciences des arts, gestion artistique et culturelle ou « arts » sans plus de

26 Journaliste culturel·le ou chargé·e de mission ou d’études, parfois pour le ministère de la Culture (N =4).

27 Créée en 1992 sous le nom Sociologie de l’Art, la revue est publiée depuis 2002 sous le titre Sociologie de l’Art-OPuS.

28 La réitération de l’expérience de publication nous paraissant en elle-même significative, nous n’avons distingué que ces deux situations.

29 L’effectif total est bien inférieur à 349 car ne figurent dans ce tableau que les communicant·e·s dont on a pu déterminer le degré de

30 École normale supérieure de la rue d’Ulm (ENS), École normale supérieure de Cachan (ENS Cachan), École des hautes études commerciales de Paris (HEC

31 Sont exclus ici les individus pour lesquels l’information n’était pas disponible et, pour les quatre variables de localisation institutionnelle

32 L’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (2006-2013) a établi des listes par discipline des revues scientifiques

33 Nous remercions Stéphane Bonnéry, co-responsable du RT4 de 2013 à 2017 et contributeur du présent numéro, de nous avoir transmis les informations

34 Ce constat rejoint celui d’une sociologie de l’art et de la culture qui, bien qu’institutionnalisée, peine à acquérir une légitimité scientifique

35 Afin de rendre ces graphes plus lisibles, les membres de jury n’apparaissant qu’une fois ont été supprimé·e·s et ne participent donc pas à la

36 Le graphe est construit à partir des jurys de 21 individus et comporte 52 nœuds et 111 liens.

37 Le graphe est construit à partir des jurys de 162 individus et comporte 176 nœuds et 860 liens.

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1 Nous retenons l’appellation la plus large et la plus neutre historiquement de « sociologie de l’art et de la culture », sans ignorer les débats autour de la mise au pluriel des termes « art » et « culture ». Quant au choix de distinguer « art » de « culture », il a vocation à clarifier le terrain dont il est question et à contourner le dilemme que ne manquerait pas de faire naître le choix de subsumer cette réalité sous un seul des deux vocables.

2 « [L]’investissement spécifique dans les enjeux […] est à la fois la condition et le produit de l’appartenance à un champ » (Bourdieu 2009 [1981] : 119).

3 Ce couple conceptuel a été formulé par ses exégètes et non par Marx lui-même, qui identifie plutôt une « classe vis-à-vis du capital » et une « classe pour elle-même » (Andrew 1983) dans Misère de la philosophie (Marx 1847 : 176). Marx distingue en outre la classe au sens de « masse énorme dont les membres vivent tous dans la même situation » de la classe au sens d’ensemble de membres « unis les uns aux autres par des rapports variés » (Marx 1969 [1852] : 126). En soi et pour soi ne sont pas accordés en genre et en nombre, conformément à l’usage lorsqu’il est question des classes sociales (par ex., Chauvel 2001 : 317). Cette transposition nous a été initialement suggérée par Samuel Coavoux, contributeur du présent dossier. Qu’il en soit ici remercié.

4 Cette hypothèse gagnerait à être vérifiée, notamment au moyen d’entretiens. Pourtant tout laisse à penser qu’il en va, à cet égard, de même pour l’AFS que pour l’American Sociological Association : « Au‑delà même de la socialisation que réalisent les sections, leurs thèmes respectifs fournissent une identité professionnelle centrale dans la trajectoire professionnelle d’un chercheur. Plutôt que leur appartenance à une école théorique ou leur usage d’une méthode, nombreux sont les chercheurs qui se définissent d’abord par leur inscription dans l’une d’entre elles » (Ollion 2011 : 289).

5 Les sessions plénières ou semi-plénières n’ont pas été prises en compte car il est bien plus difficile d’y communiquer. Le terme « RT » inclut ici les groupes thématiques (GT) et les groupes de recherche (GR).

6 L’analyse porte ainsi sur les communications sélectionnées et non sur celles ayant effectivement eu lieu, puisqu’il se peut que des défections surviennent après l’édition des programmes.

7 Il ne faut en effet pas oublier que le périmètre de la sociologie de l’art et de la culture « diffère […] fortement selon les traditions scientifiques : il est tendanciellement plus restreint dans la sociologie française que dans le monde anglo-saxon, où le label sociology of culture intègre notamment le sport, les attitudes vestimentaires, les modes de vie, voire la science » (Dubois 2007).

8 Programme du premier congrès de l’AFS, AFS Éditions, Paris, 2004, p. x.

9 Appel à communication du colloque « La “sociologie des arts et de la culture” et ses frontières », 2014.

10 RT8 Sociologie du militaire (≈ 90 communications accueillies entre 2004 et 2013, contre 400 au RT1 et 120 en moyenne par RT), RT19 Santé, médecine, maladie et handicap (≈ 200 communications), GT32 Sociologie et systèmes complexes (≈ 20), RT43 Sociologie et religions (≈ 80), GT46 Formation, certification, qualification (≈ 30), GT48 Articulation vie professionnelle/vie familiale et Recomposition des Temps sociaux (≈ 20) et GT Histoire de la sociologie, devenu GT49 en 2015 (≈ 30). L’absence de ces RT dans notre corpus est d’autant moins significative que le poids de ces RT est faible.

11 Au total, les sessions conjointes concernent 25 individus sur les 108 mais seulement 23 communications sur 255, soit 9 %, et 25 liens sur 344, soit 7,3 %. Leur influence est donc limitée sur la structuration du réseau.

12 Les graphes ne font apparaître que 39 nœuds, et non 42 comme le nombre de RT ayant accueilli des communications sur l’art et la culture, car ne sont intervenus dans les RT18, RT33 et RT38 que des individus ayant communiqué une seule fois, et lors de sessions non conjointes.

13 Ces chiffres n’incluent pas les « boucles », c’est-à-dire les liens d’un RT vers lui-même (plusieurs communications au sein d’un même RT au fil des congrès par un même individu).

14 La centralité betweenness se fonde sur la prise en compte de l’ensemble des plus courts chemins existant entre chaque paire de nœuds, c’est-à-dire des chemins les plus directs, minimisant le nombre de nœuds intermédiaires. Cette centralité est proportionnelle, pour chaque nœud, au rapport entre le nombre de plus courts chemins passant par ce nœud et l’ensemble des plus courts chemins. La centralité betweenness est ainsi très élevée pour les nœuds par lesquels passent la plupart des plus courts chemins.

15 Si nous disposons de données exhaustives concernant le RT14, les données concernant les autres RT ne sont que partielles (ne sont considérés que les individus ayant communiqué sur l’art et la culture) et ne permettent donc d’évaluer que par approximation leur degré d’entre-soi. Ce dernier est en outre d’autant plus approximatif que les effectifs sur lesquels il est fondé sont réduits, ce qui est le cas pour les GT45 et RT28 en particulier.

16 Les taux de qualification donnent accès à la morphologie de la population des docteur·e·s en sociologie, donc à une population plus large que celle des seul·e·s sociologues en poste et ainsi plus proche de la population des communicant·e·s aux congrès.

17 Si on excepte le léger fléchissement de 2006, difficile à interpréter ici.

18 Alors intitulé « groupe ad hoc 1 : sociologie des systèmes complexes ».

19 L’article de Boudesseul sur le congrès de 2004 ne comportant pas de données relatives au statut, la comparaison s’avère impossible pour cette année-là.

20 Nous n’indiquons pas les résultats pour 2006 car les pourcentages de Boudesseul sur la localisation institutionnelle des congressistes sont particulièrement vagues pour ce congrès.

21 9 des 17 individus restants n’ont jamais été doctorants (étudiants en M2, chargés d’études, etc.). On ignore s’il en va de même des 8 autres.

22 On ne dispose pas de la discipline d’inscription de 3 de ces 229 individus.

23 Le fait que la sociologie de la culture, en particulier, ne soit pas un domaine réservé à des sociologues spécialisé·e·s n’est peut-être pas sans lien avec son influence sur la discipline sociologique dans son ensemble. La Distinction (Bourdieu 1979), ouvrage de référence largement enseigné et commenté, a ainsi sans doute contribué à légitimer, et donc à multiplier, les recherches dans ce domaine. Selon Stéphane Beaud, la sociologie de la culture légitime a même remplacé – au début des années 2000 – la place occupée dans les années 1960-70 par la sociologie de la classe ouvrière dans le palmarès des objets de recherche prisés par les étudiant·e·s de sociologie d’origine populaire en quête de reconnaissance scolaire et sociale (Beaud 2006 : 469).

24 Diplôme d’études approfondies (DEA).

25 Littérature, histoire de l’art, cinéma, musique, arts du spectacle, sciences des arts, gestion artistique et culturelle ou « arts » sans plus de précision.

26 Journaliste culturel·le ou chargé·e de mission ou d’études, parfois pour le ministère de la Culture (N =4).

27 Créée en 1992 sous le nom Sociologie de l’Art, la revue est publiée depuis 2002 sous le titre Sociologie de l’Art-OPuS.

28 La réitération de l’expérience de publication nous paraissant en elle-même significative, nous n’avons distingué que ces deux situations.

29 L’effectif total est bien inférieur à 349 car ne figurent dans ce tableau que les communicant·e·s dont on a pu déterminer le degré de spécialisation objective (N =114) et qui ne sont pas, dans le même temps, dans le niveau intermédiaire du degré de spécialisation subjective, ni « OUI », ni « NON » (N =24).

30 École normale supérieure de la rue d’Ulm (ENS), École normale supérieure de Cachan (ENS Cachan), École des hautes études commerciales de Paris (HEC), École des hautes études en sciences sociales (EHESS), Université Paris-Dauphine et Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po).

31 Sont exclus ici les individus pour lesquels l’information n’était pas disponible et, pour les quatre variables de localisation institutionnelle, ceux concernés par un parcours à l’étranger.

32 L’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (2006-2013) a établi des listes par discipline des revues scientifiques, hiérarchisées en catégories (A>B>C). En sociologie/démographie, Sociologie de l’Art-OPuS y était classée « B » et non « A ». Il ne s’agit pas de souscrire à ce classement qui a fait l’objet de nombreuses critiques, mais de le considérer comme un indicateur, à un moment donné, de la valeur académique accordée à cette revue.

33 Nous remercions Stéphane Bonnéry, co-responsable du RT4 de 2013 à 2017 et contributeur du présent numéro, de nous avoir transmis les informations concernant le bureau de ce RT depuis 2013. Les données concernant les RT1 et RT27 proviennent des sites web des RT et de leur page sur le site de l’AFS. Nous ne disposons pas de la composition des bureaux antérieure à 2013, sauf pour le RT14 ; pour cette raison, la comparaison est ici effectuée avec une période postérieure (2015-2017), qui sort de la période étudiée.

34 Ce constat rejoint celui d’une sociologie de l’art et de la culture qui, bien qu’institutionnalisée, peine à acquérir une légitimité scientifique, voire est en situation de « relégation scientifique » (Alexandre 2015 : 539 et 542).

35 Afin de rendre ces graphes plus lisibles, les membres de jury n’apparaissant qu’une fois ont été supprimé·e·s et ne participent donc pas à la structuration du réseau. De plus, il faut logiquement faire partie d’un jury d’au moins deux personnes pour être pris·e en compte, ce qui signifie que lorsque seul·e le directeur ou la directrice de thèse est connu·e (notamment pour les doctorant·e·s, sauf en codirection), il ne participe pas à la construction du réseau. La taille des nœuds est proportionnelle à leur indice de centralité betweenness. Quant à la couleur des nœuds et des liens, elle dépend de leur classe de modularité.

36 Le graphe est construit à partir des jurys de 21 individus et comporte 52 nœuds et 111 liens.

37 Le graphe est construit à partir des jurys de 162 individus et comporte 176 nœuds et 860 liens.

Illustration 1.  9 des 349 communicant·e·s sur l’art et la culture

Illustration 1.
9 des 349 communicant·e·s sur l’art et la culture

Source : extrait du programme du premier congrès de l’Association française de sociologie (Villetaneuse, 24-27 février 2004).

Graphe 1. Les liens entre RT au prisme des communications sur l’art et la culture

Graphe 1. Les liens entre RT au prisme des communications sur l’art et la culture

Graphe 2. Les circulations entre RT des sociologues de l’art et de la culture en soi

Graphe 2. Les circulations entre RT des sociologues de l’art et de la culture en soi

Graphe 3. Les circulations entre RT des communicant·e·s non spécialisé·e·s

Graphe 3. Les circulations entre RT des communicant·e·s non spécialisé·e·s

Graphe 4. Réseau des membres de jury de thèse des sociologues de l’art et de la culture en soi et pour soi36

Graphe 4. Réseau des membres de jury de thèse des sociologues de l’art et de la culture en soi et pour soi36

Lecture : Anne-Marie Green se retrouve à plusieurs reprises (et uniquement) aux côtés de Rémy Ponton, de la musicologue Danièle Pistone et du politiste Emmanuel Wallon au sein des jurys de thèse des en soi et pour soi. Ces quatre nœuds forment une classe de modularité (couleur orange) particulièrement nette car ils sont très liés entre eux tout en étant très éloignés du reste du réseau.

Graphe 5. Réseau des membres de jury de thèse des communicant·e·s sur l’art et la culture37

Graphe 5. Réseau des membres de jury de thèse des communicant·e·s sur l’art et la culture37

Lecture : Bruno Péquignot est le nœud le plus central du réseau, car il se retrouve fréquemment aux côtés de membres de jury qui se rencontrent rarement, sinon jamais. On le retrouve ainsi aux côtés tantôt de Raymond Boudon, tantôt de Michel Maffesoli, tantôt de Pierre-Michel Menger, tantôt de Bernard Lahire, tantôt de la musicologue Danièle Pistone, etc. C’est néanmoins des membres de jury de sa classe de modularité (couleur violette) dont il est le plus proche, car c’est avec ces membres qu’il partage le plus de liens.

Illustration 2. Transgressions de frontières

Illustration 2. Transgressions de frontières

Source : Fiezfotos, Farbpulver [https://pixabay.com/en/paint-farbpulver-artist-color-2924891/], CC0 Creative Commons.

Géraldine Bois

Université de Lorraine/Laboratoire Lorrain de Sciences Sociales (2L2S)

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Adrien Thibault

Université de Strasbourg/Laboratoire Sociétés, acteurs, gouvernement en Europe (Sage)

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